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[verso-hebdo]
17-02-2021
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Follement drôle, Wahnsinnig Komisch, sous la direction du Dr Anne-Marie Dubois & du docteur Thomas Röske, musée d'Art et d'Histoire de l'hôpital Sainte-Anne, Paris / Sammlung Prinzhorn, Heidelberg / Editions in fine, 232 p., 32 euro.

L'Art brut, quand il dérive de la maladie mentale a le plus souvent été associé à des thèmes graves. Ce qu'on voulu démontrer les auteurs de cette exposition que l'humour (sous toutes ses formes) est également omniprésent dans ce qu'on a appelé « l'art des fois ». La section consacrée aux caricatures commence par une série de portraits de personnages de l'époque révolutionnaire qui ont été composés par Caroline Macdonald. Ils sont de caractère expressionniste, avec un aspect manifestement grotesque, avec des couleurs vives et contrastées. Cette partie de l'ouvrage est très intéressante car elle présente des exemples très différents : par exemple, un certain Lukas, qui a exécuté ses ouvrages au début des années 1920, utilisant le crayon et l'encre, a eu beaucoup recours à la typographie dans ses compositions dont le dessin est sobre et assez pâle. Une autre section concerne la critique sociale. Ce titre est peut-être excessif, car il s'agit plutôt d'une vision goguenarde et pleine d'humour du petit monde que ce genre particulier d'artistes ont pu rencontrer. Auguste Millet, à la fin des années 1920, raconte des anecdotes savoureuses et sans jamais être malignes.
Il est drôle et restitue une image risible de la vie quotidienne. Son « Tubulaire du cycliste inconnu » est vraiment amusant. Maurice Blin a cultivé pour sa part un anticléricalisme. Ses dessins sont plus caustiques et son style est proche de l'expressionnisme. La description du monde animal donne lieu à des fantaisies qui dépassent de loin les fables : Ludwig Würtele a fait un dessin divertissant ou des jeunes filles dansent avec des grenouilles portant divers coiffes (de l'évêque à l'étudiant). Là, ces artistes improvisés s'en sont donnés à coeur joie. Marcel de Valoy s'est diverti à imaginer de petites séquences qu'il présente comme des films avec des scénettes très stylisées à l'encre de Chine. Le monde médical est aussi un des sujets privilégiés des internés. Là, leur imagination a donné lieu à des représentations qui peuvent rappeler « La Colonie pénitentiaire » de Franz Kafka comme c'est le cas chez Paul Flegel ou encore chez Adam Ginand. Erich Piessbach a décrit une trépanation terrible ou la pose d'une prothèse cérébrale dans une composition datée de 1952. Médecins et infirmières sont figurés comme des êtres menaçants et maléfiques, comme on peut le voir dans un dessin de Hillaret en 1938. C'est sans aucun doute dans ce domaine que se révèle plus de douleur ou plus de colère et de rage. André Petit parle à ce sujet du « Laid absolu » (1968). La partie dédiée à la bouffonnerie vaut le détour.
Les artistes aliénés y font preuve d'une imagination débordante, sans limite même. Maurice Blin est l'un de ceux qui est ici le mieux représenté. Mais il faut aussi regarder les ouvrages de Guy Leroux qui se caractérisent par leur dépouillement plastique. Le grotesque n'est pas loin et là encore, il n'y a pas de confins à la frénésie de ces images comme on peut le voit dans les planches d'August Klett ou d'Alexandre Nélidoff. L'érotisme est aussi un champ largement exploré par ces artistes passés de l'autre côté » du miroir. C'est ce que démontre Eduard Paul Kunze, qui utilise des figurines de mode avec une grande inventivité. L'aspect qui m'a retenu en premier lieu dans ce volume c'est qu'on n'a pas voulu faire passer les auteurs des dessins ou aquarelles pour de grands artistes dans un registre particulier. L'autre chose qui est intéressante est qu'on peut voir que les internés français travaillent dans un registre bien différent de celui des Allemands. Et, dans l'ensemble, on se rend compte de l'emprise considérable de ce que la maladie mentale développe de plus étrange. On ne peut qu'être saisi par toutes ces qualités étranges chez ceux qui en sont frappés, parfois avec un certain bonheur plastique. C'est tout à fait passionnant et pas uniquement pour les amateurs d'études cliniques.




