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[verso-hebdo]
31-03-2022
La chronique
de Pierre Corcos
Portraits photographiques
S'il est acte de création, le portrait photographique nous en dit autant, sinon plus, sur celle ou celui qui se tient derrière l'objectif que sur son modèle. Deux femmes photographes, à peu près du même âge, l'une américaine et l'autre mexicaine, ont réalisé, avec des regards, des attitudes très différentes, des portraits d'une grande présence expressive. Judith Joy Ross et Graciela Iturbide nous rappellent, s'il en est besoin, que la vision doit précéder toute photo.
Psychologiques, les portraits de l'américaine Judith Joy Ross (née en 1946 à Hazleton en Pennsylvanie) le sont indubitablement, mais non au sens d'une focalisation intrusive sur la différence, la particularité de celles ou ceux qu'elle photographie. Il s'agit bien plutôt d'une psychologie générale de l'humain, en tant qu'il est saisi dans son intériorité. L'exposition émouvante Judith Joy Ross - Photographies 1978-2015 (Le Bal, jusqu'au 18 septembre) nous montre des séries en noir et blanc d'êtres ordinaires (enfants dans les écoles publiques, ouvriers, réservistes, élus du Congrès américain, etc.), évitant toute ostentation, et souvent pensifs, graves, recueillis. La profondeur de champ restreinte isole ici le sujet de son environnement. Un léger flouté, une lumière douce, une infinité de valeurs dans les gris à tonalités chaudes résultent de l'utilisation - rare et difficile - de la chambre photographique et du papier à noircissement direct. Si l'artiste ne fait pas mystère de son engagement pacifiste (contre la guerre au Vietnam ou en Irak), le plus significatif dans sa démarche se manifeste par un rapport pacifié, d'entente et d'affection, avec ses innombrables modèles. « Connaître quelque chose de quelqu'un », dit-elle simplement. Sa profonde modestie ne doit pas occulter le soin, l'amour qu'elle consacre, par le biais de ses portraits photographiques, à chacune de ses rencontres avec les autres... Un renouveau de la « photographie humaniste », sans a priori idéologique. Et une présentation claire, précise de Joshua Chuang, commissaire d'exposition.

« Les corps sont des hiéroglyphes sensibles », écrivait le poète mexicain Octavio Paz. On dirait que la photographe mexicaine Graciela Iturbide - dont une ample exposition, Heliotropo 37, nous est jusqu'au 29 mai proposée à la Fondation Cartier - illustre en noir et blanc cette phrase, par ses nombreux portraits saisissants où l'opaque mystère d'une culture païenne engloutie s'exprime dans l'extrême finesse du grain photographique... Dès 1974 (elle a alors 32 ans et déjà suivi les cours d'Álvarez Bravo), elle retournait dans maints villages mexicains perdus, photographiant leurs habitants et leurs traditions ; en 1978, chargée par les Archives ethnographiques de l'Institut national indigène de Mexico de photographier le peuple Seri (dont elle partagea un mois durant la vie) dans le désert de Sonora, elle contribua par son investigation au renouveau de la photographie ethnographique au Mexique. Puis, pendant dix ans, elle se rendit à Juchitán, dans la région de Oaxaca, photographiant les femmes zapotèques. En 1986, voilà une autre série sur les cholos, ces communautés mexicaines vivant aux Etats- Unis, encore marginalisées par leur sous-culture. Quatre ans plus tard, elle photographiait les sanglantes cérémonies de l'abattage rituel des chèvres sur les terres mixtèques. On l'a compris, les portraits réalisés par Graciela Iturbide ne sont pas psychologiques, et moins politiques qu'ethnographiques... Les sociétés traditionnelles sont encore enveloppées dans le mythe, qui leur/nous échappe. Il s'agit donc, par la photographie, de nous rendre sensible ce texte immémorial qui s'inscrit sur ces corps d'indios. Elle dit : « Partir avec mon appareil, observer, saisir la partie la plus mythique de l'homme, puis pénétrer dans l'obscurité, développer, choisir le symbolique... Finalement, la photographie est un rituel pour moi ». En effet, regardons ce personnage avec un masque de tête de mort et habillé en mariée : il évoque l'inquiétante Fête des morts au Mexique, à la fois catholique et païenne, et il traduit en un noir et blanc contrasté la figure de la mort ; ou bien cette indienne au regard vitreux, photographiée en contre-plongée, à la tête surmontée d'une étrange couronne faite d'iguanes : cette Nuestra Señora de las Iguanas parle moins d'elle que d'un rite secret, croirait-on, et d'un animal fétiche. Et cette jeune indigène au regard baissé, lointain, donnant le sein à son bébé, ou ces trois pleureuses en noir ne traduisent-elles pas la réinterprétation que fait la culture indienne de la tradition catholique de la Vierge Marie ? Même quand elle se rend en Inde et au Bangladesh en 1999, Graciela Iturbide photographie des eunuques travestis : toujours, en lien avec une mythologie, cette théâtralisation rituelle de la vie sociale... La lauréate du prix Hasselblad en 2008 pourrait être identifiée par son regard singulier, à la fois ethnographique et poétique. Mais les commissaires de l'exposition, Alexis Fabry et Marie Perennès, en une démarche exhaustive, n'ont pas voulu se cantonner à tous ses portraits, largement suffisants pour indiquer un style : on nous montre en plus son studio du 37 calle Heliotropo (titres de l'exposition) à Mexico, signé de l'architecte Mauricio Rocha, son fils, et enfin ses dernières prises de vue qui, depuis une vingtaine d'années, « se vident peu à peu de la présence humaine pour se concentrer sur les textures, les matériaux et la lumière, révélant le lien métaphysique qui unit l'artiste aux choses, à la nature et aux animaux». En tout, plus de 200 photographies, d'où émergent les portraits magiques, mystérieux, inoubliables d'un Mexique mythique, de sang et de violence.
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
31-03-2022
 
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Verso n°129

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du 6 au 28 Octobre 2012
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D'une main peindre...
Préface de Jean-Pierre Maurel


Christophe Cartier

"Rêves, ou c'est la mort qui vient"
édité aux éditions du manuscrit.com