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[verso-hebdo]
30-05-2024
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

De Nittis, pittore della vita moderna, sous la direction de Fernando Mazzoca & de Paola Zatti, Silvana Editoriale, 208 p., 35 euro.

Le Palais royal de Milan présente une superbe exposition fe Guiseppe de Nittis (1846-1884), un peintre qui a suivi sa propre ligne de conduite, ne s'alliant ni aux macchiaoli italiens, ni à l'impressionniste, mais qui mérite de figurer parmi eux pour la grande valeur de sa recherche artistique. Né à Barletta il était quatrième enfant de la famille. Son père avait été emprisonné pour des raisons politiques et s'est suicidé deux ans après la libération. Il a étudié d'abord auprès d'un artiste de sa ville natale, Giovanni Battista Calò, puis est allé s'inscrire à l'Académie des Beaux-arts de Naples. Cette exposition nous montre l'évolution rapide de ce jeune homme dans son art, et fait aussi apparaître ses débuts, un peu hésitants, comme on peut le voir dans la composition intitulée Madame de Nittis avec son fils (1875-1876).
Mais pendant ces deux années, il a beaucoup travaillé sur le thème des figures, comme Foro a Pompei ; ce voyage lui a inspiré de nombreux paysages, même des éruptions imaginaires, et surtout le portrait de visiteurs au milieu des ruines de la cité romaine, qui sont d'une réelle modernité : il met en scène ces luxueux touristes au milieu des ruines avec une certaine habilité et un sens profond de la mise en scène. Le débutant a déjà une certaine conception de l'art pictural qu'il recherche. Même les paysages qu'il a peints sont étranges, tirant parfois profit de la monochromie ou de contrastes peu communs. Il s'est rendu à Paris pendant l'été 1867 et y est demeuré deux mois. Ce qui est frappant dans ses compositions, c'est que le sujet choisi n'est que rarement vu dans son entier ou dans une perspective classique ; il préfère choisir un angle de vue qui est bien à lui. Seule la Porte Saint-Denis est traitée de face. La place des Pyramides est traitée avec beaucoup de liberté, comme Au long de la Seine (vers 1876).
Son Arc-de-Triomphe (1876) est tronqué pour mieux nous faire voir les personnes et les cabriolets sur la chaussée. Il s'attache aussi à faire voir une petite foule près du bassin du jardin du Luxembourg. Il aime beaucoup peindre des vues ingrates et grises, comme c'est le cas pour sa Place des Invalides (1880). Il a également montré la ville sous la neige, comme dans ses Jardins de Paris sous un soleil pâle. En somme, la capitale française est pour lui un terrain d'expérimentation picturale infini). Il a aussi exécuté de nombreux portraits de femmes en faisant en sorte que son modèle soit saisi de biais ou presque de dos. Il a aussi peint des rencontres dans le Salon de la princesse Mathilde en 1883. Lors de l'exposition universelle de 1878, il reçoit la Légion d'honneur. Il s'est rendu à Londres en 1878 et y a peint de superbes vues de la cité, comme Picadilly, L'Elégance à Hyde Park ou Westminster Bridge ou encore Westminster en 1878.
Comme Edgar Degas, il a aimé saisir les courses de chevaux, tout en rendant les spectateurs passionnés avec beaucoup de charme. Il a aussi été captivé, comme beaucoup à l'époque, par les estampes japonaises et il a conçu plusieurs tableaux avec des paravents. Sa mort précoce l'a saisie au moment où il atteignait la plénitude de sa peinture. Il demeure l'un des grands maîtres de la seconde moitié du XIXe siècle.




De l'amitié, Cicéron, traduit du latin par Mathieu Cochereau & Hélène Parent, Editions Allia, 140 p., 7, 50 euro.