Arts premiers, Pierre Bergounioux, Galilée, 62 p., 12 euro.

Difficile de faire entrer ce livre dans un genre précis. Il se rapproche plus de l'essai que n'importe quelle autre forme littéraire, mais cela ne suffit pas à le définir. En effet, il n'est pas construit selon une certaine logique ou, s'il y a une logique, elle est de nature baroque. Il faudrait d'ailleurs commencer par le titre de l'oeuvre, « Arts premiers » car il a été appliqué aux arts non-européens rassemblés au musée du quai de Branly. Puis on l'a abandonné pour la bonne et simple raison que l'art des autres continents est souvent plus récent que l'art européen. En réalité, il ne peuvent être qualifiés que par civilisations, puis par groupes ethniques et enfin par lieux. La Vénus de Milo est plus ancienne que tout l'art d'Afrique subsaharienne  (ce qu'on appela autrefois l' « Art nègre »). Cette énorme bévue, qui a mis en difficulté anthropologues, ethnologies, historiens, historiens de l'art, est une chose bien curieuse.
Pierre Bergounioux ne la considère pas comme telle, et s'intéresse, de manière désinvolte, en évoquant quelques grandes relations aux arts africains et océaniens sous l'impulsion de quelques artistes - en particulier ceux qui ont été à l'origine du fauvisme et du cubisme, ou aux premiers à les avoir étudiés avec discernement, comme cela a été le cas de Carl Einstein, jusqu'aux collectionneurs parmi lesquels, dans ses pages, figurent Peggy Guggenheim, mais aussi Hélène Rubinstein. Mais toutes ces considérations ont partie liée avec un souvenir d'enfance -, celui d'une dame âgée, qu'il croit être folle, et à laquelle ses parents allaient rendre visite avec lui et son frère dans sa tendre enfance. Pour lui cette visite, qui se déroulait dans la cuisine, était liée à une vision (une illusion d'optique, peut-être ?) qui lui était apparue dans le buffet. Il a rapproché ce fait de l'animisme et aussi aux abysses de l'inconscient freudien. Tout cela chez lui s'est condensé dans le souvenir d'Amedeo Modigliani et de sa jeune épouse, Jeanne Hébuterne, qui s'est jeté deux jours après la mort de son mari adoré, par la fenêtre alors qu'elle était enceinte de neuf mois.
Cela lui avait fait revenir en mémoire des figures liées à la vie parisienne de l'artiste, la bonté du commissaire Zamarron, la générosité sans borne à son égard de la modeste restauratrice Rosalie. Et cela le ramène à l'exercice de la sculpture, ce qui n'avait fait qu'aggraver sa tuberculose déjà bien ancrée dans son corps. Avant cela, l'auteur avait parlé de Pablo Picasso, l'un de ceux qui sont allés chercher quelque chose dans ces « arts premiers ». On comprend ici que « premier » a plutôt à voir avec la recherche freudienne de ces « profondeurs ténébreuses » - et il cite Virgile : « Je remuerai les enfers ». En fin de compte, en remontant le cours de l'ouvrage, on parvient à en saisir les grandes lignes directrices. Et c'est à ses yeux lié à une période troublée et dangereuse qui a donné Max Weber, Rocard Einstein, Husserl, Lénine.
En fait sa réflexion part de Karl Marx et de David Ricardo, mais aussi des grandes entreprises coloniales, qui ont donné le prétextes aux grandes nations européennes de s'affronter en des terres lointaines, remémorant des figures telles que celles de Marchand, Delcassé, Salisbury, Kitchener, du capitaine Binger et de Marcel Treich-Laplène. Au début du texte, Bergounioux rappelle que Jules Michelet voyait notre Europe « blanche de nos ossements. C'est dans le bibliothèques, et surtout en furetant des de vieux livres d'histoire qu'il s'est forgé une idée qui lui fournisse le fil d'Ariane de toutes ses découvertes. Ses lectures - et cela est déclaré dans son introduction -, lui avaient ouvert un chemin pour entendre le monde. Les livres sont faits pour aider à vivre (ce qu'on n'est pas prêt à reconnaître aisément). Le maître mot de son affaire est « le recul » et on le trouve dans la première page qu'il a ici écrite.




