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[verso-hebdo]
24-01-2019
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

L'Estampe Japonaise, Nelly Delay, Hazan, 328 p., 29, 95 euros.

Nul n'ignore, s'il possède le moindre rudiment d'histoire de l'art, à quel point les estampes japonaises ont joué un rôle fondamental dans la création occidentale pendant la seconde moitié du XIXe siècle, en particulier dans la peinture à partir de l'épanouissement de l'impressionnisme. Cette vogue profonde est due à différents facteurs  : l'ouverture (forcée) du japon aux relations internationales, l'engouement de certains amateurs et spécialistes, et même des facteurs plus triviaux  : des objets provenant de ce pays étaient parfois enveloppés avec des estampes  ! Il est indubitable que cet art subtil et complexe ne pouvait que renforcer les artistes à adopter une conception nouvelle de la perspective et de la mise en relation des figures et des objets sur la toile, sans parler de gammes chromatiques insolites. Ce fut alors le «  sésame ouvre-toi » de l'invention picturale. Cela se vérifie aussi bien chez Vincent van Gogh que chez son aîné Claude Monet, chez les Nabis et aussi chez les postimpressionnistes. Ce livre peut être regardé comme la Bible de l'amateur de nos jours  : il nous expose la préhistoire de cet art de la xylographie, qui pendant l'ère d'Edo, connaît un succès inouï et se perfectionne, au point d'employer pas moins de dix couleurs, ce qui est une véritable gageure technique. Ces gravures était savantes, mais elles avaient souvent une fonction triviale  : elles servaient aussi bien faire des affiches de théâtre qu'illustrer des livres qui n'étaient pas réservés au seuls lettrés, d'aucuns pouvant être assez légers (pour ne pas dire plus). Malgré la censure (très sévère) du pouvoir, le monde de l'ukiyo-e s'est développé avec un perfectionnement constant de ses techniques d'impression, mais aussi du raffinement du style de ses artistes. D'aucuns seront reconnus comme étant parmi les grands du XVIIIe et du XIXe siècle : Utamaro, Harunobu, Hokusaï, Kiyonaga, Sunshô, pour ne citer que ces noms. Le crépuscule s'amorce au milieu de ce dernier siècle, avec néanmoins des créations surprenantes et aussi l'essor du goût pour les histoires de fantômes, les contrastes tranchés entre les noirs et les bleus par exemple. L'histoire est complexe car elle est associée à diverses façons de traiter la calligraphie, qui peut faire partie intégrante de la planche. Du noir et blanc du XVIIe siècle a la polychromie du siècle qui suit, on peut voir dans ces pages se dérouler l'incroyable saga de cet art qui ne cesse de croître en beauté, en dépit d'un principe contraire aux nôtres  : l'imitation n'est pas du tout considérée comme un vice ou une faiblesse, ou même un vol caractérisé, mais, au contraire, comme une grande vertu  ; le premier objectif d'un artiste est d'égaler un maître qu'il s'est choisi et il ne peut prétendre inventer son propre style qu'après avoir accompli cette longue période propédeutique. Hokusaï ne commence à pleinement s'exprimer qu'à l'âge de 50 ans. Il n'est pas un genre qu'ils n'aient profondément métamorphosé  et pas un type de figures qu'ils n'aient imposé: le paysage, les scènes champêtres, le voyage des marchands ou des pèlerins, les acteurs de kabuki, les beautés bouleversantes, la vie urbaine et les lieux de plaisirs, en somme, aucun domaine ne leur échappe et ils en donnent une image épurée et pourtant riches souvent de mille détails révélateurs. Le plus vernaculaires se rapproche du plus transcendant et la beauté est présente dans tous les gestes du quotidien, de la vie industrieuse à la vie érotique en passant par les spectacles. Ce beau livre, très complet et très agréable à consulter, nous enseigne l'essentiel de ce que nous devons savoir de ces hommes qui ont su faire de l'art populaire un art suprême.




