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[verso-hebdo]
12-09-2019
La chronique
de Pierre Corcos
Arles, jubilé photographique
Pour son cinquantième anniversaire cinquante expositions... C'était couru d'avance, et le plus vieux festival de photo du monde, Les Rencontres de la Photographie d'Arles, qui s'achève dans une dizaine de jours cette année, ne pourrait pas décevoir ses fondateurs, hélas tous disparus : Lucien Clergue, Michel Tournier et Jean-Maurice Rouquette. Une émouvante et sympathique plongée dans la collection et dans l'histoire (expo + livre) des Rencontres est, à cette occasion, proposée au public : un « jubilé jubilatoire » (sic)... En même temps, son directeur actuel, Sam Stourdzé, n'ignore pas que rien n'est jamais gagné : il y a toujours cet équilibre délicat à trouver entre les différents types de photographies (en tenant compte des autres festivals de photographie, plus spécialisés), les aires culturelles représentées, l'ancien incontournable et le pléthorique actuel, les tendances qui se font jour (et dont certaines ne sont peut-être que des feux de paille), la photographie populaire et expérimentale. En plus, il faut rester un carrefour international de la photo et s'enraciner dans la ville. Et justement, Les Rencontres d'Arles présidèrent en 1982 à la création de l'ENSP, École nationale supérieure de la photographie d'Arles. Aujourd'hui déplacée, agrandie, rénovée, c'est un long bâtiment plat en béton de 4000 m2, signé de l'architecte Marc Barani, et qui contraste avec la tour étincelante, métallique et torsadée de Frank Gehry pour la Fondation Luma. La pédagogie - par l'école bien sûr, mais aussi les stages, ateliers, conférences, visites guidées - reste l'une des meilleures façons de s'implanter dans la ville, et de parier sur l'avenir du festival et de la photographie. Signe positif : la fréquentation du festival est en hausse cette année...

Sans réduire évidemment la photographie à seulement témoigner de l'état du monde, ce qui la confinerait au photoreportage, ce rôle demeure important, et l'on ne peut qu'être admiratif devant le travail de Philippe Chancel (« Datazone »), qui rend compte de l'état inquiétant de notre planète en ses zones sensibles : même les réalisations impressionnantes de notre technologie témoignent de l'« hybris » d'un monde devenu inhumain, mégalomane (voir également à ce propos « Eldorado » de Christian Lutz sur ce qu'est, entre autres, devenu Macao). Très originale est cette entrée dans l'histoire politique anglaise, de 1970 à 2018, par le biais du « home » britannique et à travers le regard de 34 photographes : le thatchérisme y trouve par exemple une illustration percutante... Inattendue aussi la manière dont Émeric Lhuisset (« Quand les nuages parleront ») évoque l'oppression subie par les Kurdes, sans jamais la montrer ! Au niveau de la photographie historique et d'archives, ce reportage sur la zone (« Aux portes de Paris ») rappelle avec force l'écrasante pauvreté, les bidonvilles comme un refoulé de la Ville-lumière. Si l'on ajoute ce reportage accablant sur les murs du pouvoir (« Barrières bâties par l'homme à travers l'Europe »), l'effet d'ensemble de toutes ces photographies n'est pas des plus optimistes. Et il faut bien tous ces artistes délurés de la Movida (« Chronique d'une agitation 1978-1988 »), ou ces verdoyantes photographies de Mario del Curto (« Humanité végétale, le jardin déployé »), ou bien les fascinants clichés scientifiques de Marina Gadonneix (« Phénomènes »), ou encore cette évocation roborative par Éric Bonnier de la merveilleuse figure de Van Der Hoff Boersma (le commerce équitable, c'est lui...), ou enfin la « street photography » animée, burlesque, voire surréaliste d'Helen Levitt (« Observatrice des rues new-yorkaises ») pour se redonner un petit peu le moral. Cependant, le mythe (Randa Mirza et « El Zohra n'est pas née en un jour »), la dimension onirique du monde (Evangelia Kranioti et son admirable suite « Les vivants, les morts et ceux qui sont en mer »), la gentillesse de la photographie amateure (« The House »), l'humour involontaire de cette « saga des inventions », la tendresse d'un Tom Wood (« Mères, filles, soeurs ») ou d'un Kurt Tong (« Glace et jade, le rituel du peigne ») aident également à contrebalancer les rudes effets d'une photographie d'alerte sur un monde en perdition.

Impossible de tout citer bien entendu (il faudrait évidemment parler de cet apport d'une photographie féministe ou de la photographie architecturale ou des Voies Off, etc.), mais certains photographes découverts que le festival a mis en valeur, et souvent repris d'ailleurs par les médias « main stream », ne sont pas forcément ceux que l'amateur ou le professionnel auraient retenus. Ainsi pour signifier en creux l'ennui oppressif et paranoïaque du totalitarisme stalinien, il pourra préférer la qualité, la sobriété de la photographie est-allemande (1980-1989) à celle de la Tchèque Libuse Jarcovjàvkovà, plus narcissique ou autofictionnelle. Et, si l'on ne met pas en doute la créativité et les ressources multiples de Mohamed Bourouissa, l'effet d'ensemble brouillon et distendu de cette immense exposition nuit à la prégnance de son projet initial. On n'est pas forcément convaincu par les « Painted ladies » de Valérie Belin : que sort-il de probant de ce mixage photographie/peinture ?... On ne terminera pas sur ces notes de réserve sceptique, mais sur la pleine adhésion à la Photo/Brut (comme on parle d'Art Brut), car ces 45 auteurs et 300 photographies de la « Collection Bruno Decharme & Compagnie » nous parlent peut-être, sur un mode monomaniaque, délirant et outrancier, des pulsions secrètes et inavouées de l'acte photographique... C'est une étonnante découverte, et ce genre de folie-là, opiniâtre et solitaire, semble répondre puissamment à l'autre démence, laxiste, mortifère et collective.
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
12-09-2019
 
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Verso n°118

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