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[verso-hebdo]
11-01-2024
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

La Donazione di Gino Gini e di Fernanda Fedi alla Fondazione Beradelli - Opere e Libri d'artista, 1981-2021, Fernanda Fedi / Opere e Libri d'artista, 1976-2020, Gino Gini, sous la direction de Maddalena Carnaghi, Fondazione Beradelli.

Voilà un couple d'artistes dont j'aimerais beaucoup que l'on parle un peu plus. Ils ne sont pas inconnus et ils exposent régulièrement. Mais ils mériteraient d'être mieux estimés. Ils ont en commun d'imaginer de nombreux livres d'artiste, dont une grande partie est cataloguée et reproduite dans ce volume. Ils ont ce trait commun, mais leur manière de travailler est assez différente. Pour Fernanda Fedi (née en 1940), tout a commencé par des jeux géométriques. Le premier ouvrage reproduit ici a été produit entre 1979 et 1982 s'intitule Presenza-Assenza En 1982, elle a créé une série baptisée ha vinto. Au cours de l'année 1986, elle a imaginé une suite intitulée : Frammennti Toujours abstraite, elle s'est octroyée plus de liberté dans ses compositions.
A partir de 1991, elle a réalisé des Scitture arcaiche, qui, cette fois, se sont défaites de la géométrie pure. Elle est suivie d'une autre série : Arsenic Writing (1992) qui a une tonalité ludique. A partir de 1985, elle a développé de nombreux Frammenti et cela jusqu'en 1996. Il s'agit de compositions qui ne suivent aucune ligne directrice précise et qui n'ont en commun que cette volonté de mettre en scène des éléments ayant formes et couleurs différentes. En 2002, elle a commencé à travailler sur ce qu'elle a appelé Riperti di scritura. Elle a donné l'illusion de pages écrites en rouge sur fond noir. Mais, en fait, il n'y a pas de texte. L'histoire est purement graphique et repose sur le contraste du fond et des lignes. En 2009, elle crée des céramiques accompagnées de lettres majuscules. Trois ans plus tard, elle a conçu Hypathiaz, avec un souci évident de concevoir l'oeuvre avec le moins de moyens possibles., nommées Répertoires avec l'intention d'aller plus avant dans la relation avec l'écriture. Les livres qu'elle a voulu engendrer pendant toute cette période se sont caractérisés par l'idée d'objets ayant une matérialité prononcée, et se présentant chaque de manière différente.
C'est la fin de ce processus qu'elle a choisi d'introduire la musique dans son univers plastique. Le parcours de Gino Gini (né en 1939) est bien différente. Il l'a débuté en 1976, un Punto di svolta : The Mythical Image, qu'il a élaboré entre 1976 et 1981. Il a associé des numéros, des spectres de couleurs et une tête de femme issue de l'art de la Renaissance. A mesure que le temps passe, ses planches sont moins construites et sombrent dans une sorte d'anarchie visuelle. En 1989, il a décliné un Viaggio in Italia qu'il a décliné un certain temps. Puis est venu le temps de Sistema en 1995 avec un grand nombre d'objets découpés. Suivent ensuite des planches sur la météo et sur beaucoup de lettres qui prennent une place prédominante. Il a aussi fait une série avec les jours de la semaine L'Alfabeto fait son apparition en 2007.
Dans son monde sans cesse en mouvement, l'écriture a tenu une place croissance et quand il ne s'est pas s'agit de lettres, il était question de signes ou de symboles. Le calendrier est apparu récemment. Ces deux artistes d'une indéniable originalité ont accompli une oeuvre digne d'être admirée et de figurer parmi les beaux livres qui ont pu être fait pendant ces dernières décennies.




L'Art de la cécité, Anne Sauvageot, La lettre volée, 208 p., 23 euro.