La Vie n'est pas une biographie, Pascal Quignard, Galilée, 198 p., 22 euros.

La brève préface de l'auteur est assez déconcertante  : il commence par parler de la douleur de l'amitié trahie puis change de sujet et déclare que le Père éternel ne peut avoir une place absolument vide  ! Pourquoi pas  ? Mais je le croyais plutôt tourné vers le monde antique et ses mythes  ! Suit une méditation des plus curieuses qui saute d'un argument à l'autre, sans solution de continuité visible  ; il débute en parlant de ce que les uns et les autres tentent d'annihiler dans le souvenir car on est censé anesthésier ce qui nous trouble ou nous dérange  ; puis il déclare que l'on doit se projeter en amont. Puis il semble rapprocher les rapaces de l'instinct maternel, qui a besoin de son mort (et il prend pour modèle la Vierge Marie). En quatrième page, il a affirmé la liberté du rêve qui serait sans cause, voué à l'errance. Alors peut-être faudrait-il regarder sa pensée comme une pure dérive -, une dérive qui serait pourtant porteuse de sens. Son point de départ  : «  Le vivre n'est pas l'être. » Il poursuit en parlant de l'image dans l'âme qui n'a rien à voir avec l'image que reflète le miroir. Il dit que la biographie est rétroactive, ce que nous savons, mais qu'elle est aussi «  l'arrêt de l'expérience». Soit. Alors il délivre sa conception du rêve qui ne contiendrait «  pas un gramme de récit ». Là, il est difficile de lui emboîter le pas  ! Et la vie serait pareille au rêve. Que dire  ? Quoi qu'il en soit, plus on avance dans son ouvrage, truffé de citations grecques et latines, de réminiscences mythiques, plus on se rend compte qu'il a adopté un mode de réflexion qui serait comparable à des moments oniriques, souvent aberrants, parfois abscons et même illisibles. Plus on progresse dans ses écrits, plus on se laisse séduire par leur illogisme revendiqué. Il revient sans cesse sur ce que comporte le rêve. Il revient sur son étymologie (errer) qui peut aussi être traduite par «  divaguer » (c'est moi qui insiste sur ce point). Il en appelle à Héraclite et à son distinguo entre le rêve diurne et le rêve nocturne. Pour lui, il faut aller vers un autre développement sémantique  : l'extravagance. C'est ainsi, qu'au bout du compte, son ouvrage se révèle une méditation en roue assez libre du rêve, dans toutes ses acceptions anciennes, médiévales et modernes. Et là, on retrouve le grand écrivain qui est en mesure de nous faire découvrir tous les horizons pensables et impensables de la question. Du vagabond, il en arrive même au nerf vague en passant par toutes sortes de déclinaison. Il examine l'envahissement du corps par le rêve et à travers cette enquête il interroge le langage, qui n'est peut-être qu'un moyen de combler un vide ou quelque chose qui a été ôté. De page en page, de chapitre en chapitre, il explore tous ces lieux où sont prononcés les rouages secrets de ces rêves qui sont une parole tendue qui transperce le verbe humain et le défait. Il en arrive à reprendre à son compte, en approfondissant sans cesse son propos, les mots de Pénélope  : «  Nul ne peut vivre sans Hypnos, telle est la limite des hommes. » Ainsi proclame-t-il une antiphilosophie (je m'avance sans doute un peu trop) où le dieu du sommeil est érigé au rang de souverain de ce que nous sommes. Il termine le livre en se demandant si l'on peut se désintoxiquer du langage  ! Sans doute devrons-nous le considérer comme une forme d'introspection, mais pas de son existence, mais de sa littérature et de ce qui la sous-tend.




Le pas gagné de l'amour, Paul Audi, Galilée, 208 p., 24 euros.