Marcus Tullius Cicero est né en 106 avant notre ère à Arpinum. Il est issu d'une famille appartenant à l'ordre équestre, c'est-à-dire le sommet de l'aristocratie. Elle a compté bon nombre de magistrats et d'officiers supérieurs. Il a grandi dans un univers particulièrement cultivé. Il a fait preuve très tôt de qualités intellectuelles élevées. Il a étudié le droit, la philosophie, la poésie et la rhétorique. Une fois ses études achevées, en 89, il est attaché à l'état-major de Cnaius Pompeius Strabo, qui a été le père de Pompée.
Il a commencé à plaider en 81. Il est élu questeur en 76 et il exerce cette magistrature en Sicile. Il est nommé consul en 63. Il a déjoué la conjuration de Catalina en prononçant ses célèbres Catilinaires. Il est exilé en 58 pendant une année. Puis il a joué un rôle trouble lors de la guerre civile qui éclate 53, s'alliant d'abord avec Pompée, puis avec et enfin trouvant un compromis avec Jules César. Il a ensuite pris le parti d'Octave contre Antoine, ce qui lui a valu d'être assassiné et d'avoir ses mains clouées sur la porte du Sénat. La crise profonde de la république et l'avènement de l'empire avec Auguste lui ont été fatals. Il a écrit de la poésie, des oeuvres philosophiques comme De la vieillesse, Les Philippiques, Les Académiques, De la divination, etc. Il a laissé plusieurs livres sur l'art de l'orateur. Et il a été l'auteur de La Rhétorique, un ouvrage majeur qui est sans nul doute son chef-d'oeuvre.
De l'amitié a été rédigé en 44 avant notre ère, a même année que De la vieillesse. Cicéron a imaginé un dialogue entre deux de ses connaissances, Lélius, Scévola et Fannius. Tout commence par un éloge de Scipion et de sa mort tragique, qui est présentée comme une apothéose de toute son existence. Puis Lélius commence à entrer dans le coeur du sujet en affirmant la valeur supérieure de l'amitié. Mais il pose des conditions, comme la sagesse et la probité. Et il introduit une notion fondamentale : le partage. Lélius cite un grand nombre de personnages, ceux qu'on rencontre dans les livres, mais aussi ceux qui lui sont contemporains. Il s'interroge sur les origines de l'amitié, et aussi sur les ruptures qui peuvent intervenir au fil des ans. Il examine aussi quelles sont les frontières de l'amitié. Ce qui frappe dans ces considérations sur un sentiment supérieur est qu'il les mêle à une succession de réflexions sur la république, comme si cet élément politique avait affaire avec cette amitié. Et il insiste sur le fait que l'amitié oblige à des devoirs et à des réciprocités.
Ce qui frappe le plus ici est qu'il y a un seul des protagonistes qui s'exprime et qu'il n'y a pas vraiment de discussions entre les trois hommes. La forme qu'il a voulu donner à son petit ouvrage n'est qu'un leurre car il parle quasiment seul sous les traits de Lélius ! Il n'en reste pas moins que Cicéron a su très bien dire l'essentiel sur ce que peut et doit être l'amitié et également sur tout ce qu'elle ne saurait être. Malgré cette profusion de figures citées et qui nous sont souvent étrangères, la limpidité et la profondeur de sa réflexion n'ont rien perdu de leur vigueur et leur intérêt. Cicéron a été décrié par plusieurs générations de collégiens (de vils potaches !) qui ont étudié le latin et qui l'ont pris en grippe. Il est urgent de lui redonner la place qu'il mérite.




L'Île joyeuse, Dawn Powell, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anouk Neuhoff, « la petite vermillon », La Table Ronde, 400 p., 8, 90 euro.

Le Café Julien, Dawn Powell, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Nathalie Zimmermann, 350 p., 8, 90 euro.


