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[verso-hebdo]
18-04-2024
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Chère images, peinture et écriture chez Gilles Aillaud, Nicolas Pesquès, L'atelier contemporain, 192 p., 20 euro.

Gilles Aillaud (1928-2005) a été, sans contestation possible, l'une des grandes figures de la figuration narrative en France. Tout sauf un groupe ou une clique, les nombreux représentants de cette nouvelle figuration, en réaction à la déferlante abstraite et de son triomphe aux Etats-Unis, avait pour seuls points communs un engagement politique très marqué. Tout comme Jacques Monory, qui transformait ses tableaux en chapitres de romans noirs et affichant une prédilection pour le violet, Gilles Aillaud peignait surtout des animaux et avait une prédilection pour l'espèce canine. Rien de social ou de politique dans sa peinture. Mais cela ne semblait pas créer de frictions avec ses pairs. Au fond, cet arrière-plan idéologique n'était pas un dogme, mais plutôt une façon de s'affirmer dans un monde artistique qui repose sur des concepts métaphysiques ou transcendantaux.
La question était surtout de toucher les spectateurs par un jeu formel qui avait bien sûr ses subtilités, mais était avant tout plus direct. Le discours sous-jacent était destiné à frapper comme le ferait-une affiche ou une publicité. J'exagère un peu, mais c'était alors une rupture (à la fin des années soixante) avec la -grande peinture et l'académisme depuis longtemps tombé en désuétude. Pour Aillaud, la question était ailleurs : il souhaitait faire de ses peintures animalières une sorte d'énigme. Le semblant de réalisme dont il jouait était sous-tendu par une manière de rendre son sujet « spécial ». Il avait cette faculté étrange et assez rare. En définitive, il de décaler un peu le champ de vision qui partait d'une posture somme toute assez simple pour parvenir à produire un effet d'étrange étrangeté. Il avait sans doute l'intention de revenir à des valeurs anciennes de la peinture, mais sans emprunter les mêmes chemins que ses prédécesseurs.
C'est assez curieux comme démarche, mais elle a fonctionné car il a été reconnu comme l'un des plus brillants peintres de cette nouvelle tendance qui faisait tache d'huile dans notre pays. L'auteur de cet essai semble cependant plus intéressé par Gilles Aillaud écrivain. Mais il ne réussit pas à nous expliquer le lien entre l'art et sa littérature. Cependant son admiration et sa passion parviennent à communiquer au lecteur que nous fournis assez d'éléments éclairants pour entrer dans le monde secret de cet artiste qui savait brouiller les pistes. Ce n'était d'ailleurs pas un jeu pervers de sa part, mais l'aboutissement de sa démarche. Il a su marquer son époque par ses créations tout en s'éloignant des sentiers battus de la majorité de ses contemporains. Il est probable que Nicolas Perquès n'a pas su nous révéler le secret mystérieux du peintre et qu'il n'a pas expliquer son attitude comme écrivain, mais il a écrit de manière à rendre ce personnage digne d'être approché et étudié.




Jackdaw, Daniel Cole, « La bête noire », Robert Laffont, 362 p., 20 euro.

Le lecteur est aussitôt plongé dans un univers des plus troubles et angoissant. Et il découvre en même temps la figure on ne peut plus attrayante de l'inspectrice Scarlett Delaney, qui sait arracher d'indices presque insignifiants des trésors de connaissances pour retrouver de terribles criminels. Dans ce livre, elle se retrouve dans une situation chargée d'ambiguïtés.
En effet, sa traque d'un assassin violent et même sadique, nommé Jackdaw, qui est sa proie de prédilection. Mais son enquête est semée d'obstacles et d'embuches dangereuses. Ce qui est surprenant dans ce roman noir, très singulier dans sa création et ses développements, c'est que l'héroïne se retrouve prise au piège d'une étonnant dédoublement de personnalité : elle devient le double de ce tueur en série qui est quasiment impossible à capturer. C'est une histoire à la fois captivante et terrible et aussi teinté d'un certain humour. Je ne tiens pas à révéler aux lecteurs les innombrables rebondissements de cette aventure qui emportent dans son sillage une multitude de personnes. C'est assez distrayant malgré le fond macabre du récit. Cela se parcourt comme un feuilleton d'autrefois, mais dans un langage moderne. D'aucuns pourraient se plaindre de quelques longueurs et également des ressorts de l'intrigue, qui sont souvent cousus de fil blanc.
Quoi qu'il en soit, cette enquêtrice et sa monstrueuse proie sanguinaire, impitoyable et digne de figurer dans un musée de l'horreur se poursuivent l'un l'autre au sein d'un imbroglio plein de surprises et de chausse-trappes inattendues. Ce roman noir n'appartient pas au genre de littérature qui me fascine, mais je dois avouer m'être laisser prendre par ses circumnavigations pour le moins déconcertantes. Et puis le style n'est pas toujours à la hauteur des ambitions de cette fiction. Mais peu importe : ce qui compte, c'est l'effet produit et une histoire qui laisse tout un chacun stupéfait.




Frère unique, Olivier Frébourg, Mercure de France, 206 p., 19, 80 euro.