L'amour, la grande affaire  ! Mais une affaire dont on ne parle plus beaucoup. La littérature, même celle à laquelle on ne s'attendrait pas, flirte avec la pornographie, et ce n'est plus un sujet tout à fait à la mode. En fouillant ma mémoire, je me suis souvenu que les dernières lectures importantes que j'ai faites à ce sujet remonte à mes années d'études universitaires  : «  La Physique de l'amour  » un article de Rémy de Gourmont paru dans Le Mercure de France en 1903 et puis L'Amour et l'Occident de Denis de Rougemont, livre remarquable publié la première fois en 1939. Et bien sûr, j'avais lu plus tôt L'Amour fou d'André Breton (1937). Tout cela ne nous renvoit pas à l'amour courtois, mais est déjà bien daté  ! Après quoi, je n'ai plus lu que des essais sur la sexualité, de Michel Foucault à pascal Quignard, ce qui est toute une autre affaire  ! C'est avec une curieuse façon de présenter la question, à la fois originale, désinvolte (en apparence) et ludique que Paul Audi pose le problème. Dans sa préface, il explique de quelle manière il en venu à composer son livre de la manière que nous allons découvrir et qui n'est ni académique, ni frivole. En fait il nous invite à découvrir toutes les strates de la signification de ce mot, un peu comme Francis Ponge le faisait le faisait pour les objets qu'il prenait comme sujet (je pense par exemple au Savon). La subtilité de sa démarche est d'examiner la «  chose » sous tous ses angles et, peu à peu, d'en montrer toutes implications. Il n'apporte une réponse qui s'appuierait sur la psychologie, la psychanalyse, l'étude des moeurs, mais sur différents modes de pensées allant de Georges Bataille à saint Augustin. Il confronte les idées de René Descartes (les deux formes, dont l'une est la concupiscence) à celles de Leibniz. Il procède par spirales qui s'entrecroisent et ne cessent de multiplier les champs d'analyse. Là où, à mon avis, il est très pertinent c'est quand il avance, en joueur d'échecs habile, que l'amour est la quête de son ipséité  : en somme, le désir à pour proie première ce qu'il est lui-même. L'objet recherché n'est que secondaire et toujours postérieur à sa recherche initiale. Dans l'amour, c'est, selon lui, une exaspération du moi. Et pourtant, comme l'avoir noté Quignard, c'est aussi la poursuite d'une absence. Je n'irai pas plus loin dans le cadre de ce modeste article, mais la suite est passionnante. Je regrette seulement que Paul Audi ait mis de côté Kierkegaard et ses «  étapes érotiques spontanées  » et aussi sa conception du désir selon trois phases, l'érotisme, l'éthique et le religieux. Bien sûr, l'amour ne peut se tenir dans un équilibre précaire que dans la condition (hypothétique) du mariage. Mais peu importe. Voilà un livre qui ne se paie pas de mots, même si son auteur aime jouer avec les mots pour leur faire rendre gorge de leur nature profonde. Avec l'amour, on est confronté forcément à la question de l'Un et aussi de l'Autre, c'est-à-dire aux termes de ce qui nous pousse hors de notre être, à ce qui anime nos pensées et nos agissements vers le monde tangible comme vers le monde intelligible (et, pour certains, transcendantal et même mystique). Ce n'est pas un livre facile, je le concède, mais c'est un livre lisible si on veut bien sen donner la peine et suivre l'auteur dans sa démarche. Les musiciens du Moyen Age aimèrent représenter l'Amour sacré et l'Amour profane. Mais l'amour est un substantif qui se décline en traversant tout le territoire de notre expérience.




L'Expérience à l'épreuve, Georges Ambrosino / Georges Bataille (1943-1960), édition de Claudine Frank, Editions Les Cahiers, 432 p., 29 euros.