Faire le portrait d'une Vierge, Jean-Marie Tourtatier, oeuvre originale d'Adalberto Borioli, Il robot adorabile, Milan, 10 p., 15 exemplaires, 100 euro.

L'oeuvre ultime, Giovanni Cosma, Jean-Marie Touratier, Galilée, 106 p.


Jean-Marie Touratier n'est plus. Et c'est une perte pour notre littérature. Il a fait une brillante carrière dans l'enseignement, puis dans les institutions culturelles. Mais ce qui compte le plus à mes yeux est qu'il a laissé une oeuvre littéraire mémorable, d'une qualité rare et d'une authentique originalité, avec une vingtaine d'ouvrages. Parmi ceux-ci, le plus souvent publiés aux Editions Galilée, il a écrit sur divers artistes, Le Caravage, Théodore Géricault, et tout récemment Marcel Duchamp (Le Légendaire de Marcel Duchamp, 2020). Faire le portrait d'une Vierge a fait partie d'une série de textes en français tous inédits - Séverine Jouve, Esther Ségal, Eric Rondepierre, Jean-Claude Hauc, et votre serviteur - qui tournaient autour de l'oeuvre abstraite d'Adalberto Borioli.
Tous ces écrits ont paru en 2019. Il s'agit de nouvelles brèves, qui ont pour trait commun de s'emparer d'un aspect plus ou moins évident de l'oeuvre picturale de Borioli, d'en faire un point de départ ou encore une image dans le tapis de la composition du récit. Touratier a choisi de parler d'un peintre méconnu qui s'appelle Maurizio Borioli. Et qui avait pris le surnom de Fra Bartolomeo. Celui-ci avait peint un certain nombre de Vierges. Mais il n'arrivait jamais à être pleinement satisfait de ses créations. Il n'ignorait pas que saint Luc, l'apôtre, avait peint Marie à peine avait-elle donné naissance au Seigneur. Son combat était démesuré. Et puis comment rivaliser avec une peinture inconnue, mais dont le modèle avait été Marie en personne ? Un beau jour, il rencontre une toute jeune fille qui lui paraître être le modèle idéal. Il la convainc avec grande difficulté à poser pour lui. Il a alors réalisé ce qui représentait à ses yeux le sommet de son art. Il décida dès lors d'abandonner la peinture.
Nul n'a connu cette oeuvre ou n'en a jamais parlé. Giovanni Cosma, lui, a bel et bien existé à la fin du duecento. On connaît quelques oeuvres de ce sculpteur réputé en son temps qui se trouve dans l'église de Santa Maria Sopra Minerva à Rome - le tombeau d'un cardinal. Mais le Cosma dont il est question ici est un artiste contemporain. Il peut être défini comme un descendant de Duchamp ou encore de Joseph Beuys. Mais c'est l'histoire de la peinture qui est son sujet principal. Tout commence ici lors d'un vernissage dans une galerie de Rome. Les principaux personnages de cette nouvelle vont lui rendre visite. Ce qui se passe ensuite est désormais prétexte pour faire des retours en arrière dans le temps de la cité éternelle. On rencontre Nicolas Poussin et Cola di Rienzo. L'un de ses personnages est une journaliste, Isabelle Dughet, qui entretient des relations suivies avec le vieil artiste. Elle écrit sa biographie et finit par la publier. A la fin du récit, Cosma lui envoie une lettre où il lui donne des instructions précises pour parachever une installation qui sera sa dernière création. Touratier a très bien su mettre en scène ce qui, dans l'art contemporain, reste nécessairement associé à l'art ancien, même s'il est assez compliqué - sinon impossible - de pénétrer l'essence des choses.




