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[verso-hebdo]
07-04-2022
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Les raisons de l'art selon Michel Onfray
Le célèbre Michel Onfray, le philosophe aux cent livres, s'intéresse aujourd'hui à l'art. Pas à la philosophie de l'art, ni à l'esthétique, mais à l'art tout court : « une initiation à l'art, de Lascaux à Koons » est-il annoncé par le bandeau (Les raisons de l'art, Albin Michel, 176 pages, 29 euros 90). Etant bien entendu que les artistes ne se sont jamais intéressés en premier lieu à la beauté, mais à plein d'autres choses, Onfray veut englober toutes les formes d'art « classiques » et ce qu'on appelle l'art contemporain dont il refuse de se débarrasser en bloc. Il lui faut pour cela traiter le cas difficile de Marcel Duchamp, l'assassin de la peinture par qui l'art contemporain est arrivé. « Chacun connaît l'urinoir de Marcel Duchamp mais peu sont capables d'en raconter l'histoire et les raisons » déclare-t-il page 124. Le lecteur frétille d'aise : il va savoir ! Ce qui est drôle, c'est que l'auteur commence par raconter une confidence de Valerio Adami qui était partenaire aux échecs de Duchamp dans les années 60 (le grand homme est mort en 1968 à Neuilly). Adami lui avait carrément posé la question de savoir si Fountain avait été un canular ou une volonté esthétique délibérée. Réaction immédiate de Duchamp : partir sans un mot et ne plus jamais revoir l'insolent. Adami n'avait rien compris à l'urinoir.

Onfray entreprend donc de nous parler de la fameuse Fontaine (1917), urinoir posé « sur un socle avec la signature de R. Mutt sur la base. » (p. 127) Premier étonnement du lecteur : pourquoi cette signature de R. Mutt ? Onfray n'en dit rien. Il indique bien, page 128, que, « avec ce coup d'Etat esthétique, Duchamp casse l'histoire de l'art occidental en deux. » Sans doute, mais pourquoi et comment ? On se perd en conjectures. Notre brillant auteur a beaucoup lu, il sait beaucoup de choses essentielles, et d'abord que le Nu descendant un escalier peint par Duchamp en janvier 1912 marque le début de la renommée internationale du français quand il est exposé à New-York (p. 146). Il a raison de préciser que Duchamp, célèbre et adulé aux Etats-Unis, est devenu un produit américain (d'ailleurs il prendra la nationalité américaine). Mais encore ? Onfray fait une très bonne analyse de la fameuse série de 8 grands tableaux intitulée Vivre et laisser mourir ou la fin tragique de Marcel Duchamp, 1965, par Aillaud, Arroyo et Recalcati, mais ce n'est pas pour lui l'occasion de répondre à l'imprudente question d'Adami. On se demande alors si, comme ce dernier, Onfray n'aurait finalement rien compris, lui aussi ?

Reprenons : Le Nu descendant un escalier n° 2 a bien été peint en 1912, mais non montré en France, car les partenaires de Duchamp au Salon des Indépendants ne le trouvaient pas assez cubiste. Il fut en revanche présenté à l'Armory Show de New York en 1913 avec l'incroyable succès que l'on sait. Aussitôt, Duchamp réalisa le premier ready made qui fut fort bien accepté. Sollicité par un groupe de peintres (médiocres, et se prenant pour l'avant-garde américaine), Duchamp accepta de venir aux Etats Unis, d'y fonder avec eux le Salon des Independant Artists en 1917. Président du comité d'accrochage, il refusa d'y exposer, mais il fomenta secrètement la participation d'un certain Mutt, son invention, qui envoya la Fountain. Cette dernière ne fut pas acceptée par crainte du scandale. Donc la Fontaine de 1917 disparut et il ne se passa absolument rien. Duchamp continua tranquillement sa carrière de leader mondial de l'avant-garde avec en particulier les ready made. Ce n'est qu'en 1953, à la galerie Sidney Janis de New York qui lui avait confié le commissariat d'une exposition sur le surréalisme, que Duchamp fit venir un nouvel exemplaire de la Fontaine en révélant que Richard Mutt n'était autre que lui-même. Enorme sensation dans le monde de l'art : si l'urinoir avait été présenté sous le nom de Duchamp en 1917, il aurait fait un triomphe ! La démonstration était claire : n'importe quoi pouvait devenir de l'art s'il était désigné comme tel par une personne ou une institution ayant le POUVOIR DE NOMMER. Duchamp avait inventé le nominalisme pictural. Les artistes contemporains doivent acquérir une célébrité préalable, ou passer par ceux qui détiennent la capacité financière pour faire passer n'importe quoi pour de l'art. Fountain n'était ni un canular, ni le résultat d'une réflexion esthétique. C'était la démonstration (à venir en 1953) des conditions de possibilité de ce que le marché appelle aujourd'hui l'art contemporain. Ce que n'ont compris, ni Adami, ni Onfray malgré son talent.
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
07-04-2022
 
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Verso n°129

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