Nous pensions à peu près tout savoir de Georges Bataille, rien de plus faux  ! Cette correspondance inédite jusqu'à ce jour nous révèle une grande amitié que l'auteur de Madame Edwarda a entretenue avec un physicien nucléaire pendant plus de trois lustres. La relation entre les deux hommes a débuté avec l'intérêt du jeune étudiant en mathématiques pour le groupe Contre-Attaque avant la guerre. Ce dernier a écrit à Bataille dès 1943, mais leur correspondance n'a pu commencer que deux ans plus tard. Georges Ambrosino s'est particulièrement intéressé aux thèses avancées par l'écrivain dans La Part maudite, et il a défendu l'idée d'une énergie qui n'est pas cumulable. C'est la contestation de l'idée de potlatch défendue par Bataille. Mais malgré ces divergences, leur amitié se consolide et Bataille a assez confiance en son cadet pour lui demander de corriger ses articles. Ce dialogue critique ne cesse de s'enrichir. Ils ont des échanges soutenus quand Bataille prépare la sortie de la revue Critique en 1946. Les deux hommes se rencontrent régulièrement et poursuive une relation qui fait d'Ambrosino un regard bienveillant mais toujours vigilant sur ce qu'entreprend et pense Bataille. D'une certaine manière, il lui fait office de bras droit. Grâce à cette publication, nous sommes à même de juger non seulement des idées développées par Bataille (qui sont très éloignée de celle des théoriciens de gauche et en particulier de Sartre et des Temps modernes), mais aussi de son besoin d'avoir une personne de confiance pour apporter une réponse ses interrogations. Bien sûr cette édition est savante et compte de nombreuses notes, sans parler d'annexes importantes. Mais ce qui importe pour nous, simples amateurs de l'oeuvre de l'auteur de L'Expérience intérieure de prendre la mesure de sa démarche et de sa façon de trouver un interlocuteur de qualité qui puisse lui parler sans faux-semblants. Ce cahier est vraiment passionnant et mérite qu'on le découvre si l'on tient mieux connaître bataille et son rapport avec cet homme qui a joué un si grand rôle dans sa vie intellectuelle sans être l'un des principaux protagonistes de la pensée en France après guerre.




Montréal yiddish, Chantal Ringuet, préface de Sherry Simon, Fides, 3oo p., 39,95 $.

Après la dernière guerre, le monde yiddish a presque complètement disparu en Europe. En fait, c'est en Amérique qu'il va encore subsister, surtout New York, mais aussi à Montréal (sans compter les communautés hassidim de tout le continent). Bien sûr, la question est complexe car New York, par exemple, on voit apparaître des dictionnaires de yigglish (mélange de yiddish et d'anglais) dès les années 2o et 3o. Il faut se souvenir de la très étrange volonté des frères Singer, exilés tous les deux aux Etats-Unis, de poursuivre leurs oeuvres respectives dans leur langue maternelle (ce qui a valu à l'un d'eux de recevoir le prix Nobel). Mais aujourd'hui, cette langue étrange, composée à 75% de vieil allemand, meurt faute de racines (il y aurait environ deux cents personnes qui la pratique à Paris). Cet ouvrage est tout fait intéressant pour nous car il nous fait découvrir que Montréal a été l'un des grands centres de la culture yiddish au début du XXe siècle avec l'émigration massive des Juifs de la Russie et de pays de l'Europe orientale. L'auteur nous rappelle des faits tout fait fondamentaux avec cette vague massive d'émigration  : on a employé le yiddish pour toucher les masses juives et non les langues nationales pour des fraisons politiques, même si d'aucuns voulaient développer l'usage de l'hébreu. Une littérature se développe dans cette langue et Cholen Aleikem en est le plus célèbre représentant. Il existe aussi un théâtre très vivant (Franz Kafka en a beaucoup parlé et s'est passionné pour la découverte de cette troupe venue de Varsovie) et une presse. Après la Première guerre mondiale, il se crée une ligue culturelle et le yiddish est plus vivant que jamais. En union soviétique, Staline crée la région autonome du Birobijan pour ses populations yiddishophones. Mais une répression terrible s'abat sur elles dans les années 194o et, en 1952, a lieu ce qu'on appelle «  la nuit des poètes assassinés ». Aussi curieux ce que cela puisse sembler, c'est la Révolution de 19o5 qui provoque l'exode massif des Juifs ashkénazes au Canada. Bien sûr des familles juives sont arrivées dans ce pays dès le XVIIIe siècle et l'auteur explique qu'on a imaginé des organisations de solidarité, qui n'ont pas pu résister à la vague numérique qui arrive de la Russie. Cette population passe de sept mille à quarante mille  ! Il ne s'est pas produit un partage avec la communauté francophone. Les Juifs obtiennent des droits en 19o3, mais demeurent confinée dans leur communauté. L'intégration commence peu à peu après la guerre. Chantal Ringuet raconte suite ce qu'a été le premier quartier juif de Montréal, la vie qu'on y a mené  ; Elle expose avec beaucoup de clarté de quelle façon ce microcosme a instauré son territoire, mais aussi ses lieux de réunion et de divertissement. Par ses soins, nous découvrons le Montréal juif jusque là bien peu connu à l'étranger. Son récit est d'autant plus intéressant qu'il est appuyé par une très riche iconographie. C'est un ouvrage à découvrir pour ceux qui s'intéressent au Canada français et au monde juif.




