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[verso-hebdo]
16-01-2020
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Joris-Karl Huysmans, de Degas à Grünewald, Musée d'Orsay / Gallimard / musées de la ville de Strasbourg, 228 p., 35 euro.

Jusqu'à présent, les musées français n'ont guère honoré que Denis Diderot, véritable fondateur du genre de la critique. Il y a bien eu de petits événements pour célébrer d'autres critiques, mais assez curieusement deux expositions célèbrent des critiques de la fin du XIXe siècle, Félix Fénéon au musée de l'Orangerie et Joris-Karl Huysmans (1848-1907) au musée d'Orsay. Ce dernier a commencé sa carrière d'écrivain en publiant en 1884 un roman intitulé A rebours. C'est une sorte de manifeste qui est une sorte de manifeste du décadentisme. C'est l'antithèse de son premier roman, Marthe, fiction naturaliste qui lui permet de nouer une solide amitié avec Emile Zola l'année suivante.
En 1979, il fait paraître, dans la même veine, Les Soeurs Vatard. En ménage sort de presse l'année suivante et A vau-l'eau en 1882, qui traduit une vision très pessimiste de la vie moderne. D'une certaine manière, il s'éloigne du naturalisme déjà à ce point car il porte un jugement de valeur très négatif sur le monde qu'il dépeint. Après tous ces ouvrages écrits dans une optique que Zola a lui-même salué, la rédaction d'A rebours marque une rupture sans appel avec ce courant de pensée : Huysmans imagine un personnage hors du commun, Jean des Esseintes, qui s'est éloigné de toute vie mondaine pour cultiver dans une solitude absolue une culture toute décadente et des goûts qui vont a contrario de ceux de son temps.
Il érige en principe l'arbitraire du goût et des valeurs qu'il puise dans la poésie de Charles Baudelaire, dans les ouvrages d'Edgar Allan Poe, ou encore dans la poésie de Stéphane Mallarmé. Notre héros est aussi collectionneur de peinture et il porte aux nues Odilon Redon, Félicien Rops et Gustave Moreau. Il faut savoir que Huysmans a commencé par s'intéresser à l'antique tradition flamande, son père néerlandais étant lithographe et lui ayant inculqué les rudiments de cette esthétique. De plus, Cornelis Huysmans, peintre anversois du XVIIe siècle était l'un de ses ancêtres. A partir de 1876, il collabore à différents journaux et y publie des Salons et des critiques d'artistes contemporains. Il s'enthousiasme pour Edouard Manet et surtout pour sa Nana, et admire Monet, Degas, Caillebotte, Pissarro, Cézanne, Gauguin, Seurat, Jean-Louis Forain, qui fera son portrait. Il s'avère aussi l'ennemi juré de l'académisme sous toutes ses formes. Il tire de cette expérience deux livres : L'Art moderne en 1883 et Certains en 1889, qui sont admirés par Monet (ce qui n'avait pas été le cas pour L'OEuvre de Zola !) et par Mallarmé. En somme, à l'inverse de des Esseintes, il embrasse son époque à bras le corps, dans ce qu'elle a de plus novatrice et de plus moderne.
Mais cette modernité est souvent bien loin du naturalisme. Mais elle recèle une poésie qui ne saurait le rendre insensible. Si les impressionnistes ont beaucoup parcouru les champs et les campagnes sous tous les climats, ils ont été aussi les chantres de la vie urbaine. Cette contradiction apparente n'est pas pour lui déplaire. Sa conversion au catholicisme, qui s'est traduite par un roman baptisé En route (1895), qui sera suivi par plusieurs autres, dont La Cathédrale. Ce converti qui va jusqu'à se retirer à plusieurs reprises dans des monastères pour finalement s'installer à Ligugé, près de l'abbaye bénédictine de Saint-Martin et où il partage la vie monastique jusqu'en 1901,au moment où la congrégation a été dispersée. Sa conversion l'a poussé à étudier l'art religieux, comme celui de Fra Angelico et des maîtres flamands de la Renaissance. Il publie en 1905, Trois primitifs où il fait l'éloge, entre autres, de Matthias Grünewald. Aussi curieux que cela puisse paraître, malgré un parcours littéraire pour le moins singuliers, Huysmans est demeuré un amoureux des arts et n'a jamais renié ses choix ni ceux exprimés dans A rebours ni ceux avancés avec force dans ses articles. Bien sûr, on aurait souhaité que l'exposition du musée d'Orsay soit plus vaste. Mais elle permet de faire connaissance avec ce Huysmans critique d'art que bien peu connaissent. Et le catalogue permet au lecteur d'approfondir la connaissance de cet homme qui nous semble bien difficile à cerner et qui a joué un rôle non négligeable dans la découverte d'un art nouveau dont il a su très tôt reconnaître la valeur et la beauté et restituer le sens et la profondeur par les mots.




La Réponse à Lord Chandos, Pascal Quignard, Galilée, 88 p., 14 euro.

