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[verso-hebdo]
02-06-2022
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Le Caravage, peintre et assassin, José Frèches, « Découvertes », Gallimard,160 p., 14, 70 euro.

Il y a quelques années, on a découvert l'acte de naissance du Caravage prouvant que Michelangelo Merisi est né à Milan en septembre 1571. Son père aurait installé son activité à Caravaggio, un petit bourg situé non loin de Bergame. D'où ce surnom qui ne révèle pas ses véritables origines. Le document a été exposé à la mairie de Milan. Son existence tourmentée (il a été loin d'être irréprochable) a autorisé une foule d'auteurs à la transformer en roman feuilleton. Il serait mort dans des circonstances troubles. En réalité, il serait mort de maladie, ce qui a été prouvé il y a quelques années. Je regrette profondément que l'auteur (ou l'éditeur- ait cru bon de donner ce sous-titre ce livre de cette façon. Il n'a pas grandi dans une faille pauvre comme on l'a tant répété. Mais on ignore presque tout de son enfance et de sa formation. Il est entré dans l'atelier de Simone Peterzano en 1584 - un artiste de valeur un peu oublié, qui aurait été formé à l'école vénitienne (contrairement à ce qu'affirme l'auteur, son oeuvre est bien connue et a donné lieu à une grande exposition à l'Accademia di Carrare à Bergame en 2020 avec un volumineux catalogue publié par Skira). On sait qu'il aurait été à Rome au début des années 1590. La ville éternelle était alors en plein travaux. Il aurait alors travaillé pour le cavalier d'Arpin.
Il s'installe en 1595 chez le cardinal Del Monte, un des plus grands collectionneurs romains. Le jeune homme ne tarde pas à s'imposer comme auteur de nature morte (il suffit de penser à celle de la Pinacoteca ambrosiana, qui fait songer à l'idée qu'on se faisait alors de la peinture antique). Il privilégie les sujets vernaculaires et pittoresques : les joueurs de cartes, les musiciens, ayant souvent des doubles sens. A partir de 1600, il se met à traiter des sujets religieux, comme Le Sacrifice d'Isaac. Il est remarqué par Karel van Mander qui écrit sur son compte en 1604, indiquant qu'il suivait la nature avec précision. Il traite des sujets bibliques dans un contexte contemporain, ce qui est loin de plaire à tous. Le cardinal lui obtient la décoration de l'église Saint-Louis-des-Français avec le célèbre cycle de saint Matthieu. Puis il obtient la commande de deux tableaux une chapelle de Santa Maria del Popolo - celle de monseigneur Tiberio Cerasi, trésorier du pape. Son succès a été rapide malgré les dénigrements provoqués par son excès de réalisme.
On sait qu'il a produit plusieurs versions de sa Judith et Holopherne. Sa Déposition du Christ, de la Chiesa Nuova des pères de l'Oratoire lui a donné l'occasion de peindre une Vierge à la fois éloquente et tragique, d'une beauté bouleversante. C'est un trait caractéristique de l'artiste : certaines de ses figures féminines ont une beauté qui tranche avec les autres figures traitées avec un réalisme cru.
C'est alors qu'il a ses ennuis avec la justice et doit fuir deux ans. Il est heureusement protégé par la puissante famille Colonna. Un duel s'était très mal terminé. Il est condamné. Il trouve refuge dans la campagne romaine. Il semble qu'il ait peint un Repas à Emmaüs pendant cette période. Grâce à la famille Carafa, il peut fuir à Naples. Il y peint Les Sept oeuvres de miséricorde pour le Piomonte (inspirée par saint Matthieu) pour l'église San Domenico Maggiore. Les oeuvres religieuses de cette période montrent à quel point il est parvenu au somment de son art. (L'Arrestation du Christ, La Flagellation, etc .) Il parvient alors à se rendre à Malte et à devenir un des membres de la confrérie. II en est expulsé et il est emprisonné. Il réussit à s'enfuir en Sicile. Il retourne à Naples afin d'être réhabilité. Il meurt dans des circonstances mystérieuses à Porto Ercole en 1610. Le plus grand intérêt cde cette collection est de fournir de précieux documents dont un fragment de la biographie de Baglione et de celle de Bellori. Il contient aussi le dossier judiciaire du Caravage. C'est un excellent moyen de découvrir la vie et l'oeuvre de ce peintre exceptionnel.