Anne Sauvageot privilégie les sujets qui ne sont pas banals. Cette fois-ci, elle a étudié comme l'art se révèle aux aveugles. On comprend bien qu'elle a suivi les pas de Denis Diderot, mais n'a pas eu l'intention d'apporter à ses spéculations une dimension moderne. Elle s'est d'abord intéressée aux artistes qui ont tenté une expérience en créant « en aveugle ». La figure de l'aveugle est très prégnante dans la mythologie, et dans les Evangiles, le Christ redonne la vue aux aveugles de naissance.
Au Moyen-Âge, cette figure change et se fait un peu monstrueuse et inquiétante. Pablo Picasso et Hans Bellmer ont exploité cette figure qui est toujours surprenante. Une fois terminé le discours de la méthode, René Descartes a écrit Le Dioptrique en 1637, où il insiste sur le fait que les aveugles se servent d'un bâton avec une telle dextérité qu'il leur permet de compenser leur handicap. Plus tard, Diderot fera la théorie du toucher qui peut permet de remplacer en partie la vue (La lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient, 1749). Quant aux artistes contemporains, ils n'ont pas été insensibles à cette problématique, bien au contraire. Sophie Calle est sans doute celle qui a le plus exploré ce domaine beaucoup plus complexe qu'il ne paraît. Il est tout à fait probable qu'elle ait été inspirée par le livre de son ami Hervé Guibert, Des aveugles (1985). Pour quelqu'un qui utilise pour l'essentiel le médium photographique, ce rapport entre ce qui est vu et ce qui est non vu est une interrogation passionnante. Sophie Calle a fait une suite baptisée Aveugles entre 1986 et 2011, ce qui démontre son attachement à cette problématique.
Un artiste d'une toute autre espèce, Miquel Barcelò, s'est intéressé aux problématiques soulevées par la perte de la vue. Il a fait une gravure intitulée Pour les aveugles en 1987. Ce thème ne cessera plus de réapparaître dans son oeuvre Il conçoit un livre avec 81 planches, qui serait une sorte d'histoire de l'oeil qui engage d'autres mécanismes du cerveau humain. Il a lui aussi collaboré avec Hervé Guibert (on peut s'étonner de l'intérêt général à l'époque pour cet écrivain très modeste), mais il a surtout collaboré avec le Slovène Eugen Bavcar, qui a fait des études philosophie à la Sorbonne et qui a ensuite développé une théorie et une pratique du « troisième oeil ». Il est devenu un photographe apprécié. Il a même réalisé un reportage dans un camp de la mort aidé par l'écrivain Boris Pahor. Après s'être arrêtée sur les travaux de Javier Téllez, elle s'est ensuite penchée sur le cas de tous ces créateurs qui ont souhaité occulter leur vue. Et leur nombre est assez impressionnant.
Puis elle est passée à ceux qui, comme Claude Jeanmart, qui a conduit depuis longtemps des expériences de production d'oeuvres d'art les yeux bandés. Le vaste champ de son exploration d'un champ invisible a donné lieu à des figurations tout à fait étranges mais aussi ouvrant des horizons esthétiques d'une grande richesse. Il a d'ailleurs pu renouveler ses compositions du tout au tout grâce à ce qu'il a pu apprendre au cours de ces séances des plus instructives. Cela l'a aussi conduit à travailler au toucher (également à l'aveugle, cela va sans dire). En sorte que toutes ces tentatives se sont révélées chaque fois fructueuses. Anne Sauvageot s'est penchée ensuite sur le cas de Robert Morris et de sa suite de Blind Drawings. Elle a analysé avec le plus grand soin chacun de ses périodes qui vont de 1973 à l'an 2000. Elle a achevé son étude en observant d'autres manière de prendre la question, en particulier chez des artistes plus jeunes. C'est un livre non seulement d'un intérêt notoire, mais aussi une autre façon de lire des démarches artistiques contemporaines.




Ismène, la soeur oubliée, Michel Serfati, Editions du Canoë, 280 p., 18 euro.

