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[verso-hebdo]
13-06-2019
La chronique
de Pierre Corcos
Points de vue
Il n'y a que des points de vue. Or tout point de vue est limitation de la vérité. Si en plus le point de vue est cadré (tout comme le concept définit une classe d'objets), et inscrit dans une temporalité précise, alors comment appréhender le réel global ? Problématique de philosophe. De photographe également... On est en droit d'effectuer ces rapprochements après avoir vu les expositions The moment in space sur Barbara Probst (jusqu'au 25 août au lieu parisien appelé Le Bal) et Tout ce qui parade à propos de Sylvain Gripoix (jusqu'au 31 août au Pavillon Carré de Baudoin). Photographie et représentation du réel, vaste programme.

« Les récits du même événement par différents témoins peuvent être étonnamment discordants. Comment définir, en vérité, la « réalité d'un événement » ? Pour moi, la photographie est le meilleur outil pour appréhender cette question, précisément en raison de son lien avec cette réalité », dit Barbara Probst, une photographe allemande qui cherche moins à construire une quelconque vérité, en multipliant les points de vue, qu'à introduire le doute quant au fait représenté. Sa technique : un système relie plusieurs appareils photographiques braqués sur une scène donnée, mais les appareils sont installés à des distances et des angles différents, l'artiste les déclenchant tous en même temps. « Cet instant démultiplié en plusieurs vues constituent une exposure, une constellation de perspectives qui induit des lectures plurielles, parfois contradictoires de l'image », précisent Frédéric Paul et Diane Dufour, commissaires de l'exposition. De fait, ces grands formats en couleurs, devenus séries par définition (de 2 ou 4 ou 6 ou 12) perturbent le spectateur qui ne voit pas du tout la même chose... d'une même chose pourtant ! Quand le 7 janvier 2000 à 22h37, sur la terrasse d'un building de la 8ème avenue à New York, douze appareils de photo synchronisés, très différemment disposés, saisissent au même moment un saut effectué par l'artiste, ce qui a lieu n'est pas seulement une création inaugurale et originale, celle de l'oeuvre Exposure #1, mais encore une entreprise de déconstruction de l'image, du narratif (à la manière d'un Jean-Luc Godard ou alors d'un Alain Robbe-Grillet, auxquels Probst se réfère), du genre (portrait, scène, paysage, etc), enfin de la « vérité » des représentations. L'idée que ces « Exposures » (elle en a produit plus de 150 en vingt ans) continuent finalement la méthode du cubisme - plusieurs aspects d'un même sujet, fragmenté, inscrits dans une même oeuvre - ou bien qu'elles se résumeraient à des puzzles insolites n'épuise pas la démarche, autrement plasticienne, de Barbara Probst. En effet, ayant commencé par la sculpture à l'Académie des beaux-arts de Munich, l'artiste transpose la tridimensionnalité de cet art dans la planéité photographique, en révélant les faces multiples des personnages, objets photographiés. Donc une démarche conceptuelle et plasticienne, dont la remarquable Exposure # 9, réalisée le 12/8/01 à New York, à la Grand Central Station, par les surprenants écarts de sens et formels produits par ses six occurrences, nous convainc de la pertinence... Varier les points de vue : jeu photographique, et attitude sceptique et critique. Comme le perspectivisme nietzschéen ?

Si la lecture par Jean Granier de la philosophie de Nietzsche comme pluralité ouverte des points de vue reste une introduction théorique pertinente au travail de Barbara Probst, convoquer Héraclite, comme le fait Guy Darol, pour présenter l'exposition photographique de Sylvain Gripoix peut-il se justifier ? Oui, si l'on excepte les Portraits Jazz (opérant dans le registre de la mise en scène fantaisiste), les clichés de concert (assez conventionnels) et ce reportage de novembre/décembre 2016 sur Cuba. En effet par ailleurs, aussi bien ses photos de Paris, ou celles prises en particulier rue de Rivoli, et surtout celles de la série intitulée Safari (parcourir en bus la ville, photographier la rue, les gens, à travers la vitre) reprendraient à merveille le « panta rheï » (« tout s'écoule ») héraclitéen. D'une part le point de vue est mobile (le bus se déplace), et d'autre part ces gens n'arrêtent pas de circuler. Plusieurs années durant, Sylvain Gripoix expérimente cette pratique, sillonnant la capitale dans toutes les directions. Avec ce genre de « street photography » (on pense tout de suite à Garry Winogrand), il n'y a pas de critère stable de choix, la quantité vaut pour qualité. La polysémie triomphe, et chacun peut y trouver son compte... Par exemple, le philosophe héraclitéen se réjouira de cette « onde variée et polychrome » (Guy Darol), le sociologue et l'historien des temps futurs y trouveront une image du quotidien de notre temps, l'humoriste s'attardera sur telle attitude grotesque et telle grimace involontaire. Bien entendu, le point de vue mobile (celui de Probst est multiple, rappelons-le, mais fixe) permet beaucoup moins de contrôler ce qui est pris dans la nasse photographique. Et par conséquent, si l'on peut déplorer un certain nombre de photos contingentes, banales, insignifiantes dans cette pêche régulière, on pourra découvrir quelques spécimens inattendus et bizarres, que ce disciple de Dada qu'est Sylvain Gripoix se fait une joie de collectionner. Le point de vue héraclitéen du flux nous invite bien sûr à une autre relativisme que celui de Barbara Probst.
Et que ces deux relativismes procèdent d'une pratique artistique, la photographie, qui pourrait tendre à absolutiser ce qu'elle fixe, ne manque pas de saveur...
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
13-06-2019
 
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Verso n°118

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