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[verso-hebdo]
30-01-2020
La chronique
de Pierre Corcos
Esquisses biographiques
Raconter toute une vie, c'est impossible... Et la biographie, l'autobiographie restent des genres historiques et/ou littéraires variant selon les époques, les aires culturelles, et leurs valeurs dominantes. Si l'on souhaite évoquer une vie au théâtre, on doit encore plus renoncer à quelque exhaustivité que ce soit : on n'y dispose en effet que d'un temps et de moyens réduits. Il convient alors d'inventer une forme théâtrale permettant au spectateur de percevoir les linéaments significatifs de cette vie - en général celle d'une personnalité illustre -, et en même temps d'être ravi par un spectacle où les émotions, sentiments et situations exposés le concernent peu ou prou, d'une façon ou d'une autre... Deux esquisses biographiques et une autobiographique donnent quelque idée des variations possibles sur ce genre.

C'est un petit joyau théâtral que nous ont offert Sylvie Blotnikas (adaptation, mise en scène et interprétation) et Julien Rochefort (interprétation) avec Les récits de monsieur Kafka (jusqu'au 1er mars au Lucernaire), entremêlant douze récits courts, admirables, et des lettres que Franz Kafka a envoyées à l' « Institution d'assurance pour les accidents des travailleurs du royaume de Bohême », où il accomplissait sa tâche en juriste consciencieux et apprécié de son employeur. Le va-et-vient entre d'un côté la précision, la politesse de son courrier administratif, mentionnant divers aspects de sa carrière puis la progression de sa tuberculose fatale et, de l'autre côté, la symbolique et l'humour de ses textes littéraires très bien sélectionnés par Sylvie Blotnikas (on y retrouve le rapport à la Loi, le devenir-animal, l'inadaptation radicale, etc.) nous éclaire sur la divergence, mais aussi une curieuse convergence, entre vie professionnelle et artistique. «À travers cette confrontation entre son imaginaire et sa « vraie vie », j'ai voulu rendre hommage à la personnalité si attachante de Franz Kafka », écrit Sylvie Blotnikas. Mais c'est également comme si l'on entrevoyait ici cette existence courte prise entre la journée, que structure un réel administratif, et la nuit où le procédural se transmue en cauchemar gelé, en « inquiétante étrangeté ». Dans cette existence, le discret monsieur Kafka semblait faire de son mieux pour cacher son effrayant génie !

Avec Rosa Luxembourg Kabarett (jusqu'au 1er février au théâtre Les Déchargeurs), Viviane Théophilidès a choisi la forme du cabaret « à l'allemande » pour évoquer la vie, les idées et le combat passionné de la socialiste révolutionnaire allemande, fondatrice avec Liebknecht, Mehring et Zetkin de la ligue Spartakus, et assassinée par les Corps Francs, futurs nazis de l'Allemagne hitlérienne... Dans cette forme théâtrale dépouillée, il n'y a pas plus d'intrigue que de véritables personnages (à part Rosa elle-même : touchante Sophie de La Rochefoucauld), mais juste cinq acteurs, dont une chanteuse et une musicienne talentueuses. Presque pas de décor non plus, peu d'accessoires, mais un piano, une guitare. Des textes variés, et sept chansons (dont une complainte yiddish et un chant tzigane émouvants) pour ponctuer ce travail de mémoire, mais aussi cet appel à changer le monde, car le sous-titre du spectacle est Je reviendrai et je serai des millions. Rosa Luxembourg (1870-1919) fut une brillante théoricienne ayant écrit des essais importants pour la pensée marxiste et enseigné l'économie politique, une journaliste engagée au « Leipziger Volkszeitung », puis dirigeant le journal « Die rote Fahne », et une courageuse militante de terrain par deux fois emprisonnée. Mais ce qu'exalte l'esquisse biographique de Viviane Théophilidès, c'est la figure attachante d'une femme profondément humaniste par l'universalité de sa culture (arts, sciences humaines et de la nature) et par une foi profonde, optimiste dans l'humain. Juive, féministe, et viscéralement démocrate contre l'autoritarisme centralisateur du Parti, Rosa Luxembourg (en sa vie) émerge, comme par magie, de cette « petite forme » chaleureuse et poétique.

À la différence de ce qui précède, la pièce Détails de Lars Norén, fidèlement mise en scène par Frédéric Bélier-Garcia (jusqu'au 2 février au Théâtre du Rond-Point), est autobiographique, et celui qu'elle concerne est toujours vivant, âgé de 76 ans. En plus, elle bénéficie d'une scénographie conséquente (Alban Ho Van), d'un bel espace et de la présence d'une « star » comme Isabelle Carré... Mais peu importe, le problème reste toujours le même : comment se saisir au mieux d'une existence ? Comme le nom de la pièce l'indique et l'auteur le propose, par des « détails » réalistes qui en disent long, choisis dans dix ans de vie à Stockholm et ailleurs. L'élément féminin ici est primordial : une grande reproduction de la « Vénus d'Urbino » de Titien occupe le fond de la scène... Voilà une vie appréhendée surtout par les amours, désirs, réalisés ou frustrés, le dramaturge suédois mêlant beaucoup d'éléments autobiographiques à des histoires vécues par des amis. Il en sort une mosaïque à la fois tragique et dérisoire, dont la particularité formelle est que la dispersion presque aléatoire de faits réalistes et parfois crus compose, paradoxalement et au final, une « fresque fantastique » comme dit Lars Norén. Trente petites scènes, comme chacun de nous peut en vivre, mais qui, privées d'une intention a priori de l'auteur, contribuent à l'absurdité tragicomique de cette esquisse autobiographique... « L'homme est une passion inutile », écrivait Sartre.
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
30-01-2020
 
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Verso n°122

L'artiste du mois : Valérie Rauchbach

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