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[verso-hebdo]
16-09-2021
La chronique
de Pierre Corcos
Le banquet viscéral de Blanquet
La peau n'est pas seulement cette couche épidermique recouvrant, enveloppant notre corps, mais la surface par laquelle s'offre au regard notre identité d'humain, et d'individu jeune ou vieux, plus ou moins attractif. Sitôt qu'elle n'est plus là, comme dans les représentations de « l'écorché », nous éprouvons du dégoût. Et d'horreur nous reculons lorsque nous avons accès aux viscères, aux boyaux, aux entrailles... Horreur et fascination. C'est pourtant là notre humanité profonde, tripale. Faut-il percevoir, dans leur représentation, un rappel brutal de notre condition organique ? Ou la métaphore insoutenable de nos pulsions enfouies ? Ou encore une subversion « underground » de l'imagerie rassurante, majoritaire ? Une visite de l'exposition Dans les têtes de Stéphane Blanquet (jusqu'au 2 janvier 2022 à la Halle Saint-Pierre) donnera certainement l'occasion de se poser ces questions, ainsi que celles, récurrentes, sur la « laideur » ou sur le « mauvais goût ». Au premier étage (Tranchée Racine jusqu'au 2 janvier 2022), on découvrira une exposition internationale d'artistes que Stéphane Blanquet (aussi éditeur, organisateur d'événements) accompagne.

On ne peut exclure que la première impression devant ces oeuvres émergeant de la pénombre reste la dernière. Et que le visiteur quitte rapidement les lieux en marmonnant qu'il n'est pas venu ici pour se faire agresser visuellement par tout cet étalage organique, ces monstruosités. Après tout, Stéphane Blanquet lui-même assume la charge corrosive inhérente à ce qu'il définit comme la « sous-culture » quand il déclare : « La sous-culture est plus pernicieuse, plus virulente, plus vicieuse que l'art », et la commissaire d'exposition, Martine Lusardy, dit clairement que « Blanquet choque, provoque, trouble, aime créer le malaise en manipulant nos frustrations et ses propres obsessions ». Mais, si le visiteur hostile se donnait comme mission - raisonnable après tout - de parcourir toute l'exposition pour juste en avoir une vue d'ensemble, sa seconde appréciation ne pourra porter que sur la stupéfiante créativité polymorphe de cet artiste. Abondante production graphique bien sûr, en noir et blanc ou en couleurs, mais aussi sculptures, tapisseries (préparées en numérique), installations clignotantes, oeuvres tricotées, photographies, poupées, film, objets... Qu'il ait pu réaliser en outre des décors de théâtre, des scénographies, des spectacles vivants ou d'ombres chinoises, etc., comme on l'apprend, n'étonne plus. Stéphane Blanquet, à seulement 48 ans, peut déjà revendiquer une solide carrière d'artiste international (Singapore Art Museum, Hayward Gallery de Londres, Museum of Fine Arts de Boston, etc.), très à l'aise dans les techniques traditionnelles graphiques aussi bien qu'avec les outils numériques. Et cette reconnaissance, objective, d'indiscutable fécondité, de créativité multiforme, incitera probablement ce visiteur pusillanime mais honnête à s'attarder sur des oeuvres où, somme toute, il en conviendra, ce qui prime formellement c'est surtout la densité confuse, l'obscène profusion, l'exubérance maniaque, les amas variés dégoulinants... Tout comme dans l'hyperbaroquisme, certaines productions d'« art premier » (exemple : la peinture traditionnelle balinaise) ou encore schizophréniques, pas de vide ici, d'espace, de respiration. Alors, bien au-delà des thèmes charriés, cette prolifération surabondante jusqu'à la monstruosité reste ce dans quoi Stéphane Blanquet trouve sa manière propre, mais aussi croise des oeuvres similaires.

Cette générosité productive dans les figures, les détails, les couleurs, les techniques vient donc envelopper la présence de certains thèmes sadomasochistes, obscènes, violents, mais surtout marqués par la goinfrerie, la dévoration. « Entre le boyau et la pâtisserie », comme le dit avec humour et gourmandise Stéphane Blanquet... Mais si l'on s'approche de certains dessins de l'artiste, on découvre le rôle majeur de l'entrelacs. Tresses, lianes, ficelles, serpents, boyaux contribuent à l'enlacement des figures les unes dans les autres. Du coup, un effet (volontaire ou non) de végétal exubérant s'impose, parfois sublime dans son excès, ne laissant émerger de sa jungle que peu de figures, par ailleurs peu ou pas altérées. Ces figures reconnaissables obéissent majoritairement aux manières graphiques de la bande dessinée (par exemple les hachures suggérant le volume, les petites gouttes), et particulièrement de la bande dessinée underground californienne des années 70. Par ailleurs, l'usage de couleurs fondamentales, éclatantes mais bien cernées par le trait noir, évoque aisément l'univers de Robert Combas en particulier, et le mouvement artistique de la figuration libre en général.

Alors, dans ce pléthorique banquet artistique, où l'on sert souvent la tripe, les gras-doubles tomatés, l'andouille éclatée, les hôtes et amis ne sont pas, comme on pouvait d'abord l'imaginer, les « fous », les « singuliers de l'art », ces créateurs atypiques, « monstrueux » mais indemnes de cette asphyxiante culture tant décriée par Jean Dubuffet. Il s'agit bien plutôt des bédéistes allumés de la « sous-culture », des insolents champions de la scène artistique underground, bref de toute cette bande, ce réseau, cette meute d'artistes échappant à la froide axiomatique de l'art contemporain autant qu'aux sages filiations de l'art classique.
Et, de ces provocantes agapes, le munificent Vatel ne serait-il pas Stéphane Blanquet ?
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
16-09-2021
 
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Verso n°126

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