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[verso-hebdo]
24-10-2019
La chronique
de Pierre Corcos
L'homme et l'animal : Grandville, Balzac
Comparer les hommes à des animaux... Métaphore ancienne, puissante, tenace dont la fonction est au moins triple : d'abord on peut écrire ou dessiner, sous le masque des animaux, des charges satiriques sur les hommes de son époque en contournant ainsi la censure (La Fontaine, Grandville), ensuite on peut jouer à assimiler certains physiques humains à telle ou telle espèce animale (Grandville, Balzac), et enfin l'on peut associer des caractères humains à des psychologies animales supposées (encore Grandville...).
Les « hybrides » dessinés comme des chimères par Jean Ignace Isidore Gérard, dit Grandville (1803-1847), mixant les humains, les animaux et parfois les plantes, reprenaient sans doute quelques formes de l'iconographie médiévale - qu'un Callot et un Goya renouvelèrent magistralement -, et tournaient la caricature vers une sorte de symbolisme, en animalisant les hommes et/ou en anthropomorphisant, par le costume et les attitudes, les animaux. Ces fantasmagories hommes/animaux peuvent bien entendu évoquer le rêve (et ses condensations), et donc il n'est pas surprenant que les Surréalistes aient, comme l'un de leurs précurseurs, salué Grandville... Mais, écrasant les traits, maladroite avec les couleurs, l'imprimerie d'alors n'a pas rendu service à cet immense et fécond artiste dont la plupart des dessins ont en outre disparu. Et c'est une joie intense, à l'occasion de l'exposition Balzac et Grandville : une fantaisie mordante (jusqu'au 13 janvier à la Maison de Balzac), d'admirer - sans devoir se rendre au Musée lorrain de Nancy - les dessins préparatoires à la plume et les crayonnés du maître. Impressionnantes justesse et minutie du trait ! Et quel talent pour, dans une confusion apparente et invraisemblable, mettre ensemble de si nombreuses figures ! Au point que Baudelaire comparait les illustrations de Grandville à un « appartement où le désordre serait systématiquement organisé », à moins qu'il convienne de percevoir ce désordre comme une surcharge décorative dissimulée...
Durant une quizaine d'années, le dessinateur illustre (Grandville) et le célèbre romancier (Balzac) se sont croisés. Le second écrivit trois articles élogieux sur le premier, qui lui répondit par des caricatures bonhommes... Une amitié naquit, grâce notamment à cette relation étroite et nouvelle entre écriture et image, que le journal La Silhouette porta au plus haut, Henri Monnier - coordonateur des premiers numéros et lui-même homme de lettres et dessinateur - s'exclamant : « Nous avons vu jusqu'à présent fort peu d'hommes de lettres s'adonner à la peinture, et fort peu de peintres s'occuper de littérature ; pourquoi, puisque les études et les observations sont les mêmes, ne pas s'exercer dans les deux genres ? ». Grandville maîtrisait les possibilités critiques, narratives, allégoriques du dessin, et Balzac avait compris en quoi les caricatures pouvaient être subversives. Malheureusement le pouvoir aussi l'avait bien compris et, après quelques fertiles années de libertés d'expression, les lois de censure de 1835 muselèrent les caricatures politiques (cf. Verso Hebdo du 18-10-2018), et obligèrent Grandville à se reconvertir dans l'illustration.
Quelle actualité, encore et toujours, que ce funeste acharnement contre les caricatures politiques ! Sauf qu'on aimerait bien un Balzac d'aujourd'hui prendre fait et cause pour les dessinateurs de presse, condamnés un peu partout dans le monde à l'exclusion, ou à la misère, ou à la mort... Voici un extrait éloquent du premier article que Balzac consacra au « délicieux album de M. Grandville » (sic), « Voyage pour l'éternité » : « Nous en avons faiblement traduit la spirituelle moralité, les tableaux comiques. De la profondeur philosophique et de la caricature, voilà ce qu'on ne fait qu'en France et qu'à Paris. Grandville avait donné de la bêtise aux hommes, de l'esprit aux animaux, il vient de donner de la gaieté à la Mort ». Balzac, Grandville : ces deux talents se rencontrent, se côtoient et s'apprécient dans les salles de rédaction. Les deux hommes sont férus de journalisme, d'imprimerie, de nouvelles formes d'expression, écrites et dessinées. L'exposition nous donne à voir cette tonique convergence, à laquelle, peu à peu, des divergences politiques (Balzac est royaliste, Grandville républicain), mirent fin malheureusement.
Contraint donc de se reconvertir dans l'illustration, Grandville participa à deux grandes entreprises éditoriales (Les Français peints par eux-mêmes et Scènes de la vie privée et publique des animaux), qui réunissaient les textes d'écrivains connus, Balzac en restant le principal contributeur. Dans le second ouvrage, illustré seulement par Grandville, une satire aiguisée de l'actualité, de la vie parisienne se dissimule sous le prétexte d'une critique des... « nations animales ». Par ailleurs, la série des Métamorphoses du jour, qui fit le succès de Grandville, associait instincts, caractères et comportements des animaux avec une profession ou un état. Ainsi : courtisan = reptile, médecin = sangsue, prostituée = chouette (oiseau de nuit), etc. Quant à Balzac, qui montrait génialement dans La Comédie humaine les pouvoirs délétères, immoraux de l'argent sur toute la société, les individus cupides étaient, sous sa plume, métamorphosés en chiens, en rats, en requins et en vautours...
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
24-10-2019
 
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Verso n°121

L'artiste du mois : Catherine Viollet

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