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[verso-hebdo]
27-04-2022
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Big Bang Art, Sandrine Andrews, Flammarion, 240 p., 24 euro.

La vulgarisation, surtout dans le domaine de l'art moderne, a pris des proportions considérables dans l'édition française. Cet ouvrage a une place spéciale dans ce contexte qui produit le meilleur comme le pire. L'auteur a voulu faire un travail original en partant de tous les lieux communs en la matière et surtout s'adresse à tous ceux qui croient que l'art moderne n'est pas fait pour eux, étant incapables d'en comprendre et l'histoire et les codes. Dans un premier chapitre intitulé « Moi aussi je peux en faire autant », Sandrine Andrews compare un portrait de femme de Picasso peint en 1937 (c'est le portrait de sa maîtresse Marie-Thérèse) avec le portrait de Marcotte de Sainte Marie, réalisé par Ingres en 1826. Puis elle dévoile un portrait d'Olga (son épouse) que Picasso a signé en 1918 dans un style réaliste. Le second chapitre est sans doute le plus significatif et donc le plus instructif : « L'art c'est vraiment beau ! ». En ce qui me concerne, j'aurais mis un point d'interrogation, car c'est sur ce point que se joue la crédibilité d'une large part de l'art contemporain. S. Andrews a choisi un groupe sculpté d'Antonio Canova, Psyché réanimée par un baiser de l'Amour (1788-1793), expression pure du néoclassicisme qui a souhaité raviver les valeurs des artistes antiques. Plusieurs explications sont avancées pour qu'on puisse saisir l'objectif à attendre par le grand sculpteur italien : le beau, qui dépend beaucoup de l'art de la composition ici détaillé avec minutie. En guise de contrepoint, elle nous présente une installation de Christian Boltanski, La Réserve (1990). Elle explique de Boltanski a abandonné ici l'idée de beauté au profit d'un concept (en donne les pistes pour savoir comment le concept est devenu un levier de l'art depuis Marcel Duchamp). C'est contestable car l'artiste a voulu surtout rendre une vision sur l'histoire (il s'agit ici de la Shoah) et l'a traduit dans son langage qui a un caractère théâtral. On peut se demander si cet ouvrage a véritablement une valeur didactique convaincante.
D'un côté, c'est possible, bien que j'exprime des doutes sur son efficacité car faire référence à Duchamp ou à un autre des grands personnages révolutionnaires de l'art du siècle dernier ne sont pas plus éloquent pour le néophyte. On a le sentiment que S. Andrews veut imposer une série de clichés dérivés de pratiques artistiques en rupture avec le passé. En somme, on passerait d'un groupe d'idées reçues à ces nouveaux truismes qui ne sont pas nécessairement valables. Qu'en conclure ? Big Bang Art, au titre iconoclaste peut être un apprentissage, à condition de lire en parallèle une bonne histoire de l'art. L'art de ces dernières décennie et même l'art cubiste ou le fauvisme sont des sujets un peu plus complexesq et par forcément ennemis de l'art des maîtres d'autrefois. Parmi les dernières oeuvres de Duchamp, on découvre de très beaux pastiches d'Ingres




Les Anarchistes, Alexander Ilichevsky, traduit du russe par Hélène Sinary, Gallimard, 342 p., 23 euro.

