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[verso-hebdo]
30-01-2020
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

L'oeil du Quattrocento, l'usage de la peinture dans l'Italie de la Renaissance, Michael Baxandall, traduit de l'anglais par Yvette Delsaut, « Tel », Gallimard, 240 p., 14, 50 euro.

Ce que Michael Baxandall (1933-2008) a entrepris de faire recoupe un peu les théories avancées par Pierre Francastel : sans faire à proprement parler une sociologie en coupe réglée de l'art, il a cherché à mieux comprendre le lien étroit entre la pratique des arts pendant la Renaissance et ceux qui en étaient les commanditaires. Il commence par parler du marché de l'art. Mais ce n'est pas une étude strictement commerciale qu'il choisi, mais l'examen des raisons qui ont conduit les hommes de l'époque à faire l'acquisition d'objets d'art. Il a pris l'exemple d'un riche marchand florentin, Giovanni Rucellai, qui affirmait que tout cela lui a procuré « le contentement le plus grand et le plus grand plaisir, car elles [les oeuvres] servent la gloire de Dieu. » Bien sûr, la valeur intrinsèque de ces oeuvres y était pour beaucoup car cet homme collectionnait Veneziano, Lippi, Verrocchio, Pollaiulo. Et il faisait faire des ouvrages destinés aux églises. Il voyait dans cette inclination une action vertueuse (l'argent dépensé à des fins pieuses).
Baxandall donne un autre exemple pour expliquer comment les choses fonctionnaient alors : la commande en 1457 de la part de Cosimo de' Medici d'un retable à Filippo Lippi pour en faire cadeau à Alphonse V de Naples. L'oeuvre devait donc servir un dessein diplomatique d'importance. Il établit alors un rapport contractuel avec le peintre. Le sujet était indiqué : L'Adoration des mages. Et de nombreuses clauses sont indiquées. Même la qualité des couleurs était précisée ! L'artiste dépend entièrement de la personne qui lui propose ce contrat. Il ne peint rien de sa propre volonté. On affirme que Michel-Ange a été le premier à faire un tableau selon sa propre inclination. Pour qui s'intéresse à la production artistique du XVe siècle, ces éléments sont déterminants, car on ne peut la comprendre souvent sans connaître ces conditions très strictes.
Le peintre doit remettre un projet (un dessin) auquel il doit se conformer. Le paiement était souvent fait en plusieurs fois. Il arrivait que l'artiste soit salarié par qui l'employait. Ce fut le cas pour Andrea Mantegna qui est allé travailler un certain temps exclusivement pour les Gonzague à Mantoue. Et on a retrouvé un certain nombre des lettres d'instructions que Francesco Gonzaga a adressées à Mantegna. Ce qui est fascinant dans cette recherche, c'est que la forme de ces contrats ou de ces commandes pouvait changer beaucoup selon les cas. Le commanditaire pouvait avoir des exigences jusque dans le moindre des détails. En parallèle à cet essor de ce commerce, on sait que l'architecture, la peinture et la sculpture connaissent une transformation radicale, pour des raisons liées à l'optique et à la mathématique. La réception d'une création dépend de la capacité de ceux qui la voit d'en comprendre la valeur propre. Notre auteur parle alors d'un « style cognitif » qui doit être une marque distinctive dans un monde en pleine métamorphose dans tous les domaines. De nouvelles données théologiques viennent s'ajouter aux anciennes pour conforter l'idée d'une représentation imagée de scènes religieuses.
Il ajoute avec raison que l'on ne percevait pas de la même façon qu'aujourd'hui. Leur contemplation est traduite comme un exercice privé, car tous partageaient la même conception du sacré à différents degrés, selon sa culture. Des conventions anciennes et nouvelles se confrontent et parfois se confondent : on devait voir les tableaux autrement qu'on ne le fait désormais, cela est l'évidence que Baxandall tient à mettre en évidence. On apprend aussi dans ces pages quelles ont été les différentes catégories de tableaux. Cristoforo Landino, professeur de poésie et de rhétorique à l'université de Florence a même formalisé cette question Qui ne nous apparaît évidemment pas. En fin de compte, grâce à ce travail passionnant, on s'aperçoit que ce qui est du ressort de l'art, du commerce et de la science finit par se conjuguer dans une même conception. Le grand paradoxe de cette affaire, est que l'art évolue si vite qu'on voit des certitudes dans ce qu'on attend de tel ou tel sujet changer d'aspect dans l'espace d'à peine une génération ! Quoi qu'il en soit, L'oeil du Quattrocento est une excellente initiation à ce qu'a été l'art pour les amateurs ou les simples spectateurs de cette phase décisive de la création plastique. On peut en connaître les conditions fondamentales de la construction matérielle et conceptuelle d'un tableau, mais aussi de quelle façon il était interprété d'un point de vue moral et spirituel. Sans doute ceux qui cherche à mieux « entendre » la Renaissance devraient-ils commencer par lire ce livre avant d'a border les études plus axées sur la peinture elle-même, sur l'évolution ou la concurrence des styles et l'ambition des grands créateurs qui ont rendu le Quattrocento un siècle unique et jamais dépassé de ce point de vue.




