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[verso-hebdo]
01-03-2012
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Latifa Echakhch, une esthétique réussie de la destruction
Latifa Echakhch est une artiste internationalement reconnue : née en 1974 à El Khnansa (Maroc), vivant aujourd’hui en Suisse, exposant dans le monde entier, elle n’entend pas être définie comme une « plasticienne marocaine », même si des matériaux et des objets venant de sa terre natale peuvent être insérés dans ses œuvres. « Je peux identifier ces objets comme étant de ma culture et en même temps, ils me sont complètement étrangers. Je n’ai pas de verre de thé chez moi ». Il ne faut pas manquer sa deuxième exposition à la galerie Kamel Mennour ( www.kamelmennour.com) intitulée Tkaf. Ce mot mystérieux est emprunté au darija, un dialecte maghrébin ; il désigne un mauvais sort envoyé par un être proche. Il s’agit, dans un premier temps, d’une installation réalisée à même le sol et sur les murs de l’espace principal de la galerie. Amoncellement de briques d’argile rouge, la plupart étant brisées et partiellement réduites en poudre. L’artiste a déposé sur les murs des traces et empreintes de ses doigts enduits de cette poudre. En effet, une première source d’inspiration est ici constituée par sa découverte, au cœur d’un sanctuaire proche d’El Jadida au Maroc où l’on pratique encore la sorcellerie, d’empreintes de mains réalisées avec la terre rougeâtre du lieu.

Or il y a une deuxième source d’inspiration. Latifa Echalkhch n’était pas née au moment des plus importantes actions réalisées par la figure légendaire du plus grand artiste européen de la fin du XXe siècle, selon les mots de Bernard Lamarche-Vadel : Joseph Beuys, mais l’influence de ce dernier est ici diffuse pour ne pas dire palpable. « La religiosité indéfinie, le panthéisme spontané » définissant l’art de Beuys, on voit bien avec Tkaf comment Latifa Echalkhch rejoint la grande tendance « idéaliste et romantique, imaginative et généreuse » fondée par le maître de Düsseldorf. On le voit peut-être mieux encore avec, dans la pièce suivante, ces vingt-quatre chapeaux melons déposés sur le sol et remplis d’encre noire (Mer d’encre, 2012) qui pourraient avoir été l’un des produits élaborés dans la fameuse « Grande Ecole libre internationale » organisée par Beuys lors de la Documenta 6 de Cassel, en 1977 et qui aurait signifié la quête improbable d’une vérité insaisissable.

Revenons à l’une des installations les plus remarquables de Latifa Echakhch, À chaque stencil une révolution (2007) qui fut présentée à la Tate Modern et à Art Basel. Sur les parois d’un vaste espace fermé, des feuilles de papier carbone A4 dits stencil étaient collées. On était frappé par le bleu profond de la partie supérieure. Mais, à partir de sa propre hauteur, l’artiste avait fait couler de l’alcool à brûler, produisant ainsi des effets de dégradés de plus en plus clairs, un liquide bleuâtre finissant par se répandre sur le sol. Allusion, ici encore, à un temps non vécu par Latifa, celui des caves où l’on imprimait des journaux et des tracts clandestins dans une demi-pénombre ? On ne sait. Mais écoutons l’artiste elle-même : « c’est l’absence du message qui coule… C’est une forme de poésie, une poésie sur le vide ou juste une signification du vide ». Etant bien entendu que « le vide n’existe pas, pour preuve, les scientifiques arabes ont nommé le zéro. » Nous avons compris : devant la saisissante efficacité de Tkaf comme de À chaque stencil..., il n’est pas nécessaire de chercher du sens. Une esthétique de la destruction ? Sans doute, mais, qu’il ait été réduit en poudre ou en liquide, si le message a effectivement disparu, la beauté est restée. (jusqu’au 10 mars)
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
01-03-2012
 
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Verso n°122

L'artiste du mois : Valérie Rauchbach

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