Marcel Proust du côté de la mère, sous la direction d'Isabelle Cahn, MAHJ, 256 p., 39 euro.

Cette année marque le centenaire de la disparition de Marcel Proust. C'est le Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme - et non la Bibliothèque Nationale de France - qui lui rend hommage avec une exposition passionnante accompagnée par un très riche catalogue qui sera profitable à tous les passionnés de cet auteur admirable, mais aussi à tous les visiteurs, qui y découvrirons l'écrivain juif de par sa filiation maternelle (son père était un médecin bien et aussi un professeur de renom, on ne peut plus catholique). Qui a le courage et la volonté de lire A la recherche du temps perdu se rendra vite compte que la question juive y tient une place d'importance. Mais, à son habitude, il ne traite pas une question comme a pu le faire Montaigne dans ses essais. Il fait même tout l'inverse. Tous les sujets qu'il aborde sont disséminés.
On a même le sentiment qu'il tient à disséminer sa pensée (et cela même pour la Grande Guerre qu'il commente souvent - dans ce cas précis la chronologie demeure un fil rouge. Les relations de Proust avec la judéité héritée de sa mère, Jeanne-Clémence Weil, qui ne paraît lui avoir inculqué une éducation le mettant en rapport à la Torah et avec le Talmud. Il n'est pas non plus catholique. En ce domaine, tellement discuté et dont le caractère épineux est encore exaspéré par l'affaire Dreyfus qui divise la France en deux camps (il commente cette affaire à de nombreuses reprises). Alors que des Juifs aisés ont encore bien mal à se faire acceptés dans les grands salons de la haute bourgeoisie, Proust y évolue avec aisance et même plaisir puisqu'il y glane le matériau utile à son oeuvre. Pour évoquer ce problème, il met en scène deux personnages importants dans son histoire.
Le premier est Charles Swann, fils d'un agent de change prospère, qui lui a été par Charles Haas (on a aussi pensé à un membre de la famille Hirsch), l'un des membres du cercle de la rue Royale, très cultivé, dandy impeccable, et qui entend passer pour un bourgeois français de valeur. C'est l'archétype du Juif assimilé. Mais cette volonté qui lui a longtemps souri, lui a aussi créée des problèmes, et pas seulement l'échec de son mariage. On a souvent avancé que Swann serait un double de l'auteur. Ce n'est pas exact. Swann est un archétype que Proust a rendu complexe. En ce qui concerne l'ami d'enfance du narrateur, Albert Bloch, il s'agit d'un autre archétype, celui du Juif qui assume ses origines et a des défauts caractéristiques, bien que ce serait lui qui aurait initié le narrateur à la poésie et aussi à l'univers des maisons closes.
Bloch se moque volontiers de ses congénères (il le fait sur un banc de la promenade de Balbec, c'est-à-dire Cabourg) et n'a pas sa langue dans sa poche. Ses opinions ne vont pas dans le sens de la bonne société et il ne cherche pas à en faire partie. Toutefois, à la fin du livre, il change de nom et est à son tour tenté par l'assimilation changeant son nom en Jacques de Rozier. L'exposition, qui dure jusqu'à la fin du mois d'août, et le copieux et précieux catalogue avec une iconographie très remarquable, sont indispensables pour pénétrer dans l'univers proustien et pour découvrir autant l'homme qu'il a été que l'écrivain. Il faut noter au passage que Marcel Proust est mort à cinquante et un ans, tout comme Franz Kafka, qui tirera sa révérence deux ans après lui.




Hans Holbein, maniérisme, anamorphose, parallaxe, postmodernité, etc., Michel Thévoz, « Studiolo », L'Atelier contemporain, 192 p., 7, 50 euro.

