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[verso-hebdo]
23-05-2024
La chronique
de Pierre Corcos
Trames
Le spectacle Naïs (jusqu'au 30 juin au Théâtre du Lucernaire) tiré de Marcel Pagnol, lui-même inspiré par Émile Zola, paraît bien loin de la nouvelle d'origine... Ceux qui l'ont lue se rappellent son lyrisme pictural, un fougueux sentiment de la nature qu'inspirèrent la région de Marseille, l'Estaque, et qui enveloppa d'une païenne sensualité la passion charnelle de Naïs et Frédéric. Tout ce texte généreux et sa poésie se sont volatilisés, comme d'ailleurs les trouvailles imagières de Marcel Pagnol. Et pourtant... En pénétrant jusqu'à la trame dense de la nouvelle puis du scénario, le spectacle ici proposé s'avère une indiscutable réussite ! De Zola il demeure en effet le tragique de l'amour/mort et des écarts de classe, de Pagnol le comique des réparties et le musical accent marseillais. Sur scène Naïs est devenu danse, rondes, attitudes épurées sous de chatoyantes lumières. L'éternel ballet de la vie, de l'amour et de la mort... Selon leur importance dans le déroulé de l'action, les protagonistes s'avancent vers le public pour jouer, dire leur partition. Quelques scènes fortes suffisent à précipiter un drame que la logique propre des personnages a déjà mis en place. La brutalité meurtrière du père Micoulin, la bonté malheureuse de Toine le bossu (excellent Arthur Cachia), les amours éperdues, interdites de Naïs Micoulin et de Frédéric Rostaing... Le fond du récit, dans une éclatante simplicité, débarrassée des nuances intermédiaires par le Sud radieux, est intensifié. Comme si, de la nouvelle de Zola à l'adaptation de Pagnol et enfin à celle d'Arthur Cachia, on était parvenu aux générateurs de l'histoire. On imaginerait presque les premières intuitions de Zola et les notes préliminaires de Pagnol ! La mise en scène de Thierry Harcourt a situé sa mise en scène dans les années 70 (la nouvelle de Zola a été publiée en 1883 et le film de Pagnol réalisé en 1945), mais elle recèle une intemporalité essentielle rejoignant le mythe. Mythe que la charmante et enthousiaste juvénilité des comédiens revitalise.

À partir de la trame - hautement improbable sur la scène - de l'enseignement des mathématiques, le vibrionnant comédien (et agrégé de maths) belge Manu Houdart, sous la direction zélée du metteur en scène Thomas le Douarec, a construit un spectacle dynamique et musical, très populaire (1000ème représentation) et intitulé Very Math Trip (jusqu'au 2 juin au Lucernaire), censé nous réconcilier avec cette discipline abstraite et désincarnée. D'abord, sur un écran, des curiosités mathématiques nous sont proposées pour mettre en appétit un sens de la logique qui demeure tout de même chez les plus nuls en maths (en sachant par ailleurs que les chercheurs français sont avec les Américains ceux qui ont décroché le plus de médailles Fields, « prix Nobel des maths », dans le monde...), ensuite, jouant sur la confidence autobiographique et les souvenirs scolaires, usant et abusant des calembours, racontant moult anecdotes qui semblent sortir d'un Guinness des records, convoquant l'Histoire, risquant quelques interactions avec les spectateurs puis se livrant à un numéro surprenant de mentaliste, Manu Houdart nous fait presque oublier la trame austère d'origine. Enfin une série d'informations intéressantes nous sont livrées à la fin, trop rapidement alors qu'elles auraient pu nourrir le spectacle. Cependant la discipline mathématique, si elle se voit passagèrement adoucie par ce show grand public, n'en reste pas moins barbelée d'abstractions.

On imagine aisément que la biographie de Liane de Pougy, écrite par la comédienne Sophie Tellier allume surtout les paillettes spectaculaires et « scandaleuses » de celle qui fut, à l'instar de la Belle Otero, une courtisane portée aux nues par riches et puissants dans la supposée « Belle Époque »… Cette biographie laisse sans doute de côté tout le système de reconnaissance sociale et journalistique par lequel les ultra-riches d'alors soignaient moins leur libido que leur image (aujourd'hui les oeuvres d'art contemporain aux prix exorbitants remplacent les « danseuses » !). Elle aborde à peine le tumultueux inconscient de cette fille et épouse d'officier, ambitieuse en diable, trompant vite son mari puis virant à l'androphobie et à la bissexualité. Car le vrai sujet ici, c'est bien la trame légendaire. D'Anne-Marie Olympe Chassaigne devenue Liane de Pougy puis princesse Ghika, et enfin… Soeur Anne-Marie de la Pénitence, quand le théâtre des vanités s'est totalement écroulé. Fabuleux destin d'une habile courtisane qui fascina Edmond de Goncourt et servit de modèle à Proust, d'une « Grande Horizontale » qui aurait eu 43 amants, et pour qui l'un de ses richissimes admirateurs paya 80 000 francs de l'époque simplement pour la voir nue… Une aubaine que ce type de biographie mondaine, théâtralisée, pour un metteur en scène ! Jean-Luc Revol, dans ce spectacle enjoué, Chère Insaisissable (jusqu'au 30 juin au Lucernaire), a maintenu l'excellente idée d'émailler ce monologue récitatif, gaillardement porté par Sophie Tellier elle-même, d'ambiances musicales (bravos au pianiste/comédien Luc-Emmanuel Betton) et de chansons coquines. Certes, par ses petites lignes, la correspondance que Liane a entretenue avec Max Jacob nous en dit-elle plus sur sa vérité intime, secrète que les grosses trames de la légende. Mais voilà, les spectateurs aiment tellement fantasmer sur les mirobolantes réussites ! Et y applaudir...
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
23-05-2024
 
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Verso n°136

L'artiste du mois : Marko Velk

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