Ce roman s'inscrit dans la tradition romanesque française du siècle dernier. Il en est l''écriture serrée, bien tendue, mais d'une limpidité recherchée. L'histoire pourrait être véridique : c'est la recomposition de l'existence de Thierry, le frère du narrateur. Il en raconte les jeunes années, leur long séjour aux Antilles. Et il montre comment ce frère a eu le front de s'opposer à leur père et d'étudier la médecine contre son opposition à cette carrière. Thierry passe ses examens avec succès et devient interne. Il choisit une spécialité et va jusqu'au bout de ces longues années de préparation à une vie au service de la science.
Mais la chance qui lui avait souri jusque-là le trahit : au cours d'un examen assez banal, on se rend compte qu'il est frappé par une maladie immune aux yeux. L'auteur nous dépeint la fin terrible et lente de ce frère bien-aimé, toujours en donnant le sentiment qu'il pourrait s'agir d'une histoire vraie. Peu importer d'ailleurs, car l'important est que le récit tient sur ses pieds, demeurant tout le long charmant et vibrant, malgré ce thème fait pour briser le coeur. Sans rien cacher de la dimension tragique de son sujet, Olivier Frébourg s'est bien le cas. A mon sens, ce texte aurait eu plus de force et d'émotion s'il avait conçu comme une nouvelle. Mais il est tout à fait lisible - et aussi très touchant et très poignant sans jamais être larmoyant ou d'un sentimentalisme excessif -, sous cette forme romanesque.




La Terre tremble, Nadia Terranova, traduit de l'italien par Romane Lafore, Quai Voltaire, 206 p., 22 euro.

Cette histoire a pour toile de fond le terrible tremblement de terre qui a frappé la Calabre et la Sicile en 1908. Sa puissance a été exceptionnelle et il y a eu de nombreux morts et des destructions considérables. L'un des deux héros de cette fiction se prénomme Nicopla. Son père, Vicenzo, parfumeur réputé qui savait manier la bergamote comme personne, et sa mère, Maria, ont été tués, sans doute ensevelis sous les décombres. Nombre de ses proches et de ses amis ont disparu. Son désespoir est immense.
Par chance, il retrouve son amie Barbara qui compte parmi les personnes qu'il aime le plus. Elle rêvait d'entrer à l'université à une époque où peu de jeunes filles pouvaient y avoir accès. Aujourd'hui tout est remis en cause. Nicola se décide : il veut partir à Messine car ses parents sont originaires de ce lieu - peut-être réussira-t-il à trouver des membres de cette famille.
Il rencontre dans le port des marins qui veulent bien l'emmener. La situation dans cette grande ville sicilienne est encore pire. Mais il y rencontre des personnes qui l'aident et qui lui apporte un peu de réconfort. Quoi qu'il en soit, il retourne à Reggio. Cette fiction assez singulière repose sur un jeu qui en augmente l'intensité et la profondeur : chaque chapitre correspond à une des lames du jeu de Tarot. Et cette référence ésotérique se retrouve dans le déroulement de cette histoire qui, a priori, pourrait sembler très simple. C'est donc là un roman qui a du caractère, un mélange de réalisme et d'onirisme et le destin du jeune Nicola prend une ampleur et une densité qui ne sont pas négligeables et donne toute leur force à ces pages.




Dites-moi le songe, Abdelfattah Kilito, « Sinbad », Actes Sud, 126 p., 15 euro.

Il faut en premier lieu savoir que l'auteur est un spécialiste passionné des Mille et une Nuits. Mais en plus d'être un expert avisé de ce livre que nous avons découvert en France au XVIIIe siècle avec Antoine Galland, qui en a fait une traduction un peu lacunaire, mais néanmoins n'a jamais été surpassée pour la beauté de son style et sa poésie. Cet ouvrage n'est ni un roman, ni un essai, mais quelque chose qui englobe ces deux domaines. C'est un mélange, savamment agencé de réflexions sur le livre mythique qui fait désormais aussi partie de notre culture et de fragments narratifs curieux.
En effet, il a eu le souci de le considérer sous des angles nouveaux et sous un éclairage inattendu et cela l'a poussé à compléter son propos de ces moments où il rejoint les auteurs persans ou arabes qui ont constitué ce chef-d'oeuvre de la littérature universelle. D'une certaine façon, notre auteur a produit une sorte d'autobiographie discrète où il rapporte pour l'essentiel des questions qui touchent à ces contes qui ont été écrits à plusieurs mains.
Il faut reconnaître qu'en pus du savoir, il possède un certain talent de conteur, mais dans un genre qui lui est propre. Ce qu'apporte cet ouvrage, c'est ce mélange de savoir et de jouissance de la narration qui entraîne le lecteur dans le nirvana de la lecture, qui devient un jeu des plus agréables. L'auteur a un talent de pouvoir évoluer avec aisance et réussite dans cet entre-deux.




La Preuve par 99, Jacques Norigeon, Propos Deux, 138 p., 13 euro.

Jusqu'à a route 66, Jacques Norigeon, Propos Deux, 138 p., 13 euro.


Ces deux ouvrages auraient peut-être intéressé Umberto Eco, qui avait écrit livre un sur le thème de la liste. Il faut admettre que l'idée qui a présidé à leur conception est assez baroque, pour ne pas dire saugrenue. Jacques Norigeon a en effet eu l'idée de composer ses volumes en les présentant sous forme de listes, d'une longueur différente, et traitant de toutes sortes de sujets.
Dans La Preuve par 99, il parle aussi bien de démons que de saintes, de villes nouvelles que des yeux. Il y a aussi une liste des débuts des romans d'Honoré de Balzac. Parfois drôles, parfois fastidieuses, ces énumérations ne parviennent pas à être particulièrement pertinentes. Cela finit par devenir ennuyeux et le système est trop simpliste. C'est une sorte de propos oulipien du pauvre.
Dans Jusqu'à la route 66, nous retrouvons le même principe, à l'exception de quelques textes courts en prose (celui qui concerne les jours inoubliables, par exemple). Je dois avouer que ces écrits m'ont déçu, et même déplu. Il est rare qu'un ouvrage démontre le peu d'imagination de l'auteur et du mécanisme simpliste de la composition générale de ces deux productions livre une peinture que je condamnerais volontier à l'oubli.
Gérard-Georges Lemaire
18-04-2024
 
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Verso n°136

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