Lucifer dans les étoiles, Laurent Thierry, Michel de Maule, 358 p., 20 euros.

En 2015, Laurent Thierry nous avait régalé d'un premier roman, qui s'intitulait Mordre. Après quelques années, il a achevé une nouvelle fiction, plus ambitieuse, qu'il a baptisé Lucifer dans les étoiles. Il commence par une méditation douce-amère sur le métier de commissaire-priseur, qu'il a pratiqué assez longtemps avant de l'abandonner pour l'écriture. Il a écrit plusieurs ouvrages sur l'art contemporain et même une pièce de théâtre. Mais, de tout évidence, c'est l'imaginaire qui l'a séduit le plus. Il met en scène une salle des ventes et tout ce qui s'y déroule, en particulier sur le plan financier, qui est devenu aujourd'hui le summum delà spéculation. Et des sommes aberrantes sont attribuées des créations qui le sont tout autant, comme, dans ces pages, le petit cochon rose de Paul McCarthy, Pig Sexy Pink. Il nous entraine dans la salle de Sotheby's et nous fait assister à la vente de cette production de cet artiste américain qui a été et est toujours très contesté, magnifié par la jet set de l'art contemporain et blâmé vertement pat les critiques et les esthètes. Une chose imprévue survient, l'oeuvre propos  »e n'atteint pas la somme estimée  ; cela provoque une sorte d'affolement, que l'auteur traduit avec beaucoup d'humour  ; le vendeur, surpris, cherche désespérément des alliés parmi ses confrères galeristes  ! Et finalement le cochon est sauvé de la catastrophe. Si la scène est décrite dans un joyeux tohu-bohu brueghélien, on comprend qu'on est témoin des conspirations secrètes des marchands d'art pour faire monter la côte d'artistes problématiques. Mais ce n'est là qu'une mise en bouche pour nous initier aux mystères de l'art de notre temps et de son commerce. Nous sommes à New York, et nous découvrons la faune qui hante le studio 54, l'endroit à la mode. Collectionneurs, artistes reconnus par une élite plus financière qu'intellectuelle, figures fantasques qui hantent nécessairement ce genre d'endroit comme la chanteuse Rrose Sélavy, le critique James Gregory et Black Beautiful. Un artiste, Lucifer, a alors une idée de génie. Il s'agit de procéder à la vente des étoiles de toute la voie lactée. Et son idée plaît infiniment et un commerce effréné a lieu, chacun voulant devenir le propriétaire d'une étoile  ! Mais la question cause un vaste débat et la galeriste Sylvana, qui a beaucoup investi dans cette affaire, se trouve remise en cause. D'une intrigue à l'autre, le lecteur se voir entraîner dans un maelström au sein des milieux les plus chics et influents de la New Babylone, qui est un panier de crabes assez peu reluisant sous un vernis en or fin. A travers les faits et geste de ce petit monde que Laurent Thierry nous décrit dans une optique assez caricaturale et même grotesque, il nous fait découvrir ce qu'est vrai ce nouvel univers artistique, qui n'a plus rien à voir avec ce que nous avons connu dans le passé. Le commerce galactique qui s'est bien installé malgré des péripéties tragi-comiques donne lieu à des spéculations inouïes. A la fin, le dit Lucifer se révèle une réincarnation d'Andy Warhol, quand on commence à se douter que toute l'affaire est un gigantesque complot. On s'amuse beaucoup tout en découvrant ce petit monde endiablé qui finit par s'intéresser, à l'instigation de son mauvais génie, aux trous noirs. Je laisse au soin au lecteur de découvrir les derniers coups de cette partie d'échecs un peu biaisée et de se divertir de cette métaphore de science fiction pas si loin de la réalité des choses.




