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[verso-hebdo]
17-02-2021
La chronique
de Pierre Corcos
Les gens... Photographies
Pourquoi photographier des passants, des inconnus ? Des gens dans la rue ?... Les motivations esthétiques et para-esthétiques sont multiples, et les catégories de « photographie humaniste », de « street photography », etc. s'avèrent insuffisantes, quoique toujours utiles, pour rendre compte de cette multiplicité. Prenons la « street photography » : comment mettre dans le même casier conceptuel un Bruce Gilden cherchant dans la rue celles et ceux les plus à même d'incarner son expressionnisme (cf. Verso Hebdo du 8-10-20), et l'ouverture totale, anesthétique d'un Garry Winogrand (cf. V. H. du 1-16-14) ; la photographie de rue attentive aux solitudes urbaines d'un Louis Faurer (cf. V. H. du 13-10-16), et celle burlesque, voire surréaliste d'Helen Levitt ?... En revanche l'on dirait que dans la photographie humaniste au sens large, au-delà d'incontestables différences, un regard aimant, ou simplement positif, du photographe sur les gens soit toujours un préalable. C'est, en tous cas, ce que l'on est en droit de supposer en voyant deux expositions, apparemment sans rapport, mais où l'on retrouvera une même attitude de sympathie à l'égard d'inconnus croisés dans l'espace urbain.

Jusqu'au 20 février, à la galerie Les Douches (5, rue Legouvé Paris 10ème), voici une sélection de photographies de Sabine Weiss (née en 1924), classée habituellement dans ce courant de la « photographie humaniste ». Un bel ouvrage publié tout récemment, Émotions, Sabine Weiss (Éd. De La Martinière, 2020) montre bien, en 200 clichés, la démarche de celle qui disait : « Je pense qu'une photographie, pour être forte, doit nous raconter un aspect de la condition humaine, nous faire sentir l'émotion qu'a ressentie le photographe en face de son sujet ». Émotions, humanité... Sabine Weiss ne s'est pas contentée, comme d'autres photographes de la même mouvance, d'arpenter les rues de Paris. Le Portugal, New York, la Sicile ou l'Égypte : elle y promènera toujours ce regard empreint de tendresse, sympathie ou commisération pour les « gens de peu » (on pense au livre de l'anthropologue Pierre Sansot). Ici pour des lavandières, là pour un mineur, beaucoup pour la marmaille des rues, plus loin pour des badauds. La recherche de composition est loin d'être absente, mais n'atteint pas au systématisme d'un Cartier-Bresson. Ainsi Courses à Auteuil (1952) aligne quatre silhouettes masculines juchées sur des chaises, de dos, et en une parfaite oblique ; Les lavandières (1954) montre en plongée deux lavandières avec leur seau, penchées sur l'eau dans une curieuse symétrie. Mais l'émouvant Je suis un cheval (1954) vaut beaucoup plus pour la drôlerie de ces gamins en haillons, dont l'un serre une espèce de mors entre ses dents, que par son agencement ; de même, ce remarquable portrait de Jeune mineur (1954) saisit essentiellement l'humaine richesse d'un regard intense. La photographie des gens reste majoritaire dans cette exposition. Une poésie à la Jacques Prévert y enveloppe la monstration de la misère sociale, d'inspiration néoréaliste (il y a du cinéma dans certaines photos). Et le dialogue, la proximité avec des inconnus prévalent sur une recherche formelle, stylistique originale. S'intéresser aux gens ne va pas de soi, les aimer sincèrement dans leur humanité encore moins. Il émane des photographies prises avec cette attitude une gravité. La beauté peut en constituer un attribut.

À la galerie Les Filles du Calvaire (17, rue des Filles-du-Calvaire Paris 3ème) jusqu'au 20 février, l'exposition curieuse de la Néerlandaise Paulien Oltheten, Suitcase routines of the Improbable, paraît entretenir si peu de rapports avec la précédente qu'il serait normal, dans un premier temps, de considérer le moindre rapprochement comme pure provocation. D'abord, question de génération, Paulien Oltheten a 58 ans de moins de Sabine Weiss (autre temps, autres références), ensuite, dès l'entrée de cette exposition, le visiteur est confronté aux inévitables protocoles intentionnels et modes d'emploi laborieux dont l'art contemporain incline le plus souvent à se barder, et enfin la dimension schématique, analytique et systématique des travaux de Paulien Oltheten semble être la parfaite antithèse de l'attitude émotionnelle et spontanée de Sabine Weiss. Sauf que... Cet « épuisement » d'un lieu (quartier de La Défense, où elle a passé trois jours par semaine pendant six mois à observer, saisir les personnes de son objectif) avec ces gens qui le traversent n'a pas qu'une finalité d'inventaire à la façon d'un Georges Perec. Pas plus qu'il ne se réduit seulement à une performance, ou à de pures schématisations formelles, déchiffrables au premier étage. Car il suffit, dès le rez-de-chaussée, d'être attentif aux films où, sur l'écran gauche, Paulien Oltheten témoigne en toute simplicité de son rapport amical et de curiosité pour des inconnus, et d'être conscient de ce qu'implique sa façon de s'intéresser ainsi aux gens, à leur attitude, à ce qu'ils lisent, à leurs histoires personnelles, leurs drames sentimentaux ou leurs soucis quotidiens, pour se demander si, par-delà les dissimilitudes patentes de méthodes et résultats avec la « photographie humaniste », une même inspiration poétique, de sympathie narrative avec les gens et d'« humanisation » de l'acte photographique, ne vient pas aussi féconder ce travail.
Et ne fait pas de Paulien, au final, une lointaine parente de Sabine.
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
17-02-2021
 
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Verso n°123

L'artiste du mois : Marie Sallantin

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