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[verso-hebdo]
10-10-2019
La chronique
de Pierre Corcos
Néo-Pop bariolé ou
crypto-pub mystifiante ?
On imagine bien cette échange animé entre deux visiteurs dans un bistrot du quartier Saint-Paul à Paris, à la sortie de la Maison Européenne de la Photographie, et après avoir vu la très grande exposition consacrée aux photographies de Hassan Hajjaj (jusqu'au 17 novembre), et occupant les niveaux 2 et 3 de la MEP...
Le premier : - Ce mélange d'influences entre les traditions maghrébines et la fantaisie londonienne, cette façon de jouer dans la bonne humeur avec les icônes de l'Odalisque ou de la tradition orientaliste, ce néo-Pop décomplexé et multicolore qui revisite le Maroc et fait poser les Marocaines dans de jolis décors, c'est tout à fait tonique et charmant !
Le second : - J'ai surtout eu l'impression désagréable d'une opération publicitaire commanditée par l'Office du tourisme marocain à un photographe anglo-marocain ! Venez tous au Maroc : c'est merveilleux, les femmes s'y éclatent et la religion y est « fun ». On vous présente des photos bigarrées, mais aussi des meubles, bonnets, chaussettes, vêtements... À cette occasion, la MEP est d'ailleurs rebaptisée « Maison Marocaine de la Photographie » !

Il est probable que les deux visiteurs ne s'entendront pas, même si le premier sera soutenu par celles et ceux qui adorent la photographie de mode, la fantaisie publicitaire et les avatars multiples du Pop art... À défaut de les mettre d'accord, tentons le plus possible d'être factuel sur cette exposition de photos, qui peut poser problème à la critique (cf. par exemple l'article assassin « Hassan Hajjaj, l'Arabe de service à la MEP » in Le Monde du 29/9).
D'abord Hassan Hajjaj n'est pas que photographe : Marocain ayant émigré à l'âge de 7 ans à Londres et acquis la double nationalité, il s'est d'abord passionné pour la mode et a même créé sa marque de vêtements, « Real Artistic People », puis il est devenu photographe de mode. Enfin, inspiré par le hip-hop, un certain kitsch, Andy Warhol, mais aussi par le photographe festif malien Malick Sidibé (cf. Verso Hebdo du 25-1-2018), il est revenu au Maroc prendre des photos avec cette envie, tout à fait compréhensible, de faire de son pays d'origine autre chose et mieux qu'un vague décor touristique pour les photographies de mode européennes (y est-il parvenu ? N'a-t-il pas remplacé le décor stéréotypé, édulcoré par des fonds bariolés tout aussi artificiels ?). Ensuite, Hassan Hajjaj a été invité par le britannique Simon Baker, nouveau directeur de la MEP ; et il faut sans doute lire dans cette promotion marquée d'un photographe de mode et à la mode (des vedettes du showbiz se firent photographier par Hajjaj, il est entré dans les collections du Victoria and Albert à Londres, du Guggenheim à Abu Dabi...), une volonté réitérée de « diversifier les publics » venant à la MEP ; et, en ce sens-là, le pari est tenu. Enfin, cette rétrospective de 300 tirages, très majoritairement en couleurs clinquantes et criardes, présente incontestablement une vision positive, fantaisiste et très occidentalisée du Maroc. Mais qu'est-ce à dire concrètement ?...
On voit ici un très grand nombre de photographies rutilantes de Marocaines toutes voilées (seuls les yeux sont visibles, quand ils ne sont pas couverts de lunettes de soleil), en tenues traditionnelles chamarrées, du hijab aux babouches, et dans des attitudes obéissant à l'esthétique glamour de la photographie de mode. Elles enfourchent parfois des motos... On voit également des hommes en tarbouche et djellaba, aussi peinturlurés que des clowns, pris en légère contre-plongée, dans des attitudes euphoriques. Le « Andy Warhol de Marrakech », comme certains médias le surnomment, est loin d'avoir l'insolence du pape de la Pop. Il n'a pas la sobre technicité de Malick Sidibé, auquel on le compare également. Cette débauche de couleurs, de motifs (pois, logos) décoratifs crée paradoxalement une sensation de « grisaille » par annulation des extrêmes et ressassement. Au niveau strictement formel, rien de nouveau sous le soleil (marocain). C'est dans les contenus, les intentions, que le bât peut blesser...
Quand Hajjaj dit : « J'aimerais montrer au public du monde entier ce que je vois dans le Maroc et chez les Marocains », quand les « Handprints » sont présentés comme « tranches de vies quotidiennes  (...) dans un style documentaire » (sic), alors là on ne prend plus tous ces clichés pour juste de la photographie de mode un peu fantasque ou bien une sorte de publicité excentrique. On pressent de la mystification, voire une forme de manipulation. Et l'on ne peut s'empêcher de confronter illico cette vision euphorique de la religion en si bons termes apparents avec le féminin au Maroc et, par exemple, la toute récente tribune - rédigée par la romancière Leïla Slimani et la réalisatrice Sonia Terrab et signée par 470 Marocain(e)s - demandant avec force l'évolution de la législation de leur pays en matière de sexualité; avec aussi l'éviction en 2018 de la théologienne marocaine Asma Lamrabet, directrice du centre d'études féminines qu'elle dirigeait depuis 2011, en raison de ses positions sur l'égalité entre hommes et femmes...

Et quelle serait, de surcroît, cette représentation photographique lisse, sucrée, consensuelle, publicitaire du Maroc, dénuée de tout questionnement social, culturel ou politique ? Please, Hassan Hajjaj, assumez comme telles vos fantasmagories sur un Maroc irréel à l'excentricité londonienne, et sur des Marocaines branchées qui seraient à la fois traditionnelles et Pop ! Ni le Néo-Pop, ni la photographie publicitaire ou touristique n'ont jamais prétendu être... « documentaires », voyons !
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
10-10-2019
 
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Verso n°118

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