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ID : 170
N°Verso : 115
L'artiste du mois : Fred Kleinberg
Titre : Temps de la nature
Auteur(s) : par Jeanette Zwingenberger
Date : 14/02/2019



Url : www.fred-kleinberg.com

Biographie sommaire

Fred Kleinberg est né en 1966 à Paris. Formé à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris dans l’atelier du peintre Alechinsky en 1982.

Principales résidences d’artiste :
Villa Médicis, Rome 1996 ; Musée d’art contemporain de Moscou, 2001 ; Art Résidence of Pondichéry, Inde, 2004 ; Hong Merchant Gallery de Shangai, Chine, 2010 ; Shantiniketan university, Inde, 2018.
Prix de peinture :
Fondation Coprim, 2000 ; Fondation Taylor, 2008 ; Premier prix du concours international d’Art contemporain de Monte-Carlo en 2014. Fred Kleinberg vit et travaille à Paris.

Temps de la nature
par Jeanette Zwingenberger

« En retournant son œil, (…) on voit un paysage en soi. » Victor Hugo, Le Rhin.

Le spectateur découvre une forêt, dans une autre toile une cascade. Ces lieux, nés de l’imaginaire de Fred Kleinberg, sont autant des réminiscences de ses voyages qu’un désir de nature. Il s’agit de paysages mentaux, marqués par l’absence de toute figure. Le paysage devient ici un écran de l’imaginaire, un espace de projection par excellence. Pour Fred Kleinberg, il est celui de son désir de s’immerger et de disparaître dans la terre. S’instaure alors sur la toile un dialogue avec les sensations du paysage: La brume montant dans les sous-bois, les clapotis des vagues contournant la masse des rochers, la respiration de l’humus. « Comment rendre palpable la vie d’une feuille, d’une branche, d’un tronc, lorsque celui-ci devient aussi vivant qu’un regard. » nous dit Fred Kleinberg.

Cette réflexion nous rappelle la phrase de Merleau-Ponty « Mon corps est pris dans le tissu du monde, comme le monde est fait de l’étoffe même du corps. […] L’espace nous regarde […]  de sorte que voyant et visible se répondent et qu’on ne sait plus qui voit et qui est vu. » Les dessins récents aux pastels secs et aux pigments sur papier évoquent cette transformation de Fred Kleinberg de devenir plante, arbre, pierre. Ces germinations incarnent l’alliance de l’humain avec la nature.
Cette interaction entre le microcosme, l’homme, et le macrocosme, l’univers, est au cœur de son œuvre actuelle. Kleinberg, le nom de l’artiste, comporte justement Berg, la montagne synonyme de sa quête du monde et Klein, cette autre dimension du microcosme. L’exposition « GERMINATION » constitue cette coexistence entre le corps et la nature «. Elle exprime le désir de métamorphose de Fred Kleinberg, que lui promet son retour vers la nature. Se trouvant au bout de son parcours de violence, il aspire aujourd’hui à une réconciliation.
 
Pulsions de mort
Depuis 2011, Fred Kleinberg a abandonné les collages empreints de scarification, sa peinture en lambeaux et l’éclatement des corps de sa période néo-expressionniste. Il ne supporte plus ce trop plein du rouge vermillon évoquant la violence sanguinaire, le noir de l’espace obscur. Pour lui, ce face à face des corps entre le bourreau et la victime pris dans une violence, nous enferme dans la logique de œil pour œil, dent pour dent conduisant à la répétition meurtrière. Fred Kleinberg a peint les sacrifices aux quatre coins du monde que l’artiste a parcouru et dont il témoigne. Sa peinture à la sonorité punk constitue un cri de révolte, dont les dissonances joue des oppositions et des contrastes. Les vanités avec les crânes parlent des charniers de l’humanité. Ses figures sont des chairs en contorsion prise entre l’obscénité et la fureur, les monstres de nos pulsions de mort. « Baroque flesh » évoque à la fois chimère, rêve et réalité, traversé par une lumière électrisée. L’irrégularité des formes caractérise cette peinture figurative qui s’inspire entre autre du 17emesup> siècle, de Caravage mais aussi d’une mythologie contemporaine.  Sa peinture existentialiste au sens sartrien s’incarne dans une présence matérielle de l’acte physique, d’une rage de peindre. Dans le magma épais de sa peinture à l’huile, s’exprime la contingence de la mémoire humaine sur nos existences. Le spectateur regarde la scène en témoin de l’extérieur. La dénonciation par la provocation est une manière de trouver une distance pour l’artiste, dont les toiles oscillent entre le couteau et la cible. Chaque série thématique s’apparente à un journal intime, où la présence parfois de son visage souligne la dimension autobiographique de ses peintures.

 

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