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[verso-hebdo]
16-06-2022
La chronique
de Pierre Corcos
Mises en scène
Une intégrale du théâtre de Tchekhov était proposée jusqu'au 29 mai au Théâtre-Studio d'Alfortville dans une mise en scène de Christian Benedetti. Les façons de monter cette oeuvre immense ne sont pas infinies. Et par exemple, avec ses variations de rythme, sa polyphonie et ses temps de silence, comment ne pas prendre en compte la dimension musicale de ces compositions dramatiques ? Et comment ignorer le tragique de la condition humaine qui, par la mort, la perte ou les illusions défaites, perfore ce théâtre ?... Autant que l'on puisse en juger, ayant assisté à une représentation d'Ivanov et Les Trois soeurs, la mise en scène et la scénographie de Christian Benedetti ont vigoureusement donné à voir, sentir, écouter ces deux dimensions. Un plateau dépouillé avec juste des chaises, des tables et un piano, une troupe fébrile dont les interactions et mouvements paraissent chorégraphiés, un jeu remarquable avec la musique (réelle en sourdine ou bien celle des prosodies), et avec des silences d'autant plus foudroyants qu'ils semblent inopinés, une tension maintenue entre le ludique de la sociabilité et la gravité des solitudes... Cette mise en scène est à la fois moderne (au sens où elle surprend) et fidèle à Tchekhov qui écrivait en 1891 à Souvorine : « À quoi bon expliquer quoi que ce soit au public ? Il faut l'effrayer et c'est tout : il sera alors intéressé et se mettra à réfléchir une fois de plus ». Réfléchir à l'impossibilité par exemple d'échapper à nos idéaux en même temps qu'à notre médiocrité. Ou à cet ennui ontologique dont nous cherchons continuellement à nous distraire... Mais pour réfléchir avec un classique, le choc d'une mise en scène reste opportun. La proposition de Christian Benedetti et de ses comédiens, avec cet avantage d'être pertinente, sut frapper à ce plexus d'où zigzaguent toutes nos émotions.

Il y a une trentaine d'années, Igor et sa femme Lily inventait La Volière Dromesko. C'était, après les cirques Aligre et Zingaro, un nouveau concept de spectacles itinérants... La mise en scène(s) correspond ici à une invention d'espaces (mi-réels mi-imaginaires) de jeux, collectifs le plus souvent, grâce à une imbrication étroite du cirque, de la danse, du théâtre et de la musique, et à l'introduction judicieuse, inspirée d'animaux (chien, poule, cochon, poney, marabout). Le tout visant à rendre au spectacle vivant une étrangeté cérémonielle, suffisamment en rapport avec les grands mythes pour passionner tous les publics, émerveillés par cette magie retrouvée, autant qu'un anthropologue ravi de cette résurgence des rites dans nos sociétés technologiques désenchantées. Les spectacles Le jour du grand jour (créé en 2014) et Le Dur Désir de Durer (créé en 2017) se sont joués en mai puis jusqu'au 11 juin au Théâtre Silvia Monfort, rencontrant l'enthousiasme renouvelé du public. Pas d'histoire ici, de récit linéaire, ni de performances circassiennes d'ailleurs, mais une succession de tableaux vivants qui poétiquement rappellent la théâtralité des rites sociaux. Des fêtes, mariages et enterrements dans le premier spectacle, et de graves évocations de l'amour, de la mort, du temps qui passe dans le second, dont l'allitération du titre renvoie à un livre de Paul Éluard... Extérieur à l'étroite temporalité du récit, le théâtre Dromesko peut installer une évocation ou une procession dans une durée distendue, favorable à la contemplation. Il a ce talent précieux de mise en scène de savoir rendre extraordinaire, insolite quelque chose d'ordinaire, voire d'anodin... « Nous vivons dans l'oubli de nos métamorphoses », écrivait Éluard dans Le Dur Désir de Durer. Le Théâtre Dromesko pénètre assez dans les mémoires, par ses tableaux changeants et inspirés, pour que les métamorphoses d'une vie se haussent en cycle mythique.

Jusqu'au 25 juin à la Scala, Une histoire d'amour de et mis en scène par Alexis Michalik, un auteur à succès (donc à recettes, grommelleront ceux qu'agace cette productivité théâtrale gagnant son public à tous les coups), qui obtint à cette occasion le « Molière 2020 de la mise en scène d'un spectacle de théâtre privé ». Et il est vrai que, grâce à des meubles à roulettes, des accessoires simples et adaptés, des comédien(ne)s multitâches, de rapides changement de décors, de costumes et d'ambiances, tout s'enchaîne ici sans le moindre temps mort, et la mise en scène relève un peu de la performance. Et peut-être faut-il aller vite pour ne pas que les spectateurs aient le temps de se sentir plombés par une histoire qui, pour solliciter l'émotion, en fait des tonnes... Il y a la grande histoire d'amour féérique qui se termine en vilain crapaud d'échec, le cancer invasif de l'une la condamnant à une mort rapide, l'abandon de la petite fille à qui d'urgence il faut trouver un parent de substitution, le frère écrivain bien sûr alcoolique qui va devoir s'improviser oncle aimant et protecteur, etc. En plus Michalik joue la carte, gagnante, des thèmes sociétaux porteurs de l'époque : le couple de lesbiennes désireux d'un enfant et l'insémination artificielle, la bisexualité de l'une qui fait tout dégringoler, etc. Alors ici la mise en scène, comme inspirée par un génie vibrionnant à la Feydeau, va nous tourner tout ça comme une sarabande émotionnelle, étourdissant l'esprit critique. Lequel, avant de se dégriser lentement, va admettre que oui, d'accord, ça fonctionne, on est pris, on est touchés, etc... Mais quid d'une autre mise en scène de ce mélodrame ?
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
16-06-2022
 
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Verso n°129

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