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[verso-hebdo]
20-06-2019
La chronique
de Pierre Corcos
Méditation romantique
Il serait méprisant de ne pas répondre à une question naïve peut-être mais tout à fait audible : quelle différence entre l'art vidéo et le cinéma ?... En aucune manière, l'art vidéo ne vise au divertissement (pas plus qu'un certain cinéma expérimental d'ailleurs) et, dans ses oeuvres marquées souvent par une analyse réflexive sur les techniques, les structures, l'esthétique propres à la vidéo, l'on trouve bien moins de fictions que de recherches communes avec l'art contemporain. À la différence du cinéma, et de la télévision d'ailleurs, l'art vidéo est un art d'exposition et non de diffusion. On le trouve donc dans les galeries, les musées, et en général sous la forme d'installations dans lesquelles les images peuvent être simultanément regardées. La déconstruction opérée par cet art et même simplement la « défamiliarisation » qu'il induit d'avec les innombrables images issues du cinéma et/ou de la télévision nous affranchissent des stéréotypes, de la narration linéaire et du didactisme. Certains vidéastes tirent cet art vers des effets de contemplation quasi extatiques.

Né en 1952 en Corse, le vidéaste Ange Leccia fait largeme'nt partie de cette catégorie. Sa vidéo la plus connue, La Mer (1991), suscite toujours la fascination. Elle montre la mer se répandant en écume sur le rivage, les vagues moussant l'une sur l'autre, mais filmées de telle façon que ce flux et ce reflux se manifestent dans la verticalité, comme voulant conquérir le ciel. Dans le même état d'esprit, on pourra contempler la vidéo intitulée Fumées (1995), filmant avec constance les fumées s'échappant de la cheminée d'une usine de sucre à la Réunion... Présent dans les collections de musées internationaux comme le Guggenheim de New York, le City Art Museum d'Hiroshima, visible aussi bien à la Documenta de Kassel qu'à la Biennale de Venise, l'art vidéo d'Ange Leccia tend souvent vers des structures en boucle, entre représentation et abstraction, extériorité et intériorité, invitant le regardeur à un état de méditation dans lequel la coupure, l'opposition sujet/objet peu à peu s'estompent...
Pour Jumièges et dans son logis abbatial, Ange Leccia a réalisé six installations vidéo. L'exposition, intitulée Ravir la force mais toujours aimer, est visible jusqu'au 31 octobre dans cette magnifique abbaye (située entre Rouen et Le Havre, dans l'une des boucles de la Seine) qui inspira tant les romantiques... Chaque installation consiste en un panneau rectangulaire composé de six vidéos, d'un format presque carré, représentant la mer et/ou le ciel filmés à des heures différentes. Des lumières et couleurs variées, d'un rouge sang à un gris de cendres, irradient sur ces paysages célestes et maritimes. Les mouvements, rapides ou lents, des nuages (stratus, nimbus, etc.) vont de gauche à droite ou l'inverse, donnant lieu à une composition cinématique. Dans chaque installation, la vidéo qui se trouve en bas et à droite a cette particularité importante de recéler un visage adolescent, féminin, et d'une teinte jaune orange, en une surimpression d'intensité variable. Cette adolescente donne l'impression de rêver sur ce fond ciel/mer. Toutes les installations sont sonorisées (réalisation du sound designer Perez) avec une intensité variable, en écho avec la fluctuante surimpression du visage juvénile. Et la bande son est constituée de « tubes », majoritairement des années 70, avec des musiciens comme Neil Young, Procol Harum, The Bee Gees, Christophe, The Beatles, etc. Références musicales à une époque révolue. Chaque boucle musicale dure douze minutes, sans doute le temps idéal d'exposition du visiteur à ces installations vidéo sonores.
Nous nous trouvons ainsi confrontés à trois temporalités différentes, au moins : le temps d'une vie humaine, tragiquement court, symbolisé par ces musiques du passé, par ce printemps unique de la jeunesse qui ne reviendra plus. C'est « l'irréversible et la nostalgie », pour reprendre le titre d'un bel ouvrage du philosophe Jankélévitch. Et puis le temps céleste, entre l'événement et l'éternel : des formes nébuleuses changeantes sur un fond d'éternité. Enfin l'éternité de la mer, dont les reflets, les miroitements variés semblent inessentiels par rapport à son ampleur, sa densité, sa permanence (cette fois on se rappelle le titre d'un roman méditatif de Max Gallo : « Que sont les siècles pour la mer ? »).
Peut-être le visage adolescent évoquerait-il la figure de l'artiste - mais aussi chacun d'entre nous quand il se prend à rêver d'absolu - pris entre son existence historique, temporelle et un appel poétique vers l'Être, en tant qu'éternel et infini... On ne peut manquer également de trouver des ressemblances (voulues par Ange Leccia) avec les statues de visage couché, présentes dans les salles où se trouvent les installations vidéo sonores. Alors le temps de l'Histoire, celui de la nature et l'Éternel, l'hors-du-temps (l'AE-ternus) cosmique se mêlent, se compénètrent dans l'esprit du visiteur/spectateur. Mais sans la moindre grandiloquence : le choix des musiques ne le permet pas.
Les ruines de Jumièges attendaient sans aucun doute cette méditation romantique, empreinte de nostalgie et d'un appel vers le large, que le vidéaste Ange Leccia, avec l'apparente simplicité des oeuvres authentiques, lui a offert.
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
20-06-2019
 
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Verso n°118

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