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[verso-hebdo]
07-02-2019
La chronique
de Pierre Corcos
Promesse non tenue
Le seul titre de l'exposition des photographies de William Daniels (jusqu'au 11 avril au Pavillon Carré de Baudoin) intrigue : Wilting Point... Il est prometteur, quand on se réfère au rappel de la commissaire de l'exposition, Marie Lesbats : « En botanique, le wilting point, littéralement « point de flétrissement », décrit le seuil en deçà duquel l'humidité du sol s'avère insuffisante pour permettre à la plante d'y prélever l'eau dont elle a besoin. Celle-ci flétrit alors, puis finit par mourir si cette condition extrême perdure ». Quand on sait que le photographe documentaire William Daniels, contributeur régulier au National Geographic, a fait surtout des reportages sur des zones du monde politiquement instables, on se doute bien que nous n'aurons point ici des photos de botanique, mais plutôt, imagine-t-on, de situations extrêmes d'épuisement des ressources, ou de famines, ou encore de conditions de vie tellement précaires que l'on se trouvera dans des « points de bascule, des entre-deux ténus qui maintiennent un lien fragile entre vie et mort », comme l'écrit Marie Lesbats.
Mais ce n'est guère le cas : de la première salle, avec ses grands formats en couleurs, à l'étage avec ses larges photos punaisées, en passant par les moyens formats de la deuxième salle, le visiteur découvre un ensemble plutôt hétéroclite de photographies en couleurs (majoritairement froides) où s'exprime le chaos de certains pays, mais pas toujours ; où, semble-t-il, les différents travaux, de William Daniels trouvent tous leur place, qu'ils tirent vers l'esthétique ou le documentaire, ou bien la conjonction des deux. Le fil conceptuel et métaphorique du « wilting point » est dans l'histoire oublié. Un journal est distribué aux visiteurs, lui servant de guide, et à chaque photo est adjoint non un commentaire de l'image mais juste des informations la contextualisant... Ces informations sont intéressantes et les photos de qualité dans l'ensemble, mais le visiteur a l'impression d'être floué par rapport aux promesses, sans doute difficiles à tenir, de ce « point de flétrissement ».
Regardons de plus près certaines photographies qui captent l'attention...
Dans cette photo prise en Centrafrique en 2014, un Africain avance dans la rivière Oubangui avec de l'eau jusqu'aux genoux et, s'il a un short, il est aussi vêtu d'une veste qui lui donne une élégance inachevée. Apparemment, il se rend à la messe dominicale et doit sans doute passer par cette rivière, ce qui ne le réjouit pas du tout. On nous informe que ce pays connait depuis 2013 une terrible crise sécuritaire : ce qui expliquerait, peut-être, le détour obligé par la rivière que doit effectuer cet homme... Cette autre photo, poignante, montre le visage ridé, flétri, désespéré, d'une vieille femme d'origine russe qui prie et pleure : prise en 2007 au Kirghizistan, une ex-petite république soviétique d'Asie centrale, la photo, d'après le texte joint, entend témoigner de la solitude, de l'abandon de cette femme à Bichkek, après qu'elle a été envoyée là-bas, dans sa jeunesse, par Moscou... Photographiés en 2017 au Bangladesh, voici quelques visages émergeant comme des spectres d'une ombre épaisse ; on apprend qu'il s'agit de réfugiés rohingyas, fuyant d'horribles massacres, arrivés de nuit et en état de choc, par le fleuve Naf. Ce contexte modifie la perception que nous pourrions avoir de cette oeuvre assez picturale... Une photo prise en 2013 en Centrafrique montre une Africaine qui se lamente debout dans une pièce mal éclairée, misérable. Elle pleure la mort d'un proche assassiné au couteau pendant la nuit, à Bangui, par des Musulmans, peut-on lire. C'est une scène théâtrale par l'attitude de la protagoniste et le jeu de lumières et d'ombres dans lequel elle est prise... Inoubliable, le regard de cette jeune Musulmane en foulard bleu, d'autant plus effrayant qu'une oeil est exorbité, plus gros que l'autre, et que l'on se rend vite compte que la jeune fille est aveugle. Pris en Inde en 2018, c'est un portrait à la fois classique et tragique. Mais on peut être détourné de son observation par une information qui fournit les circonstance précises de cet aveuglement. Il en va de même pour ce profil de femme (une photo prise au Bangladesh en 2017) ayant des qualités plastiques évidentes, mais que la note jointe rabat sur des faits dramatiques et d'actualité... Ainsi, quand les photographies de William Daniels recèlent, par leur composition, leur mise en scène ou d'intéressants rapports de couleurs, une indéniable valeur artistique, le discours critique, factuel et politique d'une grande précision les réduit au seul document. Ce qui est d'autant plus problématique qu'il n'y a aucun lien parfois entre ce qui est montré et ce dont la photo est supposée témoigner...
Ainsi, l'on cherchera longtemps le rapport qu'il y a entre cette jolie photo montrant un arbre couvert de givre sur fond de ciel blanc et un rappel de la révolution des Tulipes en ex-URSS, ou bien entre cette poétique image de lumière filtrant à travers les rideaux d'une fenêtre ornée de plantes et... la désertification du village sibérien de Krutchkova ! D'autres exemples pourraient être cités à l'appui de ce décalage. Soit William Daniels n'a pas toujours fourni des photographies en rapport avec la ligne - intéressante on le répète - de « wilting point » ; soit le souci d'éveil pédagogique et documentaire ici est devenu si obsédant qu'il a recouvert toutes les photographies d'un filet serré d'informations procédant de la géographie politique... La cohérence thématique d'une exposition n'est secondaire que si l'unité stylistique du photographe est pregnante. Et on ne peut l'affirmer pour William Daniels.
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
07-02-2019
 
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Verso n°117

L'artiste de l'été : Gabrielle Thierry

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