Dames du XIIe siècle, Georges Duby, Folio « histoire », 480 p., 9, 10 euro.

Georges Duby a consacré une grande partie de sa réflexion à vouloir modifier notre vision du Moyen Âge. Tâche d'autant plus difficile que beaucoup d'idées reçues se sont incrustées dans les esprits au fil des ans, même si le Gothic Revival, qui est apparu à la fin du XVIIIe siècle en Grande-Bretagne et qui a ensuite envahi le continent européen a fait qu'on s'intéresse à cette longue période de notre histoire, mais n'a fait que renforcer une vision faussée de ce qu'elle a pu vraiment être. L'ambition de Duby a été de comprendre de quelle façon les femmes ont été comprises à partir du XIIe siècle, car c'est alors que l'Eglise s'est intéressée à elle de manière plus attentive et aussi craintive. Mais comme il a souhaité embrasser la question dans toute sa complexité et aussi dans ses contradictions et en mettant en avant des exceptions révélatrices, il a décidé de construire son livre à partir de figures historiques et d'autres, littéraires.
Il commence par évoquer Aliénor d'Aquitaine, dont l'existence a été très tôt romancée, les versions changent selon les époques. Les romantiques en ont fait une victime - victime d'un mari brutal et volage. Mais on a voulu aussi la considérer comme la créatrice de l'amour courtois. Peu après sa mort, on en a faite la maîtresse d'un grand poète. De plus elle a joui d'une mauvaise réputation en ayant divorcé de Louis VII et en ayant épousé ensuite Henri d'Angleterre, membre de la famille Plantagenêt, qui devient ensuite le roi Henri II. On l'a jugée trop libre avec une conduite jugée alors indécente. On lui a reproché pris parti pour les fils de Richard. Elle dit alors se réfugier auprès de Louis VII ! Ce dernier la fait emprisonner quinze ans à Chinon. En plus de cela, elle a été associée à l'échec de la seconde croisade. La rupture de Louis VII son mariage pour consanguinité n'a pas joué non plus en sa faveur. Des bruits ont couru sur ses relations considérées trop proches avec son oncle, Raymond de Poitiers, le prince d'Antioche. Le mariage avec Henri n'a pas été plus heureux, même si elle lui a donné cinq enfants, dont Richard, qui deviendra Richard Coeur de Lion, et Jean sans terre. Le roi d'Angleterre meurt en 1189. Elle n'en continue pas moins à jouer un rôle politique important, et pas uniquement en ce qui concerne ses deux enfants au destin royal.
Après avoir organisé le mariage de Blanche de Castille, elle s'est retirée dans un couvent à Fontevraud. La légende noire qui l'entoure est née déjà de son vivant. Le Roman de Renart, écrit à cette époque, évoque les déboires conjugaux de Louis VII : elle y tient une place bien peu enviable. L'histoire Héloïse, qui est évoquée encore dans nos écoles en relations avec l'histoire du malheureux Abélard est pour Duby le prétexte d'expliquer quelle est désormais la place dévolue à la femme dans la société médiévale. Héloïse s'est retirée dans un couvent et correspond avec Pierre de Cluny, un homme de foi très respecté. Dans le Roman de la Rose, ce n'est pas sa sagesse qui est louée, mais, à l'inverse, sa folie. Cette image renversée de sa personnalité a traversé le temps : Pétrarque s'y est intéressé, et puis, pendant le Siècle des Lumières, Rousseau, Voltaire et Diderot seront émus par son destin. Même Rainer Maria Rilke s'est penché sur son cas. Mais à l'époque, leurs amours et le destin tragique du philosophe Abélard, leur correspondance, ont suscité de nombreux commentaires, qui ne sont pas en faveur de cette femme.
Il souligne le fait que la femme doit avoir une place secondaire car, de par sa nature, elle est faible : il est indispensable qu'elle soit sous la coupe d'un homme, en premier lieu, un mari. En effet, le mariage est le seul moyen de juguler sa tendance innée à la voluptas. Et même en ce qui concerne la vie des monastères féminins, un homme, donc un prêtre, doit le gouverner. En somme, la place de la femme est soumise à des restrictions et est doit impérativement demeurer au second plan. Je ne saurais ici aller plus loin dans l'analyse de cet ouvrage qui, lors de sa première parution, comprenait trois volumes. Mais j'espère vous avoir convaincu de l'intérêt majeur de cette investigation en profondeur dans la sphère féminine en des temps où allaient fleurir les romans courtois, où la femme est magnifiée !