L'auteur (né en 1970 à Sumgait) nous présente son personnage principal, Piotr Andrevitch Solomine, homme d'affaires à la retraite bien qu'il n'ait que trente-huit ans. Il avait quitté Moscou et vivait à la campagne où il s'était fait construire une maison et un atelier car il était peintre amateur. Un chapitre nous fait remonter dans le temps, remémorant un singulier périple en taxi dans les rues de la capitale russe : au volant, une jeune femme étrange, qui ne rechigne jamais à tous ses changements de direction, le tout finissant par la blessure par balle de la conductrice. On retrouve notre héros dans sa demeure isolée et bien loin du monde moderne, dans une nature infinie, habitant au bord de la rivière Oka. Autour de lui vivent quelques personnes avec lesquelles il dialogue souvent, évoquant tous les aspects de la vie, de la culture, des moeurs en Russie, parfois remontant loin dans le passé. Et il y a surtout une femme, Katia, qu'il aime beaucoup mais avec laquelle il a des relations plutôt compliquées. Ce qui frappe dans ce roman touffu, picaresque sous certains aspects (avec ces va-et-vient permanents entre le présent et le passé). Chacune des personnes demeurant dans cette région isolée a une histoire et donc une généalogie qui révèle des pans de l'histoire de la Russie. C'est une histoire de la recherche scientifique pour l'un ou de la théorie anarchiste pour l'autre. Ces nombreux récits, narrés par Piotr Solomine ou par ses voisins (Doubrovine, Iakov, Kapelkine, Kalinine, le douanier, Tourchine, et d'autres encore), sont autant de pièces d'un gigantesque puzzle d'une rare difficulté qui constitue la création d'un empire considérable et formidable bâti dans des régions hostiles à l'humanité la plupart du temps.
Si le lecteur se perd pas mal dans ce dédale au début du livre, peu à peu, il parvient à s'y retrouver entre les voyages d'exploration en Sibérie ou en Palestine au début des années vingt par Tchaoussov et la fondation de l'anarchisme. Toutes ces figures issues du passé ne sont pas des fantômes, mais les piliers du destin de leurs descendants qui vivent pourtant dans un monde qui n'a plus rien de commun avec le leur. Leur pays est la somme de tous ces contes et de tous ces histoires incroyables. De la philosophie à la politique, des explorations scientifiques aux conquêtes d'autrefois, tous ces discours finissent par converger dans le mythe d'une Histoire qui est devenue aussi bien une légende lointaine qu'une épopée. La part congrue dans cette fiction est celle de l'Histoire, la grande histoire de l'empire russe. C'est plutôt par le biais de la science, de la poésie, même de l'art, de la transmission familiale et aussi de la religion, incarnée par un prêtre, le père Evrmeni, qui a été envoyé pour la restauration d'une vieille église qui se trouve dans un état déplorable) que tout se joue ici.
Les souvenirs de jeunesse et les anecdotes du temps présent se mêlent et finissent par reconstituer ce petit univers urbains qui a fini par se créer dans cette région oubliée. Toutes ces vies s'enchevêtrent, interfèrent les unes sur les autres, alors que se déroulent ces contes qui ont établi la civilisation russe au milieu de nulle part. Ainsi, un macrocosme et un microcosme s'enchevêtrent et donne un sens et une profondeur à un lieu a priori insoupçonnable. L'esprit russe, l'âme russe, l'essence de la Russie,En guise d'avant-propos, l'auteur a composé une sorte d'hymne aux se révèlent au coeur de ce paysage qui n'a rien d'ingrat, mais qui impose à l'homme un autre registre de mesures. Le pittoresque de tous ces personnages et celui de Solomine, déchiré entre son désir esthétique et sa passion peu heureuse pour Katia, omniprésente, mais insaisissable, La fin est tragique et l'âme de Solomine monte au ciel. Cela fait partie de ces histoires liées les unes autres. C'est un roman qui dévoile sa valeur alors qu'on s'interroge encore sur son bien-fondé et aussi sur sa logique. Mais il s'avère passionnant et élaboré d'une façon surprenante.




Le Corps de l'âme, nouveaux récits, Ludmila Oulitskaïa, traduit du russe par Sophie Benech, Gallimard, 208 p., 16, 50 euro.