Quelles nouvelles ?, Jean-Clarence Lambert, neuf gravures d’Akané Kirimura, 23 exemplaires, Editions Arichi, Paris, 2013.

Akané Kirimura est une artiste japonaise qui a une véritable passion pour les livres. Jusqu'à ce jour, elle en a réalisés pas moins de seize. Il faut souligner que le livre n'est pas l'objet de sa recherche artistique - une recherche qu'il n'est pas aisé de définir car si elle est bien conceptuelle, elle comporte une certaine dose d'humour et de jeu qui en rend la lecture hypothétique. Duchamp avait lui aussi insinué pas mal d'humour dans ses « oeuvres » - un humour pas toujours compris et qui, pourtant, est un de ses principaux fondements. S'il avait été tout à fait sérieux, sa pensée aurait été dénaturée. La performance qu'Akané Kirimura a mise en scène en 2015 lors de « Art Up » à Lille en collaboration avec Aiko Miyamoto sur une musique de ce dernier - le tout d'après des haïkus de Santoka et des poèmes Linda-Maria Baros. La littérarité et plus spécifiquement la poésie, tient une place prépondérante dans son histoire esthétique.
Elle a illustré Jean-Loup Philippe, Alain Jouffroy, Abdelkédir Khatibi, Santoka Taneda (son auteur japonais de prédilection depuis ses débuts). Mais, parmi les auteurs français, elle a toujours eu une prédilection pour Jean-Clarence Lambert avec qui elle a fait près de la moitié de ses ouvrages. Il faut dire qu'elle a atteint l'excellence dans ce genre, surtout quand on se rappelle que le terme « illustration » ne correspond plus à ce qu'on attendait autrefois du peintre, du dessinateur, ou encore du graveur. Elle a employé avec bonheur différente techniques, qui vont de la peinture à l'encre de Chine jusqu'à l'eau-forte, en passant parle découpage et à l'impression pigmentaire. Ce qui frappe dans sa démarche, c'est qu'elle est capable de diversifier son écriture, même si elle est attachée à l'écriture traditionnelle des pictogrammes.
Le livre qu'elle a fait d'après les poèmes de Khatibi ressemble à un herbier et il faut reconnaître que l'effet est merveilleux. Quelles nouvelles ? de J.-C. Lambert est aussi un ouvrage d »une grande beauté et dont le fil d'Ariane est constitué par des tâche noires dans un livre en accordéon comme autant de ponctuation visuelle et, implicitement sonores. C'est simple dans la conception, mais l'effet est remarquable. C'est cette simplicité qui fait distinguer un artiste de valeur. Elle a su renouveler avec finesse des modes d'expression anciens sans jamais sombrer dans une nostalgie morose -, tout au contraire, son art est gai et vivifiant. Elle n'a de laisse de modifier ses modes d'intervention sans pourtant parti dans mille directions divergentes. Elle sait très bien concilier l'unicité de son style et une faculté très grande à en soutirer les variations les plus subtiles. Au fond, c'est là un domaine où les artistes peuvent révéler tout leur savoir et aussi toute leur inventivité en parallèle avec ce qu'ils considèrent leur oeuvre majeure. Akané Kirimura est passée maître dans cet art qui, loin d'être marginale, surtout dans sa culture où se sont révélés, pendant l'Ere d'Edo, les plus grands xylographes, de Hiroshige a Utamaro, de Hokusai à Kiyonaga (pour ne citer que quelques uns de ceux qui ont rendu l'univers transgressif de l'ukiyo-é inoubliable).
Gérard-Georges Lemaire
17-02-2021
 
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