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[verso-hebdo]
02-05-2024
La chronique
de Pierre Corcos
Photojournalisme en miettes
Quelques chiffres d'abord, permettant d'évaluer l'ampleur du projet... Deux cents photographes sélectionnés, et un financement de 22 000 euros pour chaque lauréat, lui permettant de mener à bien, durant sept mois, un photoreportage sur un sujet qu'il a lui-même défini. C'est là une commande d'un budget inédit de 5,46 millions d'euros dans le cadre d'un plan gouvernemental, très louable, de soutien à la presse... Au sortir de l'épisode Covid, en 2021, cette grosse commande pour le photojournalisme intitulée Radioscopie de la France : regards sur un pays traversé par la crise sanitaire se traduit aujourd'hui, pour les visiteurs, par une immense exposition (jusqu'au 23 juin à la BnF) de 450 photographies parmi les milliers produites par les lauréats. Titre : La France sous leurs yeux. Bien entendu tous ces chiffres ne présagent en rien de la qualité globale ou de l'intérêt profond du résultat, même si la BnF nous avait déjà impressionnés par ses grandes expositions photographiques consacrées à la France et ses images, comme par exemple, en 2010, La France de Raymond Depardon (mais on trouvait là l'unité d'un regard affûté, et non cette myriade aveuglante de points de vue) et même si les médias ont applaudi. Comme ils le font d'habitude pour ces grosses entreprises consensuelles, assez larges pour toucher la masse de ceux auxquels ils s'adressent.

La question se pose au bout de vingt minutes de savoir si l'on pourra, en une seule visite, regarder, lire, apprécier et/ou assimiler tous ces projets de reportages, tellement hétérogènes, toutes ces photographies, fort inégales, et ces textes sociologiques, intéressants mais si variés, en sachant qu'il y a deux photographies par lauréat, et parfois quatre... Accablant effet de masse ! Mais on peut rétorquer : n'est-ce pas une aubaine pour ces innombrables photoreporters en herbe sortis de ces innombrables écoles de photos et inquiets pour leur avenir professionnel de se trouver (très partiellement) exposés, parfois à côté de grands professionnels, d'être présentés au grand public ? Chaque photoreporter a droit en effet à sa petite biographie, à un bref résumé de son travail, de sa recherche, et ses photos sont bien légendées. Les deux commissaires, Héloïse Conésa, cheffe du service de la photographie au département des Estampes et de la Photographie de la BNF et Emmanuelle Hascoët, chargée de mission au sein de ce département, furent ainsi confrontées à un travail herculéen. La distribution de ces photographies en sous-ensembles, supposés cohérents, à partir de la devise nationale mise au pluriel, à savoir « Libertés », « Égalités », « Fraternités » à quoi l'on a rajouté « Potentialités » (défis à venir et nouveaux moyens) permet-elle de s'y retrouver ? Pas vraiment... On peut se laisser convaincre par les textes de présentation, d'une bonne tenue, même si les classifications semblent artificielles au regard de certains reportages, intéressants parce que sinueux... Par ailleurs il reste problématique d'apprécier un travail à partir de deux photographies seulement, lesquelles ne sont pas toujours à la hauteur de l'ambition annoncée du reportage choisi. La disproportion entre la riche complexité de la présentation et le dénuement banal de la proposition photographique fait parfois penser à ce qui se pratique dans certaines expositions d'art contemporain... De plus, si l'on s'attache à la ligne directrice de ce vaste photoreportage collectif («regards sur un pays traversé par la crise sanitaire»), certains sujets de photoreportage en restent très éloignés. On peut répondre à cela que l'injonction n'était pas de traiter de la pandémie mais de ce qu'on a appelé « la France d'après »... Bien, la comprend-on mieux avec tous ces photoreportages annoncés et ces photos exposés ? Pas sûr ! Assez rapidement l'on constate que l'on trouve nombre de portraits individuels et peu de photographies représentant des communautés, des groupes ; on note ensuite que la France qui va très bien (le monde protégé des riches par exemple) n'est pas représentée, et que la France politisée, revendicative (les manifestations, les grèves) l'est très peu. Et lorsque ensuite on lit les tentatives de synthèse des médias qui ne se sont pas contentés de restituer les éléments de langage des dossiers de presse, on s'aperçoit que l'effet d'ensemble fut divergent. Et ce n'est guère étonnant avec ce photojournalisme en miettes.

Si ce vaste projet a pu permettre aux collections photographiques de la BNF, parmi les plus importantes du monde, d'engranger quelques 2000 nouveaux clichés, à des jeunes photoreporters d'être encouragés dans leur vocation, de finaliser un projet personnel qui leur tenait à coeur, d'avoir permis à un tiers de ces 200 lauréats de participer à un journal de bord collectif (leur montrant ce fertile va-et-vient entre les mots et les photos), en revanche pour le visiteur cette « radioscopie de la France » souhaitée ne fut pas au rendez-vous. Et ce n'est pas seulement dû à l'objet regardé, photographié : cette nation si multiple et divisée (cf. l'essai éclairant du sociologue et politologue Jérôme Fourquet, « L'Archipel français »). Mais surtout à l'angle trop large proposé qui trop embrasse et mal étreint, comme dit le proverbe. Pourquoi décide-t-on d'une radioscopie ? En général ce n'est jamais simplement... juste pour voir.
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
02-05-2024
 
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Verso n°136

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