Hans Holbein (1497-1543) fait partie de ces artistes d'autrefois à la fois célèbres et méconnus. Tout le monde qui s'intéresse un tant soit peu à l'art de la Renaissance connaît ses Ambassadeurs. Il faut dire que ce tableau avec sa singulière anamorphose frappe l'imagination. Mais que sait-on du reste de son oeuvre ? En vérité, pas grand-chose. Comment expliquer ce mystère paradoxal ? Commençons par rappeler quelle a été l'existence de Hans Hobein le Jeune. Il est né à Augsbourg, en Bavière, aux alentours de 1494. Il est le fils d'un peintre qu'on appelle Holbein l'Ancien, un des meilleurs peintres allemands de son temps. Le jeune homme étudie très tôt dans son atelier, mais aussi dans celui de son oncle, Hans, Burgkmair, peintre également très réputé. Son apprentissage terminé, il s'installe à Bâle, qui est un des centres de l'humanisme en Europe, en 1515 et y demeure jusqu'en 1526.
Il entreprend un voyage à Milan en 1518. Pendant cette période, il se forge une solide réputation de portraitiste. On sait peu de choses de sa vie, en dehors de son mariage qui lui a donné deux enfants. Ce mariage sera brisé assez rapidement et l'on sait que le peintre est très amateur de femmes (il aurait eu deux enfants naturels en Angleterre par la suite). Dans ses Lettres de peinture, Carel van Mander fait déjà état de Holbein en 1604, soulignant le fait qu'il peignait de la main gauche et cependant sans gaucherie. Cette anecdote montre au moins qu'il est parvenu déjà très jeune à être parmi les jeunes talents apparus en Bavière. Et il ne tarde pas à confirmer sa position dans le monde de l'art car on sait qu'il vendait assez cher ses services. Michel Thévoz note qu'il ne travaille que sur commande : mais c'est le cas de tous les artistes au XVIe siècle ! Pour ce qui est de ses travaux, nous savons qu'en 1515, il illustre L'Eloge de la folie d'Erasme. A Bâle, il est accepté dans l'atelier de Hans Herber. Le premier tableau connu de lui est L'enseigne d'un maître d'école (1516). En 1516, il a sa première commande : le Portrait de Jacot Meyer zum Hasen. Le décor architectural est très sobre, presque réduit à l'essentiel. L'année suivant, il exécute un Adam et Eve dont on ne voit que le buste.
Michel Thévoz nous invite à une pérégrination au sein de cette oeuvre qui évolue avec de nombreuses variations dans sa facture jusqu'au Christ au tombeau qui a tant marqué Fédor Dostoïevski qui en a parlé dans L'Idiot. Le parcours qu'il nous propose est loin d'être dépourvu d'intérêt, loin s'en faut, mais il fait des rapprochements assez curieux avec des artistes ou des auteurs de notre époque qui sont mal venu et fait des erreurs assez gênantes (par exemple, il parle d'Erwin Panofsky comme d'un spécialiste du maniérisme !). Quoi qu'il en soit, c'est une bonne initiation à la peinture et à la gravure de Holbein, qui demeure assez peu connue en dehors des quelques chefs-d'oeuvre toujours mis en avant.




Noces à Syracuse. Noces, Philippe Thibeau, « Fiction », Tinbad, 68 p., 13 euro.

Avant de parler de l'histoire à proprement parler, je voudrais m'interroger sur un certain nombre de tics linguistiques que l'auteur a cru bon d'introduire dans son récit. Si l'on met de côté des infractions graves aux règles de la ponctuation souvent peu compréhensibles, mais qui font désormais partie d'une production littéraire récente, Mais je suis plus dérangé par des fractures provoquées dans une phrase qui reste inachevée et par des locutions qui termine une séquence de manière inopinée. Cela me dérange d'autant plus que le récit se réfère à la mythologie classique et n'apporte pas grand-chose à ce que le lecteur peut éprouver en lisant ces pages. Le titre pose le même genre de problèmes. C'est là une affaire quasiment paradoxale : la fiction, elle, n'est pas dépourvue de sens ni de beauté. Nous découvrons une jeune fille qui court sur une place, dans le vent, tenant un papyrus à la main. Un jeune homme la regarde et est séduit par son charme l'imagine dans sa nudité.
On comprend vite que cette vision a un rapport avec l'Odyssée et avec Ulysse. Dans sa précipitation, elle risque de déchirer le récit qu'elle est chargée de porter et elle manque aussi de renverser à terre le jeune homme qui la contemple. A partir de ce moment de trouble, le papyrus s'envole et la narration se fait haletante. Le second chapitre met en scène Ulysse, ou plutôt une idée d'Ulysse qui est la cause de multiples problèmes. L'auteur nous le présente « prisonnier de ses sens ». Le chapitre suivant est consacré à deux marins rescapés des tourments de la mer. C'est pour nous la plongée dans l'univers mythiques des Grecs anciens avec des scènes arrachés à différents livres. Puis vient l'épisode de la grotte de Calypso et puis sa signification dans l'esprit des Anciens. Puis on retrouve Ulysse qui tente d'échapper à sa folle passion. Bientôt, ce que nous conte Philippe Thibau s'éloigne de ce qu'on sait de ce que Homère nous en a dit et se termine dans une autre dimension mythologique. Et cela n'est pas si absurde qu'on le croit : Il enfante une autre manière de jouer avec ces thèmes des croyances et des créatures de la civilisation grecque.