De nos jours, s'interroger sur la nature de l'âme peut sembler une quête archaïque et même hors de propos. C'est pourtant ce que s'est proposé de faire Ludmila Oulitskaïa dans ces pages à la fois étranges et prenantes. En guise d'avant-propos, l'auteur a composé une sorte d'hymne aux femmes de tous les âges et de tous les genres. Dans la première nouvelle, « Le Dragon et le Phénix », Zarifa, originaire d'une ville partagée entre les Azéris et les Arméniens dans le Karabakhj, demande à sa compagne, Moussia, de téléphoner à un certain numéro sans donner d'explications. Elle prend l'écouteur et entend la voix de son frère. Zarifa est tombée gravement malade, s'est fait soigner à Munich et puis est aller s'installer en Israël. Les deux jeunes femmes s'étaient mariées à Amsterdam. Malgré tous les soins apportés à Zarifa, celle-ci n'alla pas mieux. Et on a dû la transférer à l'hôpital d'urgence. Celle-ci avait voulu vivre à Chypre dans une petite ville. Elle est morte une nuit dans cet hôpital. Zarifa avait fait venir ses parents de tous les coins du monde. Et ils sont tous arrivés trop tard pour la voir une dernière fois. Dans « Alice s'achète une mort », où l'héroïne cherche désespérément à se procurer du barbiturique. Le médecin hésite, son amant, Alexandre Efimovitch est lui aussi perplexe. Marina, l'une des fille d'Efimovitch est tombée enceinte et elle apprend alors la mort de son père. Elle a été conduite à l'hôpital psychiatrique et y est demeurée six mois. Alice s'est trouvé une vocation et s'occupe de la malheureuse Marina...
Chacune de ses histoires véhicule quelque chose de curieux et de mortifère, sans parler de la dimension toujours décalée de ce qu'elle entend nous raconter. Toutes ces nouvelles, sans aucun lien narratif entre elles ont en partage d'avoir des thèmes communs : la maladie, les relations sentimentales difficiles, la maladie, la mort. Cela engendre une sorte d'unité thématique, qui fait découvrir les mille facettes du rapport de l'être humain avec sa présence corporelle dans ce monde et la trahison du corps qui brise aisément toute projection dans un quelconque avenir. Ces nouvelles, de facture relativement classique, mais ils ont de particulier de mettre à jour des problématiques assez voisines et souvent douloureuses. Ludmila Oulitskaïa demeure dans la lignée de la littérature russe classique même si sa pensée aborde avec une relative dureté et une volonté de prononcer la vérité sans ambages et de postuler des questionnements modernes qui peuvent néanmoins avoir des racines dans les grands romans du XIXe siècle.




The Town and the City, Jack Kerouac, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Daniel Poliquin, « La Petite Vermillon », La Table Ronde, 786 p., 11, 80 euro.

Livre des esquisses, 1952-1954, Jack Kerouac, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Lucien Suel, « La Petite Vermillon », La Table Ronde, 382 p., 9, 20 euro.