Le problème que m'a posé cette fiction est que les personnages portent le nom de grandes figures de l'histoire, de la mythologie et du théâtre grec ancien. Sans doute ce n'est en rien absurde que d'avoir eu l'idée de mettre sur le devant de la scène Ismène, la soeur d'Etéocle et de Polynice, qui est limitée à un rôle secondaire dans les grands textes de la Grèce antique. Mais le nom de tous ces personnages qui ont accompagné nos études classiques au lycée nous fait confondre l'histoire qu'a imaginée Michel Serfati avec ce que nous avons appris dans notre jeunesse.
Bien sûr, il n'est assurément pas le premier à utiliser cette méthode, mais il n'a pas souhaité moderniser l'histoire qu'il a entrepris de prendre à bras le corps. Mais, au bout de quelques pages, on parvient à s'adapter à cette plongée dans le passé lointain et à suivre les pas de ce personnage qui nous est inconnu. Ismène, refuse tous les prétendants que lui présentent ses parents. Les deux frères qui se disputent le pouvoir meurent tous les deux devant les mi oedipe et Jocaste. Elle ne veut pas se marier. Elle est même plus attirée par l'amour lesbien. Elle a décidé de faire un voyage et de visiter les autres cités grecques. Elle découvre Athènes. Puis elle se rend à Thèbes, où la peste sévit et où sa famille est durement frappée en plus de la révélation qui rend aveugle oedipe quand il découvre la vérité de son mariage. Elle suit ses parents désormais chassés de leur ville jusqu'à Colonne où règne le roi Thésée.
Entre-temps, Ismène était tombée amoureuse d'Hémon, le fils d'un régent. Elle est tombée enceinte de lui et n'en n'a rien dit de son état à personne. Et puis la situation s'aggrave à Thèbes, où risque de se déclarer une guerre civile. Les deux frères qui se disputaient le pouvoir sont morts devant les murs de la ville. Antigone s'occupe de leurs funérailles. Tandis qu'elle poursuit son errance, sa famille connaît drame sur drame. Antigone se prend. oedipe meurt à son tour. Parvenue au terme de sa grossesse, elle donne le jour à une petite fille. Elle veut retrouver son ancien maître Sophocle pour lui raconter le destin de ses proches. Puis elle est livrée à l'errance avec sa seule servante. Elle veut aller à Syracuse. Mais elle finit par se rendre dans le désert de Numidie. L'auteur a accentué le caractère dramatique de la fameuse pièce en donnant un récit à Ismène. Je dois reconnaître que c'est bien agencé.




RC4 Route du sang, Claire Fourier, Editions du Canoë, 238 p., 18 euro.

La guerre du Viêt-Nam a été, dès son commencement, une guerre qu'on a voulu en plus haut lieu dissimuler le mieux possible. La défaite sans appel de Diên-Biên Phu en 1954 a été un coup de tonnerre pour l'opinion publique française car personne n'aurait pu imaginer que les opérations militaires engagées dans le Sud-Est asiatique auraient pu s'achever d'une façon aussi accablante au point de devoir tout céder au Vietcong, quitter comme des voleurs le pays et donc se terminer d'une manière aussi humiliante. Il est vrai que seule l'armée de métier y était engager et que les Français songeaient alors plus à la reconstruction du pays qui commençait à donner ses fruits.
L'auteur raconte dans son livre d'une part sa propre expérience, de l'autre, le véritable enjeu de ce conflit, qui était une route reliant Cao Bang et Lang Yon. Cette route coloniale de quelques cent vingt kilomètres longeant en partie la frontière chinoise a été le véritable enjeu entre les deux belligérants. En France, au terme de la Libération, on avait oublié cette terre lointaine. Le général Leclerc a été envoyé pour négocier avec Hô-chi Minh et il a été capable de trouver un accord satisfaisant les deux parties. Mais l'amiral Thierry d'Argenlieu, n'ayant l'intelligence diplomatique de Leclerc a fait tout échouer. La mort accidentelle de <>Leclerc en Afrique a brisé le dernier espoir d'un accord viable. Claire Fourier a su dépeindre cette guerre honteuse avec beaucoup de finesse et de précision, sachant passer du destin individuel à celui des manoeuvres d'un corps expéditionnaire qui a su faire preuve de courage et d'abnégation. Elle ne vante pas l'éloge de nos -militaires, mais ne chante pas non la gloire du camp adverse.
Elle veut que son lecteur puisse se faire une idée juste de la situation qui s'était créée en Indochine. Elle y parvient sans tomber dans les pièges de ce genre de littérature. Elle tente de reconstituer le puzzle qu'a pu-représenter un conflit de cette nature, qui s'était vite révélé épouvantable. Ce livre est important, car il parvient à se débarrasser des imageries qui ont été construite d'un côté comme de l'autre. Bien sûr, nous sommes loin de Marguerite Duras et de son Barrage contre le Pacifique, mais on est aussi loin des ouvrages de propagandes. Claire Fourier n'a pas souhaité trouver une formule littéraire à son récit, mais a simplement cherché à rétablir une vérité que nous avons voulu oublier à tout prix. La disparition progressive des langues mortes ont aussi provoqué la mort de la littérature ancienne, en tout cas pour le plus grand nombre.




Promenade interdite, une enquête d'Evariste Petiot, Jean-Pierre Bobillot, Tinbad, « Fiction », 186 p., 19 euro.

