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[verso-hebdo]
30-06-2021
La chronique
de Pierre Corcos
Du spectacle, autrement
Bread and Puppet Theatre, Happening, Living Theatre, Théâtre de l'Opprimé, Théâtre pauvre, Théâtre du Soleil... Les utopies, les idéaux de 68 favorisèrent, on le sait, une efflorescence printanière, féconde de pratiques théâtrales autres. Le gel politique qui suivit a contracté ces pratiques artistiques alternatives, sans doute au profit d'une normalisation, ou alors d'une « spectacularisation » (l'objet fini plus que la démarche) qui sied à ces logiques consuméristes, que les pratiques théâtrales des sixties justement contestaient... Alors, quand aujourd'hui l'on rencontre une pratique théâtrale autre, eh bien on s'arrête, on la scrute, on s'y attache. Deux démarches intéressantes, mais fort différentes, méritent d'être citées.

Le chapiteau du cirque Lili, de la Compagnie Jérôme Thomas, est implanté depuis décembre 2020 dans le grand et beau parc du Centre Hospitalier La Chartreuse, à Dijon. Dans le département de la Côte d'Or, cet établissement public est un acteur essentiel de la psychiatrie et de la santé mentale. Et dans le contexte global de son projet « culture à l'hôpital » (il nous a été donné l'occasion d'apprécier par exemple tout ce qui est réalisé en matière d'arts plastiques), le spectacle intitulé La piste aux étoiles... filantes - L'audition était, pour deux soirées seulement en juin (mais ce qui suit reste sans doute le plus important), l'aboutissement de six mois d'ateliers, à raison d'un à deux par semaine. Dans ces ateliers, une trentaine de patients, avec des pathologies variées, un quinzaine de soignants, et trois artistes effectuaient un travail commun autour du théâtre (thème : une audition), du cirque (jonglage), de la danse, et de l'écriture. Cette démarche originale n'entre pas seulement dans le cadre de l'« art thérapie » et de son efficacité reconnue : effets cathartiques, ergothérapie, resocialisation, maîtrise symbolique, recréation/récréation, etc. Elle conteste, bouscule aussi les préjugés sur la maladie mentale, la « folie » que les supposés « gens normaux » peuvent garder ; également les appréhensions concernant le monde du spectacle vivant que les patients pourraient ressentir. Enfin, cette expérience de création collective, intriquant le savoir-faire de comédiens, de circassiens et les problématiques, les imaginaires spécifiques de patients pris en charge dans cet hôpital psychiatrique, constitue une émouvante démarche, remettant en question(s) les normes du spectacle aussi bien que les règles de la thérapie. Les auteurs du projet (Jérôme Thomas, Aline Reviriaud, Frédéric Cellé) prenaient un risque pour ce spectacle autre d'un peu plus d'une heure. Mais finalement, ce qui marchait, issu ou non des ateliers d'écriture, ce qui faisait sens - comme le bégaiement du début, le jeu avec les ballons/têtes, l'identité sexuelle, la quête de l'équilibre, avec une plume, etc. - métaphorisait heureusement des vécus difficiles, et ce qui « dysfonctionnait » (d'un point de vue conventionnel) - comme les sarcastiques interruptions d'un patient incontrôlable - ouvrait des pistes dramaturgiques intéressantes et drolatiques. Alors oui, c'était là une pratique théâtrale autre, prometteuse !

Jusqu'au 1er juillet au Théâtre du Châtelet dans le cadre de la programmation hors les murs du Théâtre de la Ville, une nouvelle version (la première date de 2016 et c'était au Festival d'Avignon) du spectacle Yitzhak Rabin : chronique d'un assassinat par Amos Gitaï. Il n'y a plus aujourd'hui beaucoup de spectacles politiques, et ceux qui restent savent rarement donner une ampleur épique, une profondeur tragique à cela même qui brasse, secoue la vie de millions de gens, qu'ils en aient ou non conscience et qu'ils le veuillent ou non : la politique. Dans le Verso Hebdo du 21-1-2016, nous avions montré que, par son film Le dernier jour d'Yitzhak Rabin, Amos Gitaï était parvenu « à réaliser un thriller politique, une oeuvre d'hommage profond, un documentaire historique et un « film citoyen » »... Et voilà que ce spectacle impressionnant est à la fois la chronique serrée d'un assassinat plus ou moins programmé, la mise en perspective large des enjeux passés, actuels et futurs de la paix dans cette région du monde, enfin un jeu complexe de résonances littéraires et musicales. Des poèmes, des mémoires, des textes politiques et théâtraux, un superbe choix musical (Ravel, Britten, Mahler, Ligeti, Bach, Hindemith, Duparc), des extraits vidéo de films d'Amos Gitaï, d'excellents interprètes (Irène Jacob, Nathalie Dessay, etc.), une mise en scène opératique... La « spectacularisation » assumée de cet événement - survenu il y a 25 ans - ne pose pas problème ici. Elle n'est absolument pas un emballage factice destiné à séduire un public assez peu soucieux du sens et de la valeur des thèmes convoqués. Elle renoue avec une dimension romantique ou peut-être même shakespearienne, du spectacle politique. Cette forme généreuse, grandiose semble refuser la banalité comptable, cynique des gestionnaires innombrables de la « Realpolitik » aujourd'hui. Amos Gitaï nous dit : « L'homme politique se doit de transformer le réel, c'est cela l'héritage d'Yitzhak Rabin ». Or Rabin inaugurait le chantier immense d'une paix réaliste, constructive. Un fanatique l'a assassiné...
Alors, pour ce vibrant hommage, et surtout aider à concevoir une politique autre, il fallait bien faire du spectacle... autrement !
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
30-06-2021
 
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Verso n°125

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