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[verso-hebdo]
19-05-2022
La chronique
de Pierre Corcos
Héroïne et victime
Une héroïne n'est-elle pas d'abord la victime d'une situation qui l'incite à se surpasser ? Et ne trouve-t-on pas parmi les victimes, plus souvent qu'on le croit, d'obscures héroïnes ? L'héroïne et la victime restent des figures profondément théâtrales, parce que l'une et l'autre se trouvent confrontées à l'état des choses, lequel est amoral, et parce que leur combat n'est jamais vain pour le spectateur. Deux spectacles illustrent, à travers le mythe ou le fait réel, la théâtralité que génèrent ces deux figures, portées par des écritures scéniques.

Antigone est héroïne (elle refuse de se soumettre au roi Créon) et victime (elles est condamnée à être enfermée vivante dans le tombeau des Labdacides), mais surtout, et au-delà de la tragédie éponyme de Sophocle, une figure archétypale aimantant de multiples valeurs. Par exemple la révolte, la jeunesse, le dévouement, l'amour sororal, auxquels viennent brutalement s'opposer le droit, la rigidité, l'étroitesse mentale, la volonté du souverain... Mais, dépouillée du vêtement de la tragédie grecque et saisie au plus profond, Antigone n'est peut-être qu'un cri. De colère et de désespoir. Or le cri a cette particularité notable d'être l'unique son représentable. Béance grande ouverte sur l'antre de l'effroi. Peut-être que Loïc Guénin, compositeur et auteur, et Anne Monfort, qui a réalisé la mise en scène du spectacle Le Cri d'Antigone, ont eu sans cesse à l'esprit ce Cri sans âge, c'est-à-dire inassignable et sans cesse ouvert. Quels sont les cris d'aujourd'hui ? Et qui sont les héros qui peuvent, de leur cri, briser la glace de l'indifférence collective ?... Six tableaux pour quatre musiciens et une voix (remarquable Elise Chauvin) sur scène, un décor qui se peint sous nos yeux : voilà pour ce spectacle court, intense et à dimension opératique. Il s'est joué le 13 mai dans le cadre du Festival Propagations à la Friche La Belle de Mai à Marseille. Un spectacle dont on attend des représentations ailleurs... Les masses sonores qui nous submergent au début, les attitudes et mimiques figées de l'héroïne (comme ces plans expressifs de cinéma muet) transportent le spectateur - une fois que l'histoire d'Antigone a été brièvement rappelée - dans un autre espace-temps que celui de la tragédie grecque. Même les références au féminisme, qui émergent au cours du spectacle, ne l'enferment pas dans un « message » actualisé. On pense plutôt à un théâtre mental, intérieur : ce qui se passe dans la tête d'une héroïne, de celle qui refuse la doxa dominante, perturbe le cours du monde ou transgresse l'ordre patriarcal. Théâtre mental, c'est-à-dire moins représentation qu'évocation... Des bribes de phrase, des clignotements de lumière et surtout une musique intérieure, que Loïc Génin a fortement associée aux sonorités contemporaines. Musique parfois minimaliste, parfois expressionniste avec des accents déchirants. Pour le chant, certains retrouveront dans leur mémoire telle cantatrice de l'opéra, d'autres se rappelleront Janis Joplin ou Patti Smith. « Le personnage erre dans un monde où la tragédie originelle encombre l'espace, les mots, le texte, mais où tout semble peu à peu s'ouvrir et se réinventer », écrit Loïc Guénin. C'est là le chemin et le destin de tout héros, de toute héroïne : traverser l'ordre fabriqué, rassurant et factice du monde des autres, affronter sans boussole le désert immense de la solitude, puis se rendre compte un matin qu'on a découvert des territoires, extérieurs ou intérieurs, vierges, enivrants.

Jusqu'au 23 avril s'est jouée au théâtre Les Déchargeurs une pièce, Marion 13 ans pour toujours, d'autant plus dramatique, bouleversante qu'elle raconte une histoire dont on ne peut pas se défendre en se disant à la fin que c'est juste de la fiction. Une histoire de victime absolue. C'est la propre mère de cette victime, Nora Fraisse, qui en a écrit le texte. L'adaptation et la mise en scène de Frédéric Andrau dépouille ce drame de tout élément théâtral risquant de faire diversion... Parce qu'elle était sensible, parce qu'elle fut victime de harcèlement à l'école et surtout de cyber-harcèlement, la petite Marion s'est donné la mort à l'âge de treize ans ! Ce drame n'est pas un fait isolé, exceptionnel : combien de victimes aujourd'hui du cyber- harcèlement ? Et à un âge, la puberté, où des jeunes, commençant à s'éloigner de leurs parents, sont obsédés par leur image dans cette micro-société, la classe ou l'école, parfois impitoyable... La pièce fonctionne comme une enquête où les deux parents remontent le temps, et cherchent ces moments de bifurcation, apparemment anodins, où tout s'est pour le pire enchaîné. L'imagination pallie, quand il le faut, à la mémoire : quelle parole à adresser, post-mortem, à la petite Marion ? Si Marion 13 ans pour toujours n'était que la tentative d'une mère pour exorciser une probable culpabilité, on n'entendrait pas ce message universel qui rencontre tous les parents et adolescents. Et interroge cette pathologie sociale d'une supposée reconnaissance de soi via les réseaux sociaux. Outre cette pièce écrite, Nora Fraisse a fondé l'association Marion La Main Tendue, toujours dans le but tout à fait louable d'une prévention collective. Le thème de la victime du harcèlement scolaire a été maintes fois illustrée dans la littérature, mais avec cette pièce, en prise directe sur notre époque, il s'anime d'une brûlante actualité. Souhaitons que la pièce se rejoue pour le plus large public !
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
19-05-2022
 
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Verso n°129

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