Au revoir les enfants, la véritable histoire du père Jacques, Jean Trolley & Camille W. de Prévaux, Editions du Rocher, 136 p., 16, 90 euro.

Louis Malle a réalisé un film portant ce titre en 1987, qui a beaucoup ému. Il s'agit de l'histoire d'un religieux carme déchaux, le père Jacques, qui a la charge de gouverner le petit collège de Saint-Jean-de-la-Croix au sein du couvent d'Avon. Louis a fait ses études dans cette institution. Le père Jacques est entré très tôt en résistance et a aussi abrité trois garçons juifs dans le collège. Il est arrêté par la Gestapo en 1944 et déporté à Sarrebruck, un camp de ma mort alors que les gamins qu'il dissimulait sont expédiés à Auschwitz. Malle, ayant vécu à douze ans ces moments tragiques, a préféré transformer son film en une oeuvre de fiction. Ici, dans cette bande dessinée, les auteurs ont voulu s'attacher au plus près aux faits.
Nos auteurs racontent sa jeunesse dans une modeste famille nombreuse, les Bunel, et sa vocation est précoce. Mais ses parents n'ont pas les moyens de lui payer ses études. Non sans mal, il parvient à ses fins. Il enseigne et sa tâche n'est pas simple pour lui. L'abbé Julien Bunel connaît une crise de conscience grave et prend la mesure du fait qu'il ne se consacre pas assez à son élévation spirituelle. Il décide d'entrer dans les ordres. C'est là qu'il fait la connaissance du futur amiral Thierry d'Argenlieu. Il est alors muté au petit collège d'Avon. Assez peu conformiste, facétieux en public et plongé dans le désespoir quand il se retrouve seul, hanté par le doute et des questions sans nombre, le père Jacques est malgré tout passionné par sa mission éducatrice. La guerre est déclarée et il est mobilisé. Il est fait prisonnier et est libéré en 1941. Il retourne alors au collège. Là, il aide des aviateurs alliés ou des résistants parachutés.
Il engage un professeur juif, Lucien Weil, au mépris de la législation en cours. Mais les trois enfants juifs sont découverts et il est arrêté avec eux. Il est déporté en Allemagne et subit des souffrances inouïes. Il tient absolument à s'occuper de l'infirmerie (où personne n'est vraiment soigné !). Puis il se retrouve en Autriche, dans la forteresse de Mauthausen, tout près de Linz, la ville natale d'Hitler. Il doit travailler dans des conditions inhumaines dans les carrières. Il est encore vivant quand le camp est libéré, mais il meurt peu de temps après avoir été hospitalisé. N'étant pas un passionné de bandes dessinées, je dois dire que j'ai lu celle-ci avec intérêt car elle restitue avec justesse et de nombreux détails la personnalité et le destin de cet homme d'église qui a fait preuve de courage dans une France occupée et largement collaborationniste.




La Promesse, Chaïm Potok, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Nicole Tisserand, « Domaine étranger », Les Belles Lettres, 488 p., 15 euro.

