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[verso-hebdo]
10-11-2022
La chronique
de Pierre Corcos
Escapades
« Tout va mal, heureusement il y a le théâtre », disait, paraît-il, Giraudoux. En ces temps de crises, de guerre et de périls divers, et à cette saison où les jours cèdent leur lumière au crépuscule, le spectacle vivant nous invite à quelques consolantes escapades.

Petit (et sympathique) voyage dans l'Italie d'après-guerre, grâce à l'adaptation et à la mise en scène enjouée de La Mégère apprivoisée de William Shakespeare que nous propose Frédérique Lazarini... Cette comédie célèbre, à la limite de la farce, reprend un thème souvent traité dans les fabliaux, celui de la femme acariâtre. Et le génial homme de théâtre a su en tirer un maximum d'effets comiques. Un long prologue bouffon, une intrigue secondaire très complexe, et des tirades fleuries comme des villages tyroliens : Fédérique Lazarini a sabré dans tout ça pour ne garder que les éléments-clés pour son spectacle, bien personnel, inspiré par les comédies cinématographiques italiennes des années 50-60 (Dino Risi, Mario Monicelli, etc.), sans doute également par la dynamique de la Commedia dell'arte. Le jeu scène/écran (avec des extraits de films en noir et blanc, et même des publicités de l'époque) jusqu'aux limites de l'intrication écran/réel - comme dans La Rose pourpre du Caire de Woody Allen - produit un effet de déréalisation, ôtant pas mal de substance au machisme de la pièce. La gestuelle méridionale, le recours à la langue italienne, le linge qui sèche sur une scène très éclairée insistent sur cette italianité du théâtre shakespearien - qui situe La Mégère apprivoisée à Padoue, quand d'autres pièces campèrent, on le sait, à Vérone ou Venise - et permettent aussi de mieux admettre, en la contextualisant, la pesante structure patriarcale. Enfin, en rajoutant une autre morale, de son cru et d'inspiration féministe, à celle de la soumission fonctionnelle de l'épouse à son mari, Frédérique Lazarini achève de clore toute polémique sur cette comédie, aussi insupportable pour des féministes, prise au premier degré, que l'est Le Marchand de Venise pour la communauté juive. Il nous reste donc le rire, les couleurs, le jeu endiablé des comédiens, et une plaisante échappée dans l'espace et le temps.

La vitalité, le dynamisme des circassiens se communiquent-ils aux spectateurs comme un fluide régénérateur et fortifiant ? Que se passe-t-il en termes d'énergétique et de transmission directe dans le spectacle vivant ? Le fabuleux spectacle Machine de cirque par la jeune compagnie québécoise Machine de cirque (c'était jusqu'au 6 novembre à la Scala, mais s'ils reviennent ici ou passent ailleurs, il faut courir le voir) ne répond pas à ces questions comme pouvait le faire l'essai passionnant, érudit de Jean-Marie Pradier, « La Scène et la fabrique des corps » (Presses Universitaires de Bordeaux -1997), mais son effet tonique est aussi avéré qu'une marche rapide par un temps sec et froid... Ces cinq hommes ne se contentent pas d'être virtuoses dans le trapèze, le jonglage, la voltige, l'acrobatie, la cabriole sophistiquée, etc., ils chorégraphient également à merveille leurs numéros et ils multiplient les gags inattendus, ils scénarisent le cirque. Un musicien, le sixième larron, entretient le rythme à la batterie pour accompagner ces figures d'ensemble parfaitement réglées. D'accessoires comme les quilles, le vélo, les timbales, la planche coréenne, etc., ils tirent moult effets surprenants. Sur la scène, ils ont installé une sorte d'échafaudage compliqué par une machinerie délirante à la Tinguely, qui va favoriser les numéros en vertical, tandis qu'un système de cerceaux de tailles diverses aidera les jeunes circassiens à jouer avec les horizontales. Leur créativité se prouve sans cesse par des numéros tout à fait originaux comme celui par exemple où, se dénudant, nos cinq jeunes surdoués, par un jeu d'échanges virtuose et désopilant de serviettes à toilette, parviennent à ne jamais offenser la pudeur... Rires et applaudissements ravis. Est-il besoin de préciser que c'est un spectacle tout public ? On a besoin de vitamines à tous les âges.

Une autre escapade, tout public et grand public : Le voyage de Molière de Pierre-Olivier Scotto et Jean-Philippe Daguerre, dans une mise en scène de Jean-Philippe Daguerre (jusqu'au 7 janvier au Théâtre du Lucernaire). Voici l'histoire : un jeune comédien, Léo, enthousiaste et connaissant sur le bout des doigts le répertoire de Molière se retrouve, à la suite d'un curieux évanouissement, transporté magiquement en 1656 dans la troupe justement de Jean-Baptiste Poquelin, alias Molière... Émerveillé, il accompagne ceux qui alors étaient seulement des saltimbanques voués au nomadisme provincial et à la précarité, en butte parfois aux condamnations de l'Église. S'inspirant de faits réels, le spectacle garde une dimension pédagogique, qui incitera les professeurs à y emmener les lycéens. Mais le jeu alerte des comédiens, l'invention scénographique amusante d'un plateau tournant (à la fois chariot et tréteaux), l'usage des masques de la Commedia dell'arte (c'était la première inspiration de Molière), les beaux costumes d'époque et les gags qu'on peut imaginer à partir de cette situation insolite de voyage temporel font que cette célébration de Molière n'a rien de pompeux, d'emphatique, et a tout pour divertir. Les huit comédiens et musiciens jouent à mêler la langue de Molière et notre parler actuel... Hélas, le héros revient à notre époque, l'escapade est finie. Ne reste que l'évocation enchantée.
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
10-11-2022
 
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Verso n°132

L'artiste du mois : Gérard Le Cloarec

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