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[verso-hebdo]
05-03-2020
La chronique
de Pierre Corcos
Photographie et ethnographie
L'ethnographie, avant toute élaboration théorique et interprétative par l'ethnologie, décrit minutieusement, étudie sur le terrain les multiples éléments de la culture propre à telle ou telle ethnie. Certains de ces éléments sont visibles (habitat, cérémonies, objets fabriqués, parures, outils, etc.), d'autres (institutions, rapports de parenté, langue, règles, etc.), très importants, ne le sont pas. La photographie, évidemment, concerne les éléments visibles de ces cultures, le plus souvent en voie de disparition sous le laminoir de notre civilisation technologique. Comme l'écrivait déjà Lévi-Strauss dans « Tristes tropiques » (1955), « L'humanité s'installe dans la mono-culture ; elle s'apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat »... Dès lors la photographie vient aussi en témoigner. Elle peut avoir pour missions de fournir une base documentaire à l'ethnographe, de sensibiliser le public à d'autres cultures que la sienne, voire de militer en faveur de peuples gravement menacés d'extinction culturelle ou même physique.

Jusqu'au 26 mai, au Musée de la Photographie Charles Nègre à Nice, Si près du ciel, le Tibet, une exposition de photographies de Jacques Borgetto sur la culture tibétaine. La dimension ethnographique de l'exposition est avérée par les commentaires sur les coutumes, les rites, etc. accompagnant un certain nombre de photos, par quelques objets représentatifs en vitrine, que la commissaire d'exposition, Laura Serani, a estimé utile d'exposer, et bien sûr par tout ce qui est rendu visible par ce photoreportage sur la culture tibétaine. Depuis 2007, Jacques Borgetto a effectué sept voyages de cinq à six semaines au Tibet, partageant le plus possible le quotidien des moines et des nomades des hauts plateaux. Ces photographies, majoritairement en noir et blanc, ont cette qualité d'inscrire d'emblée la culture tibétaine dans son cadre géographique : l'immensité sublime de ces espaces vides, montagneux et célestes semble montrer le substrat physique, environnemental propre à la spiritualité du bouddhisme tibétain. Cependant, très classiques dans leur facture, aussi bien pour le paysage que pour le portrait de groupe, assez idéalisantes pour être consensuelles, ces photos ethnographiques, plutôt convenues, laissent présager une formule bien rôdée, applicable à d'autres cultures. Et, vérification faite, on apprend en effet que, de l'Argentine au Japon en passant par l'Afrique, Jacques Borgetto est plutôt un « photographe et voyageur « de long cours », dont la manière de procéder s'apparente à celle des explorateurs », comme l'écrit Laura Sirani. Bien entendu, l'image et le commentaire restent assez instructifs pour que le visiteur quitte cette exposition avec quelques connaissances ethnographiques sur le peuple tibétain. Toutefois la présence chinoise, considérée comme une occupation étrangère et répressive par le gouvernement tibétain en exil, la sinisation culturelle du Tibet sont à peine évoquées, et de façon très allusive, dans les photographies et le texte de présentation. On le déplore d'autant plus qu'on attend du photographe ce risque d'aller au-delà des « clichés » rassurants.

D'une tout autre ampleur, implication et qualité esthétique, la remarquable exposition de photographies Claudia Andujar - La lutte Yanomami (à la Fondation Cartier jusqu'au 10 mai, commissaire d'exposition Thyago Nogueira) présente le travail énorme d'une véritable artiste de la photographie, d'une ethnographe et d'une militante passionnément attachée aux Yanomami, menacés de disparition par des politiques brésiliennes expansionnistes, intrusives, et piétinant les droits de ce peuple amérindien de la forêt amazonienne... Près de 300 photographies puissantes en noir et blanc et couleurs, quelques films didactiques, un diaporama envoûtant, et des dessins réalisés à la demande de la photographe par des artistes Yanomami viennent témoigner de 50 ans ( !) d'engagement ethnologique, politique et photographique de Claudia Andujar, née en 1931 en Suisse et rescapée de la Shoah. Par ailleurs, sa pratique, inspirée par l'envie de traduire esthétiquement différents aspects de la ritualité Yanomami, s'éloigne beaucoup de la photographie documentaire. Ainsi Claudia Andujar expérimente avec succès de nouvelles techniques : vaseline appliquée sur l'objectif, utilisation de filtres colorés, de pellicules infrarouges, vitesse d'obturation lente, utilisation de lampes à huile, surimposition de scènes. Des procédés mis au service d'une ethnographie participative... Participer au reahu par exemple, cérémonie majeure de la culture Yanomami. « Plutôt que de documenter frontalement le reahu, Claudia Andujar cherche à en saisir l'expérience sensible et propose ainsi une nouvelle appréhension de ce rituel », est-il indiqué dans le texte de présentation. De fait, ce n'est pas un cliché ethnographique conventionnel ni des truquages factices et gratuits que perçoit ici le visiteur, mais une photographie saturée de magie, forces occultes et chamanisme. Et dans l'ombre dense et habitée de cette forêt amazonienne, comme les Yanomami méditatifs, le visiteur ressent un peu le furtif bruissement des esprits... À l'encontre de leur tendance à la neutralité objective, la photographie et l'ethnographie, telles que les pratique Claudia Andujar, accèdent à l'empathie et, conséquence éthique, à l'engagement citoyen aux côtés d'un peuple magnifique.
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
05-03-2020
 
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Verso n°122

L'artiste du mois : Valérie Rauchbach

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