Chaïm Potok (1929-2002) était, ne l'oublions pas, rabbin. Son hébraïsme prend ses racines dans la tradition biblique la plus antique, mais aussi dans ce qui a pu constituer la culture américaine. C'est tout le contraire des frères Singer, qui insistent, contre vent et marée, à écrire en yiddish, et de continuer à tourner le regard vers l'Europe centrale et orientale, vers la Russie, enfin sur l'univers ashkénaze qui, pour sa plus grande part, a été annihilée par la démence du nazisme. Même quand il traite de sujets liés à leur pays d'adoption, ce monde né sur les bords du Rhin et exile vers l'Est en 1348 et qui a pris racine tant bien que mal dans ces régions catholiques ou orthodoxes qui étaient hostiles au judaïsme.
Rien de tel chez Potok bien qu'il soit fils d'immigrés polonais et qu'il a été élevé avec ses frères dans la plus stricte orthodoxie religieuse. Adolescent c'est (curieusement) en lisant Evelyn Waugh que lui vient sa vocation d'écrivain. Il écrit son premier roman à l'âge de dix-sept ans. Mais il poursuit ses études de littérature anglo-saxonne puis passe quatre années à étudier la théologie au Jewish Theological Seminary of America. Il est ordonné rabbin en 1954 et s'embrasse la foi massorti, qui est très conservatrice (elle s'est affirmée en 1886 aux Etats-Unis). Ces deux vocations ne vont bientôt plus faire qu'une. D'un côté il rédige une somme, Jewish Ethics en quatorze volumes entre 1964 et 1969, de l'autre il écrit le premier tome de sa trilogie, The Chosen (L'Elu), qui paraît en 1967 et lui vaut aussitôt une grande réputation. L'histoire se déroule à Brooklyn dans les années 1940. Son héros fait ses études dans une de institution orthodoxe juive moderne et il s'apprête à jouer une partie de baseball contre des élèves d'une yeshiva hassidique ultra-orthodoxe et anti sioniste. Son jeune héros s'appelle Reuven Malter. Il est blessé lors de la dernière confrontation et est emmené à l'hôpital.
Le plus brillant des joueurs de l'équipe adverse, Danny Saunders vient lui rendre visite et s'excuser. Reuven finit par lui pardonner et ils deviennent des amis inséparables. Ce fils de tzaddik a une mémoire impressionnante et aussi une connaissance du Talmud profonde et peu commune. De retour chez lui, son père lui explique ce qu'est le hassidisme. Des liens complexes se nouent entre les deux familles alors que l'Amérique fête sa victoire contre le nazisme et qu'on découvre toute l'horreur de l'Holocauste. Ce qui est singulier dans cette histoire qui a des fondements religieux opposant deux formes d'orthodoxie juive est que les deux fils de rabbins désirent l'un étudier la mathématique et la logique, l'autre, la psychologie et la psychanalyse. Là encore se dévoile un conflit entre tradition et modernité, entre les devoirs de la religions et les aspirations à la découverte de la modernité. Pour chacun d'eux, le monde se présente comme un labyrinthe où ils se retrouvent sans cesse devant des contradictions et même des apories. Dans le second volet cette oeuvre considérable, The Promise (La Promesse), le récit se déroule toujours à Brooklyn quelques années plus tard.
Le lecteur retrouve les deux héros du roman précédent. Ils font toujours face à des obstacles pour réaliser leur rêve. Et ils trouvent ces difficultés dans le camp des Juifs les plus réactionnaires. Dany Saunders finit par renoncer à succéder à son père comme autorité spirituelle de sa communauté. Il se passionne toujours pour la psychologie et met au point une nouvelle thérapie par le silence qu'il applique à un cousin ayant de grands problèmes psychiques.
Dans une large mesure, Chaïm Potok met en scène dans ce second volet de la trilogie ce qu'il avait déjà abordé dans le premier. Mais il a voulu placer les deux jeunes gens devant la réalité d'être devenus adultes. La forme de son oeuvre est assez conventionnelle. Mais sa pensée est assez forte et riche pour compenser ce peu d'invention dans la construction littéraire.
Il est aussi aux antipodes de Saul Bellow, qui va recevoir le prix Nobel en 1976. Bellow qui a commencé à publier en 1944, connaît un grand succès en 1953 avec Les Aventures d'Augie March. Son écriture est inventive, rapide, pleine d'invention et de rythmes inspirés par le jazz, en somme toute autre que conventionnelle et il se révèle un merveilleux conteur assez peu conformiste. Il peut être considéré comme un précurseur indirect de la Beat Generation. Il a en tout cas ouvert la voie d'une autre conception du roman. Potok lui aussi à sa manière, mais dans une veine qui se rattache plus à la littérature du XIXe siècle ! Mais sa façon si originale de camper ses personnages annonce ce que fera Philip Roth dans une toute autre optique. En fin de compte, il développe une fiction plus psychologique qu'autre chose, qui expose des problématiques complexes, bien sûr celles du judaïsme dans la Nation la plus puissante du monde, mais loin de son passé européen, qui le légitime, mais aussi celle de comprendre comment la pensée juive peut parvenir à se développer dans un pays jeune et composé de mille communautés différentes venus des horizons les plus divers.




