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[verso-hebdo]
27-05-2021
La chronique
de Pierre Corcos
Art, affiches et politique
Quel rapport entre Camille Dufour et Rafaël Klepfisch, artistes contemporains belges, l'une s'étant spécialisée dans la xylographie et l'installation, l'autre vidéaste, bédéiste et utilisant l'écriture pour intervenir dans l'espace public et, d'un autre côté, Bernard Mandeville (1670-1733), ce philosophe et économiste néerlandais, connu surtout pour son fameux essai polémique La fable des abeilles ? Dans cet ouvrage, Mandeville soutient, avec le plus logique des cynismes, que ce n'est pas la vertu mais bien les vices qui concourent à la richesse des sociétés. Égoïsme, cupidité, envie, gaspillage, luxure, etc. contribuent bien plus, finalement, à « l'avantage de la société civile » (sic) que la vertu de sobriété par exemple ou la sagesse de l'épargne. On ne sera pas étonné d'apprendre qu'un Adam Smith ou, plus tard, un Friedrich Hayek, l'un des piliers de la pensée néocapitaliste, aient pu être très intéressés par cette thèse cynique (Keynes l'avait aussi remise à l'honneur, mais pour d'autres raisons). Or, voilà que nos deux artistes belges ont travaillé sur le thème suivant : Les 7 péchés du capitalisme. Eux convoquent les 7 péchés capitaux « comme des thèmes d'analyse et de sonde de nos sociétés contemporaines ». Chaque péché se voit « illustré » par deux gravures, l'une figurée, l'autre, textuelle, et offrant un espace supplémentaire pour être complétée et augmentée par l'apport des regardeurs. Double intervention donc : des deux artistes dans l'espace public (pendant plus d'un mois Dufour et Klepfisch ont affiché leurs diptyques dans les rues de Paris), et des récepteurs, pouvant écrire sur cet espace vierge qui leur est dédié. Nos deux jeunes artistes, tout en étant d'accord avec Mandeville (mais ils ne le mentionnent pas) sur la connexion vices > capitalisme ne sont pas aussi laudatifs, on peut l'imaginer, que l'économiste néerlandais à propos de tous ces vices et péchés qui « ruisselleraient » sur la croissance économique...

Ainsi, les week-ends du 8-9 mai et du 15-16 mai derniers, il était possible à tout un chacun - en réservant son rendez-vous par Internet à cause de la pandémie - de récupérer au Centre Wallonie-Bruxelles des affiches de ces péchés capitaux (et capitalistes) afin de les coller un peu partout dans l'espace urbain. « En plaçant leur installation performance à l'échelle d'une ville, Camille Dufour et Rafaël Klepfisch renouent avec les origines de la gravure comme moyen de reproduction et de communication populaire », indique le texte de présentation de l'événement. Chaque péché, composé on l'a vu de deux gravures sur bois, est imprimé en cent exemplaires. Cet affichage contestataire et subversif, à la différence qu'il n'est pas en prise directe avec l'actualité du moment, nous fait bien sûr remonter cinquante-trois ans en arrière. Rappelons en effet qu'en mai 68, les premières affiches politiques (des lithographies) ne furent d'abord tirées qu'en très petit nombre et sur une presse à bras... Mais ensuite, après l'introduction de la sérigraphie, c'est quelques 25 000 exemplaires qui furent produits. Et, 600 modèles d'affiches créés à l' « Atelier populaire » de l'ENSBA travaillant en continu, 600 000 affiches collées en deux mois à Paris et en banlieue vinrent justifier (avec en plus l'explosion des graffiti) la formule percutante d'alors : « les murs ont la parole »...
Mais il se trouve que les gravures sur bois de Camille Dufour n'évoquent en rien, à la différence notable de certaines productions graphiques de mai 68 qui y ressemblaient, les affiches de l'agit-prop qui suivirent la révolution soviétique d'Octobre. Ni texte elliptique, ni aplat rouge, ni graphisme minimaliste en effet, mais ici des oeuvres noires, expressives, complexes, au subtil dessin, enclines à la juxtaposition surréalisante mais également au fantastique, favorisant la polysémie, porteuses enfin d'une atmosphère globale qui peut aisément susciter l'effroi (membres épars, figures terrorisantes, cadavres et chaos). Si l'on prend l'affiche dédiée à l'Orgueil par exemple, il faut se donner du mal (mais on y arrive tout de même !) pour saisir en quoi tel ou tel élément dénote, ou simplement connote, l'orgueil... Nous voici donc bien loin de l'iconographie habituelle des affiches politiques, fonctionnant sur la visibilité/lisibilité immédiate de l'image qu'un texte lapidaire ancre davantage encore dans la monosémie. Pour mémoire, un illustrateur au style reconnaissable, Tomi Ungerer, se plia à cette discipline de la simplification percutante dans ses affiches politiques, à la fin des années 60, contre la guerre au Vietnam. Mais Camille Dufour et Rafaël Klepfisch ont-ils cherché l'efficacité de l'image choc et du slogan ? Certainement pas, et ils s'en expliquent, parlant de (sic) « tentatives d'infractions aux images dominantes ». Et quelles sont toujours les « images dominantes » dans l'espace public ? Évidemment les affiches publicitaires qui, par-delà une incitation à consommer tel produit ou avoir recours à tel service, orchestrent la permanente et gigantesque propagande en faveur du consumérisme capitaliste.
Alors, à ce niveau-là, par leur forme, leur technique et leur univers, ces gravures constituent l'exacte antithèse des images publicitaires, c'est vrai. Mais on peut rester dubitatif sur leur intelligibilité politique dans l'espace public. Et sur cet imaginaire de l'effroi qui, par son excès, pourrait nuire à la pertinence critique du projet.
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
27-05-2021
 
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Verso n°125

L'artiste du mois : Frédéric Brandon

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