Jack Kerouac, de son vrai nom Jean-Louis Lebris de Kérouac est né à Lowell dans le Massachussetts le 12 mars 1922. Son père est originaire du Canada. Il serait le descendant d'un aristocrate français. En réalité, on ne connaît pas vraiment ses origines, bien que beaucoup pense (et lui aussi l'a pensé) qu'il serait originaire de la Bretagne (ce qui l'a conduit à faire un voyage en France, se rendant dans l'Ouest du pays (il raconte ce petit périple dans Sartori à Paris) qui ne lui a rien appris sur ses ancêtres. Pendant ses études au collège, il se révèle déjà un athlète complet et révèle des dons pour le football américain. Quand il entre à la Columbia University de New York, c'est la discipline dont il parle le plus à ses lecteurs que les autres. The Town and the City est d'abord une sorte d'autobiographie à peine voilée, où il raconte avec force détails sa jeunesse. (Il convient de noter que Kerouac avait déjà écrit en 1942 un premier roman, The Sea is My Brother, qu'il avait renoncé à publier. Il sortira de presse bien après sa mort. Il est d'un réalisme très appuyé qui rappelle beaucoup les romans de Thomas Wolfe, romancier et poète (1900-1938), qui peut être considéré comme le créateur du roman américain moderne. Installé à New York en 1923, qui a écrit trois ans plus tard Look Homeward, Angel, qui est une fiction de caractère autobiographique. Ce fut sans aucun doute un modèle pour le premier texte romanesque de Kerouac, qui présente bien des traits communs. Comme son modèle, Kerouac est pléthorique. Il y narre l'histoire de Peter Martin, qui grandit à Galloway, une petite ville du Massachussetts, qui ressemble comme deux gouttes d'eau à sa ville natale. Il est issu d'une famille d'agriculteurs du Québec. Il a mis deux années à écrire ce roman-fleuve où chaque partie de l'histoire est incroyablement développée, même si son importance est assez modeste.
Ce fut un échec assez complet, même si quelques chroniqueurs littéraires ont salué ses qualités. On y trouve une partie des ingrédients de On the Road, (encore et toujours le football américain !), qui est refusé par son éditeur Robert Giroux en 1951 (il ne paraîtra qu'en 1956). Il est indubitable que Kerouac y a démontré un don remarquable pour la narration. On est frappé par un léger décalage entre l'esprit de son roman et l'époque où il l'a écrit, après la Seconde guerre mondiale. Kerouac y est assez conformiste et veut montrer qu'il est un bon élève (ce qu'il n'a pas toujours été avant de s'engager dans la marine marchande en 1942). The Town and the City n'en est pas moins, malgré tous ses défauts, un ouvrage digne d'être lu et apprécié.
Bien sûr, Sur la route, publie en septembre 1957 par Viking Press après bien des déboires chez d'autres éditeurs, , est composé avec beaucoup plus de concision et aussi un esprit nouveau. Et si l'auteur, sous le pseudonyme de Sal Paradise, donc en demeurant dans l'optique d'une autobiographie, mettant en scène ses amis (William S. Burroughs, Allen Ginsberg, Neal Cassady, etc.) : c'est l'idée de relater plusieurs voyages d'est en ouest des Etats-Unis qui fournit la trame de l'oeuvre. Et c'est elle qui a assuré son succès et son influence. S'il a été un romancier hors pair et très prolifique, Kerouac a aussi été un poète fécond Le recueil intitulé Mexico City Blues, écrit à Mexico en 1955 et publié en 19(9, compte « 242 Chorus » (à l'origine, le livre devait s'intituler Chorus - le terme « chorus » est emprunté au jazz et est une autre façon de désigner un poème selon le langage du jazz.
Ce recueil, voulu par Kerouac (il avait même déjà donné un titre : Book of Sketches) rassemble des textes poétiques écrits entre 1952 et 1954 pendant la période mythique des voyages sans trop de buts à travers l'immensité de la géographie de l'Amérique du Nord. Kerouac a commencé à écrire des poèmes dès les années quarante (il a composé alors un livre intitulé Pull My Daisy) et en a écrit d'autres jusqu'à sa mort comme Book of Haikus ou Book of Blues, il a sans cesse eu l'envie de se livrer à la poésie (il a même enregistré deux disques de lectures de ses créations). Ce qu'il a pu faire pendant les années cinquante et qui se retrouve dans ce volume est d'abord profondément inspiré par le jazz que lui a fait découvrir un ami (le rythme, mais aussi le souffle et une forme calquée sur celle de ces musiciens, surtout quand ils jouent en solo du saxophone) et ensuite associe des visions arrachées à la réalité en toute hâte et des souvenirs de ses relations avec d'autres auteurs de la Beat Generation.
Cela va de soi, il y a pas mal des moments où il évoque son passé et même des notes jetées sur le papier ou des sentiments éprouvés sur le moment Mais si la forme est désordonnée (à nos yeux), il y a ici les secrets de ce que Kerouac enregistre et rapporte ensuite sur son manuscrit : c'est l'univers complexe et intriqué de tout ce qu'il perçoit et qu'il ressent dans son existence et qui se transforme en une sorte de gigantesque galaxie de pensées et de visions de mille sortes, associées au bouddhisme ou à la religion chrétienne, ou encore à des lieux qu'il a pu connaître, comme Pavie « 18 miles au sud de Milan, les cendres de saint Augustin , le grand monastère de la Certosa di Pavia, au confluent du Ticino et du Pô, les fortifications du vieux Ticinum. » C'est déroutant au départ, mais c'est suffisamment merveilleux pour qu'on se laisse emporter par sa verve et une inventivité qui ne semble jamais devoir s'épuiser.
Gérard-Georges Lemaire
27-04-2022
 
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