Ce livre donne le sentiment d'une fiction expérimentale. Ce n'est pas d'ailleurs faux, mais il-convient de relativiser ce jugement, car, en dépit des bizarreries recherchées par l'auteur dans la rédaction du texte, on s'y retrouve sans beaucoup de difficultés. Il s'agit de sept jours narrés par le héros de cette histoire où se mêlent la veille et le rêve, l'invraisemblable et le sentimental, des phases hystériques et des moments de calme absolu. En somme, c'est un récit qui est le plus proche possible de notre réalité vécue, avec des bribes de souvenirs qui passent, des instants présents angoissants et des songes qui donnent l'espoir d'heures plus radieuses. C'est écrit avec beaucoup d'esprit, une écriture nerveuse, jubilante ou capricieuse, en définitive une invention permanente qui ne rend cependant pas indigeste l'histoire qui se révèle par bribes.
Jean-Pierre Bobillot réussit où là beaucoup échouent : son « roman » n'est pas à proprement parler « expérimental », mais décalée et déjantée. Donc pas d'esprit de système et de mécanique de construction excessive. Il vaut bien admettre que le lecteur se divertit à lire ces pages peu banales et suit avec amusement les péripéties de ce personnage qui, chaque journée qui passe, est confronté à des événements différents mais toujours délirants. On peut prendre le livre comme un jeu et cela n'a rien de péjoratif. Et aussi comme un divertissement, même si des passages pourraient sembler tragiques ou tout du moins graves. L'auteur a su multiplier avec une grande diversité ses éléments ludiques. Bien sûr, un tel circuit a ses limites, mais ces étrangement du champ d'opération littéraire ne porte pas à conséquence dans son cas.




L'Impératrice de pierre, Kristina Sabaliauskaité, traduit du lituanien par Marielle Vitureau, tome I 384 p., tome II 384 p.,Quai Voltaire, 24 euro chaque volume.

Nous avons tous une connaissance plus ou moins profonde de Catherine II de Russie, ne serait-ce qu'à travers Voltaire et Denis Diderot. Mais nous sommes le plus souvent dans l'ignorance de Catherine I, qui a été l'épouse de Pierre I. Nous savons à quelle point elle a été autoritaire et sans pitié pour ceux qui osaient se mettre dans son chemin. Intelligente, cultivée, elle a été une des grandes protectrices de la philosophie des Lumières, mais elle n'en a pas moins été un tyran sans pitié ! L'histoire de cette femme de caractère est plutôt singulière et pittoresque. Pour commencer, elle est née en Lituanie dans une famille plutôt modeste.
Maria Helena Skonwronska est née en 1685à Jakobstadt, ses parents meurent de la peste quatre ans plus tard. Elle est placée chez des parents à Marienbourg. Elle se marie en 1702 avec un dragon, Mais leur union est de courte durée car l'armée suédoise est vaincue et doit se replier. Elle fait partie du butin et devient blanchisseuse pour les troupes russes. Elle devient la maîtresse du brigadier général-Rudolph Felix Baurer. Peu après, elle est au service de son supérieur, Sermetev, en tant que domestique. Elle est mise au service du prince Alexander Menshikov, le meilleur ami de Pierre le Grand. Ce dernier la remarque et elle devient sa maîtresse. Elle se convertie à la religion orthodoxe, change de nom (Catherine Aleyvena), lui donne un fils et elle l'épouse en 1707 à Saint Pétersbourg. Elle suit son mari dans ses campagnes militaires. Quand il combat les Ottomans alliés des Suédois, elle trouve le moyen de sceller une paix honorable, sauvant ainsi Pierre du désastre.
Elle est officiellement tsarine en 1724 et 1727. Elle meurt à l'âge de quarante-trois ans. Lui succède Pierre III, qui est assassiné par son épouse, Catherine II. Voltaire lui adresse des louanges dans son Histoire-de l'empire de Russie sous Pierre le Grand, publié en 1759. L'auteur de cette grande sage a évité les pièges de ce genre de biographie historique et n'a pas dénaturé son sujet. Au contraire : elle nous permet de bien connaître cette femme étonnante qui a été la première impératrice de Russie.
Gérard-Georges Lemaire
11-01-2024
 
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Christophe Cartier au Musée Paul Delouvrier
du 6 au 28 Octobre 2012
Peintures 2007 - 2012
Auteurs: Estelle Pagès et Jean-Luc Chalumeau


Christophe Cartier / Gisèle Didi
D'une main peindre...
Préface de Jean-Pierre Maurel


Christophe Cartier

"Rêves, ou c'est la mort qui vient"
édité aux éditions du manuscrit.com