Voilà un auteur dont j'ignorais tout ! Née en 1896 dans l'Ohio, elle a décidé d'aller vivre à New York, où elle est restée jusqu'à sa mort survenue en 1965. La disparition de sa mère quand elle avait sept ans a été une grave blessure pour elle. Et puis, son père s'étant remarié, elle n'a pas bien vécu pendant les années de l'enfance et de l'adolescence car cette nouvelle épouse était revêche et dure. Elle a d'ailleurs habité de temps à autres chez certains de ses parents. A l'âge de dix-huit ans, elle décide de se rendre à New York et s'est installée dans le Greenwich Village. Elle n'en est plus jamais partie. Elle a écrit des nouvelles et des pièces de théâtre pendant ses études, et s'est occupée du journal de l'université. Elle s'est mariée en 1920, avec un homme qui voulait devenir poète et qui a fini comme publicitaire !
Elle a beaucoup écrit mais n'a jamais pu vivre de sa plume et a donc dû travailler toute sa vie. Elle s'est faite de belles relations dans le monde littéraire, se liant avec Ernest Hemingway, John Dos Passos, Dorothy Parker et Nabokov. Ses romans (quinze environ) ont été appréciés, mais ne lui a jamais apporté le succès. Elle n'a eu un moment de gloire en 1942 avec A Time to Be Born et puis, de nouveau en 1948 avec Locust Have no King. Elle également écrit une fiction à propos du Café Julien, où se retrouvait après la guerre l'intelligentsia de la ville dans une oeuvre romanesque baptisée The Wicked Pavillon, paru en 1954. Son oeuvre est néanmoins importante et a continué à être publiée après sa mort.
On est surpris par le style de Dawn Powell quand on lit son Ile heureuse, publié en 1938, surprend par la vivacité de son style et par l'enchevêtrement des récits concernant les principaux personnages. La toile de fond est la vie débridée des nuits new-yorkaises de cette période (ce qui étonne beaucoup, car le pays connaissait la dépression). L'auteur entraîne le lecteur dans un tourbillon grisant de réception et de dîners, d'histoires qui traversent tout l'ouvrage (par exemple, celle de Prudence Bly, qui est une vedette de cabaret qui plaît beaucoup alors). Mais d'autres figures ne cessent d'apparaître et se mêlent à cette narration échevelée. Il n'y a pas une trame bien tendue, mais plutôt un imbroglio de moments correspondants à telle ou telle relation.
On doit reconnaître que ce roman, aussi peu conventionnel soit-il, est prenant et nous laisse le souffle coupé. C'est une magnifique et délirante de la haute société américaine au coeur ces années trente, où rien ne semble devoir troubler l'humeur euphorique de cette nouvelle décennie qui succède à celle des Années Folles. Mais il n'en reste pas moins vrai que Dawn Powell a été capable de dépeindre sans ménagement ce monde qui semble avoir été emporté par une sorte de folie festive à laquelle leur donne droit leur succès ou leur richesse. Elle dépeint ses figurants avec beaucoup de soin, mais à petites touches dispersées au fil de la narration. Le jeune et peu argenté Jefferson Abbott semble être le double de l'écrivain, car ce jeune dramaturge vient lui aussi de l'Ohio en quête de réussite dans son art. L'ensemble procure une impression de vertige et de fuite en avant, en même temps que se construisent ou se défont des histoires d'amitié ou d'amour, plus ou moins heureuse. Car il ne faut pas croire que tout est rose dans cet univers où tout réside dans les apparences. Il y a une tonalité souvent triste et même amère dans ces rapports qui se nouent et se dénouent sans fin dans cette sarabande endiablée qui n'est qu'une fiction ambiguë du bonheur et de l'insouciance. Bien au contraire !
The Wicked Pavilion, qui a vu le jour en 1954, est un roman qui a un lieu d'ancrage qui est le Café Julien, non loin de Washington Square. On y voit, dès les premières lignes, un homme qui y écrit. Dawn Powell nous fait bientôt découvrir cet univers, avec son cuisinier, ses serveurs vieillissants, ses tables de marbre et son ample choix de la presse étrangère.
Nous découvrons aussi peu à peu ses clients assidus, comme Rick Prescott, employé de la Glistro Oil Company, qui est émerveillé par une jeune fille qui ne ressemblait à aucune de celles qu'il avait pu rencontrer jusqu'alors. Il est demeuré enchanté par sa beauté un peu surannée. Il est vite tombé amoureux de cette Elleanora Cars, qui était un rêve incarné à ses yeux. Un beau jour, il a découvert qu'elle était partie sans laisser d'adresse. Aux dire de la concierge de l'immeuble où elle avait son petit atelier (elle était étudiante aux Beaux-arts, elle serait partie avec son ex-fiancé. Rick est désespéré et il espère toujours la voir entrer au Café Julien Dalzell Sloane, un artiste, Cynthia Earle, Severgny, qui prépare une exposition de Marius, font leur apparition, chacun véhiculant son histoire très singulière. D'autres femmes viennent à leur tout avec toutes leurs illusions et toutes leurs ambitions - Elsie Hookley, Jerry...
Dans la seconde partie, Warton Hookley, le frère d'Elsie, devient le personnage central. Il avait épousée la fille d'un dignitaire péruvien, Nita, dont il a eu quatre filles. La troisième partie met en scène Datzel et l'artiste Marius. Toutes sortes d'événements animent les différents récits qui s'entrecroisent et montrent la réalité de la société de New York au-delà de ces cercles éclairés qui se retrouvent au Café Julien. Elleanora a refait surface.
Et dans la dernière partie, C'est Briggs, le journaliste de City Life qui est la figure qui domine dans cette nouvelle partie qui voit tout ce petit monde se retrouver, en particulier à l'instigation de Cyntia. Les relations deviennent de plus en plus intriquées, d'autant plus que le cercle ne cesse de s'élargir. Rick retrouve enfin Ellena. Puis, un beau jour, le Café Julien avait disparu, détruit par les pioches et les masses des démolisseurs. C'est une période de la vie culturelle new-yorkaise qui a disparu. Ce roman touffu est riche de mille entrecroisements entre tous les personnages, ce qui lui donne une incroyable vitalité.
Gérard-Georges Lemaire
30-05-2024
 
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