Voyage, voyages, Christine Poullain & Pierre-Nicolas Bounakoff, Editions Hazan / Mucem, 240 p., 32 euro.

Depuis sa création, le Mucem de Marseille cherche son identité. Héritier de l'ancien musée des arts populaires, il devrait être tout sauf un musée d'arts plastiques. Cela ne l'a pas empêché de présenter plusieurs expositions d'artistes connus du XXe siècle. Selon moi, sa voie est plus une diversité de regards sur le monde méditerranéen. La présente exposition se situe à mi-chemin entre ces deux champs d'investigation : elle montre des oeuvres modernes qui ont trait au voyage, qu'il soit réel et, le plus souvent, imaginaire. Cela commence par Paul Gauguin (ce qui peut sembler une évidence - à tout seigneur...) et par sa découverte éblouie du Pacifique, mais on tombe peu après sur Marcel Duchamp. La valise (La Boîte à valise, 1936), passe encore : cet objet a un lien objectif avec le fait de parcourir le monde. Mais la célèbre machine à écrire Underwood, que vient-elle faire dans cette affaire (nous avons rencontré le même problème lors de la récente exposition du cubisme au Centre Pompidou.
En revanche le très poétique (et divertissant) Retour d'Ulysse de Giorgio De Chirico. Le Port d'Alger peint par Albert Marquet est dans le ton (à noter en passant que tous les ports de Marquet se ressemblent ! Ils n'appartiennent pas à une géographie bien précise !). Malheureusement, la plupart des oeuvres présentées (au milieu de documents de toutes sortes, dont des cartes géographiques, des cartes postales anciennes, etc.) : un exemple plutôt singulier : les automobiles présentées sont toujours détruites : cela va de la compression de César au Car Crash d'Andy Warhol et à l'autoportrait de Richard Baquié  qui pose devant une épave ! Seul se sauve Jacques Monory avec For all that We See or Seem within a Deam (1967). En ce qui concerne les périples imaginaires, il y a beaucoup de surréalistes : Max Ernst, André Masson, Victor Brauner, Wifredo Lam... , ce qui est parfait. Mais hélas, pas d'artistes moins connus et peut-être offrant un point de vue différent. En ce qui concerne la partie photographique, représentée par Bernard Plossu, cela nous paraît cousu de fil blanc.
On rencontre aussi des créations du Land Art, avec Robert Smithson et puis une section consacrée au tourisme moderne, qui est sans doute la plus pertinente, la plus drôle et aussi la plus juste : c'est du Mark Twain à la puissance dix. On est à mille lieues de Goethe et du Grand Tour ! La mise en scène de la migration dramatique des populations par la mer me semble une concession à l'actualité qui est bien opportuniste. Et assez éloignée de l'idée de voyage... Cette exposition et le catalogue qui en résulte ne sont pas tout à fait caduques, mais on éprouve la sensation que tout a été fait à la sauvage, je veux dire avec peu de réflexion et une certaine précipitation (c'est ce qui avait fini pour se passer pour l'exposition dédié au café dans ce même lieu). Et puis on en arrive à proférer des bêtises colossales comme celle de la quatrième page de couverture : « Et quand, dans le sillage des beatniks, César, Warhol ou Baquié questionnent la route... ». Est-ce que l'oeuvre de Jack Kerouac est un « questionnement » sur la route ? Et que dire de celle de William S. Burroughs ? Cela fait partie hélas, d'une trahison et d'une transformation des oeuvres d'art en questions « sociétales », et même rétrospectivement. Mais j'ai le triste pressentiment qu'on ne va plus penser, mais qu'on va extrapoler en fonction des problèmes que rencontres les pays du XXIe siècle et de leurs peuples. L'art ne servirait plus que des fins sociologiques (à peine critiques de surcroît). C'est une sorte d'effritement de la manière de considérer l'homme et l'univers qui se transmue une sorte de déviation mortelle de l'art.
Gérard-Georges Lemaire
30-01-2020
 
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Verso n°122

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