Précis du New Look, Jérôme Gontier, Dernier Télégramme, 78 p., 11 euro.

Qu'on ne s'attende pas à découvrir vision du dandysme ou une brève description de ce que seraient aujourd'hui les nouvelles manières d'être dans l'exception, que soit dans la sphère de la mode ou dans un autre domaine. Non, ce court ouvrage est d'abord un une autre conception de la relation à notre modernité et aussi un cri de révolte. Il faut d'ailleurs prendre note de cet important index à la fin du volume, qui demeure énigmatique puisqu'il ne renvoie à aucune référence précise. Plus qu'une description d'un mode nouveau de concevoir sa relation à la vie telle que nous la vivons, mais plutôt d'une rébellion qui s'exprime par des mises en cause de choses ou de postures. Il faut donc considérer les propos de l'auteur comme un décryptage très condensé de ce qui constitue tout ce qui révolte cet auteur qui ne cherche pas à proposer une forme de littérature divergente, mais une déconstruction de ce qui renferme notre sphère d'expérience. Il ne s'agit donc pas d'un manifeste purement esthétique, mais plutôt une mise en scène assez conceptuelle d'un sentiment de délitement de ce que le monde peut nous proposer comme horizon existentiel. Mais je ne suis pas sûr d'avoir bien saisi les intentions de Jérôme Gontier. C'est quelque chose comme un puzzle baroque rédigé dans un langage elliptique échappant de surcroît à toute logique commune. Donc voici un opuscule à prendre avec des pincettes (ou tout du moins avec un regard sans préjugés) et à parcourir sans le moindre préjugé.




Heureux est l'homme, François Esperet, Editions du Sandre, 66 p., 16 euro.

François Esperet a composé un long monologue où il se pose en observateur du monde tel qu'il le perçoit. C'est une sorte d'introspection qui est en même temps un récit de son expérience de déchiffrage de son univers sensible. C'est une promenade poétique où tout ce qu'il perçoit est métamorphosé pour en montrer la vérité dissimulée. Ses pages semblent être une sorte de circumnavigation qui fait songer au périple de Dante, mais dans un monde qui n'est plus hiérarchisé et qui n'est plus simplement sacralisé, mais qui ne cesse pourtant de nous renvoyer aux interrogations bibliques ou aux agissements des évangélistes.
Il nous invite à le suivre et à découvrir le flux de ses pensées qui se traduisent par le jeu de l'écriture. C'est là un voyage qui fait perdre le nord, mais qui révèle la manière dont l'auteur appréhende aussi bien les rues de Paris que ses habitants les plus étonnants. Il y a un rien de rimbaldien dans cette course-poursuite intériorisée, mais François Esperet révèle une réelle intensité dans ses écris. Ce n'est pas un exercice idiosyncrasique, mais plutôt une tentative pour saisir quelle est sa place sur cette Terre -, ce qui l'entraîne à ne jamais rester immobile. Ce mouvement est une quête passionnée qui nous surprend et nous emporte, nous faisant découvrir qu'écrire est d'abord une plongée dans une réalité blessante et une profondeur psychique qui ne sont pas faites pour s'accorder.
Gérard-Georges Lemaire
02-06-2022
 
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D'une main peindre...
Préface de Jean-Pierre Maurel


Christophe Cartier

"Rêves, ou c'est la mort qui vient"
édité aux éditions du manuscrit.com