Après Constantinople, Sophie van der Linden, Sygne / Gallimard, 160 p., 18 euros.

Ce roman de facture un peu «  classique  » relate les aventures singulières d'un peintre Français qui avait été appelé à travailler à la Sublime Porte, sans doute dans le cadre diplomatique, car depuis déjà un certain temps les ambassades des grandes Nations, et surtout la France, faisaient venir des artistes pour peindre des vedute et des paysages de Constantinople. Notre héros est sur le point de repartir. Il n'a pas voulu rentrer par la voie maritime pour terminer sa course dans le port de Marseille, mais de voyager par la route et parcourir les montagnes assez peu sûres (sinon impraticables  !) au-dessus de la Grèce pour arriver en Serbie et ensuite faire une étape à Sarajevo, pour enfin se rendre à Budapest et enfin à Vienne (je conseille au lecteur de prendre une carte de l'Europe et d'imaginer ce voyage en zigzag, pour reprendre l'expression de Rodolphe Töpffer, ce périple, pour rentrer en France, n'ayant guère de sens  !). Nous sommes au tout début du XIXe siècle car le voyageur rencontre un janissaire -, hors ce corps d'élite a été dissout (dans le sang, si je puis dire, en 1826 sur ordre de Mahmut II car il avait pris un pouvoir comparable à celui de la garde prétorienne, faisant et défaisant les sultans. Bref, l'auteur ne semble pas avoir un souci exagéré du détail historique. Quoi qu'il en soit, une femme de haut rang lui demande de voir ses travaux et il lui montre dessins et croquis. Celle-ci est peu convaincue et le lui fait savoir. Mais en fin de compte, elle le retient auprès d'elle dans un palais où il doit exécuter une scène de chasse pour elle. Mais il doit quitter ce séjour finalement idyllique même s'il y est retenu contre son gré. Il part pour une ville avec la suite de régente pour se rendre dans une ville qui lui semble des plus étranges. Là, elle lui demande de faire son portrait (ce qui est peu vraisemblable à l'époque -, mai peu importe)  ; En cette journée de pose, elle lui raconte son histoire en Afrique, ses nobles origines et la mort tragique de son pères et de ses guerriers. Il achève son travail au crépuscule et espère recouvrer la liberté que la dame à la couleur d'ébène lui avait promise. Il apprend ensuite que le protecteur de la noble dame, le grand vizir, a été destitué et il ne lui reste plus alors qu'à retourner à Paris. Cette petite turquerie a quelque charme, sans doute, mais peu de consistance. L'auteur a bien des qualités, mais elle n'a pas encore su les exploiter.
Gérard-Georges Lemaire
24-01-2019
 
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Verso n°118

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