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[verso-hebdo]
21-11-2019
La chronique
de Pierre Corcos
Une tragédie grecque, et plus...
La vérité ne peut pas être toute entière d'un même côté, comme disait le vieux Socrate. Par la corruption, le clientélisme, des cadeaux fiscaux aux plus riches, les dépenses militaires excessives, une économie souterraine très développée, et enfin les comptes peu... orthodoxes de l'Église grecque, les gouvernements helléniques avaient certes abusé de la dette d'État jusqu'en 2015, avec - ne l'oublions tout de même pas - la complicité de la banque américaine Goldman Sachs qui les aidait à maquiller leurs comptes publics ( !) depuis 2001, et surtout un laxisme pervers de l'Allemagne, de l'Europe sur la dépense des Grecs, laxisme préparant en catimini un retour de bâton créancier brutal, se muant vite en pillage organisé de la nation, de ses ports et aéroports, de ses biens, etc. Technique éprouvée, classique, immorale des créanciers qui, benoîtement, incitent les emprunteurs à la dépense, pour mieux ensuite les dépouiller de leurs biens, évidemment à bas prix, lorsqu'ils ne sont plus solvables. La crise des « subprimes » nous a fourni un bel exemple de ces méthodes prédatrices.
Sur le traitement inefficace, rigide et au final inhumain des institutions européennes et de la « troïka » (les experts de la Commission européenne, la BCE et le FMI) réservé au peuple grec et à son gouvernement de gauche (Tsipras, Varoufákis), le cinéaste Costa-Gavras a réussi, avec Adults in the room, une sorte de « thriller politique » haletant, à la fois documentaire, éthique et pédagogique. À 86 ans, toujours alerte, Costa-Gavras est revenu en Grèce - où il n'avait pas tourné depuis son départ, il y a soixante ans - pour réaliser ce vigoureux film d'impuissante colère. Bien entendu, il aurait pu jouer la carte du mélodrame, et avec un certain nombre d'atouts : en Grèce, à la suite de cette grossière et violente cure d'austérité forcée, le nombre des suicides augmenta de 40%, la prostitution avait explosé, certains soins ne pouvaient plus être assurés, une émigration massive se développa et les faillites se multiplièrent. Tout un peuple sombrait dans le désespoir, la misère et le ressentiment... Mais en bon grec cultivé, Costa-Gavras a traité cette crise historique non pas sur le mode mélodramatique mais comme une tragédie antique. De fait, le spectateur trouve vite le héros (Yánis Varoufákis), l'anankè (l'écrasante « fatalité » de l'ordre technocapitaliste) et même le choeur (les médias et leur amplification scandée). La trame et la matière de cette tragédie sont généreusement fournies par le livre de Varoufákis, Conversations entre adultes - Dans les coulisses secrètes de l'Europe. Un compte-rendu, des notes et, mieux encore, des enregistrements discrètement effectués par l'ancien Ministre des Finances du gouvernement Tsipras... Dès lors le spectateur sait que certains mots, qui vont le choquer dans le film, ont été vraiment prononcés. Ce qui donne encore plus d'efficacité à cette attaque frontale contre une technocratie européenne arrogante, dictatoriale, au service des banques. En outre Adults in the room pose avec amertume la question d'une véritable démocratie européenne au pays même... qui l'a vue naître. Qu'en est-il de la démocratie, broyée par une technocratie au service d'une oligarchie ? Qu'en est-il dans ce carcan de la souveraineté d'une nation ? Ces questions graves et de fond, en filigrane dans le film, restent actuelles. Mais, pour éviter la lourdeur du film à thèse et celle de confrontations très techniques, outre la théâtralisation des événements, Costa-Gavras a diversifié ses cadrages, fait d'amples travellings dans différentes capitales européennes, chargé Alexandre Desplats de composer une bande originale aux ironiques accents de sirtaki, et confié à l'attachant Christos Loulis le soin d'incarner Varoufákis. Enfin, la vivacité rythmique d'Adults in the room évite au spectateur de s'appesantir sur toutes les arcanes institutionnelles de la CEE. La tragédie prégnante reste cet écrasement politique délibéré d'un gouvernement de gauche et d'un peuple (qui s'est pourtant exprimé dans le référendum du 5 juillet 2015), écrasement décidé sans aucun état d'âme dans le huis clos feutré de cabinets politiques. Par ailleurs, la cruauté, l'inhumanité potentielles de la créance peuvent solliciter la mémoire théâtrale du célèbre Marchand de Venise de William Shakespeare, bien moins oeuvre antisémite qu'archétypale sur l'usure.
Enfin, comment ne pas réfléchir, après le film de Costa-Gavras, aux stratégies de long terme (elles impactent nos politiques les plus actuelles) derrière cette récente crise grecque ? Car, n'en doutons pas, le gouvernement allemand et la plupart des autres gouvernements de la zone euro ont eu, et ont toujours, besoin du joug de la dette pour imposer l'application accélérée de leur modèle néolibéral. Ils n'aspiraient évidemment qu'à faire échouer le projet de Syriza pour démontrer aux autres peuples européens qu'il est illusoire et vain d'élire des partis de gauche prétendant rompre avec l'austérité et ce modèle néolibéral. La purge drastique, naguère réservée aux Grecs, nous est-elle si étrangère ? Car il s'agit bien, partout en Europe, de privatiser, baisser les salaires, retraites, allocations sociales, réduire le droit de grève, précariser les contrats et réduire les dépenses sociales. Et c'est ce qu'on voit clairement dans le film de Costa-Gavras, passant ainsi de l'histoire contemporaine au thriller politique puis à la tragédie grecque, et enfin à... l'actualité.
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
21-11-2019
 
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Verso n°118

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