Pascal Quignard a composé un univers littéraire assez unique puisqu'il échappe aux genres (il a échoué chaque fois qu'il a tenté d'écrire un roman et a produit que de rares essais dignes de ce nom, même si ses réflexions sur l'art, la musique et l'art de l'écriture sont remarquables). Il est impossible de définir un livre de cet auteur et je me garderai bien de faire le moindre commentaire à ce sujet. Il a imaginé un autre espace littéraire, très libre, qui n'est pas limité par des règles, mais plutôt organisé selon des engouements pour tel ou tel fait culturel : la mythologie classique, l'histoire de la musique classique (surtout barrique), des événements ou des figures de la littérature.
Dans La Réponse de Lord Chandos (le titre dévoile déjà dans quelle sphère nous allons être projetés). Tout commence pour lui à Bruxelles, non loin de l'église Sainte-Gudule, en 1842, quand Emily Brontë est venue en Belgique avec sa soeur Charlotte pour étudier dans le pensionnat de M. Constantin Héger après ses nombreux échecs scolaires. On l'y découvre en train de jouer du clavecin (c'est vrai qu'elle est devenue alors une pianiste très douée). Puis on se retrouve en compagnie de Hugo von Hofmannsthal alors qu'il est victime d'une forte dépression en 1899. Quignard nous déclare que sa Lettre à Lord Chandos, écrite trois ans plus tard, a été son « Haendel ». Comme Hofmannsthal situe son histoire au début du XVIIe siècle, il imagine une réponse de la main de Francis Bacon à Lord Chandos. Cette lettre est d'abord une longue suite de prévenances et d'excuses pour le retard apporté à cette réponse et aussi pour anticiper avec délicatesse en en quoi il ne s'accorde pas avec ses réactions et assertions. Le noeud du problème est « l'illusion du silence qui précéderait toute manifestation du langage. Bacon réfute cette conviction d'une longue période de mutisme avec la naissance et les premières années de l'enfance. Ulysse n'est silencieux quand au récit de ses exploits que pour se cacher.
A son avis, le silence est rhétorique et épouse la naissance du langage. Bacon s'est engagé dans une longue digression sur cette question et fait l'éloge du cri, trop souvent réprimé. Il est persuadé que les mots résistent à ceux qui parlent, mais pas à ceux qui écrivent. Mais cette langue n'est pas primordiale : elle n'est qu'une transition. En réalité, l'être est déchiré entre le silence et la parole et c'est là sa vérité. Il poursuit son investigation en passant par La Rochefoucauld qui note qu'il y a au fond di fond un chagrin (et il souligne l'origine du mot qui nous est venu de Bourgogne et qui désigne un type de peau -, terme toujours utilisé en reliure). Car il y a dans ces tréfonds le secret qui nous a fait et qui ne saurait être prononcé. C'est une oeuvre superbe, d'une poésie à la fois rude et douce, qui va jusqu'où l'exercice du langage peut devenir mortifère.




Le roman de Tyll Ulespiègele, Daniel Kehlmann, traduit de l'allemand par Juliette Aubert, Actes Sud, 416 p., 18, 99 euro.

Ce roman s'inspire ouvertement d'un livre très populaire dans les pays du nord de l'Europe. La première version serait Ein kurtzweilig Lesen von Dyl Ulenspiegel, geboren uß dem Land zu Brunßwick, wie er sein leben volbracht hat... publiée de manière anonyme vers 1510 et dont l'auteur serait Hermann Bote. L'histoire se déroule ici au début du XIVe siècle. Il y eut de nombreuses copies, plus ou moins proches, qui sont le plus souvent des refontes de l'histoire. Il faut citer : Les Joyeuses adventures et faicts merveilleux de Thiel Ulespiegle. Avec les cautelles facetieuses et subtiles desquelles il usoit en toutes compagnies là où il se trouvoit. Lyon : A. Olyer, 1613. Histoire joyeuse et récréative de Till l'Espiègle... Nouvelle édition, avec une étude littéraire sur Tiel l'Espiègle, par Pr. van Duyse. - L'Histoire joyeuse et récréative de Till Ulespiegle... Nouvellement revue et traduit du flameng en françois. À Orléans, par Eloy Gibier. Gand : Duquesne, 1858, XXXV-166 p. La Vie joyeuse et récréative de Thiel Ulespiègle qui, par aucune ruse ne se laissa tromper.... Douai : Deregnaucourt, [s. d.]. 48 p. Charles de Coster, belge francophone, en a donné une version flamande dans un livre publié en 1865, qui modifie le contexte : il s'agit de la lutte des Flamands contre les occupants espagnols du XVIe siècle. Kehlmann a choisi une autre période de l'histoire de l'Europe celle de la Guerre de Tente Ans (1616-1648) qui a mêlé étroitement conflits religieux et conflits territoriaux et a touché presque tout le continent à l'exception de la Russie et de l'Angleterre. Daniel Kehlmann a réécrit cette histoire dans une optique toute breughélienne, avec une verve et une faconde digne de ses modèles les plus anciens.
Car si le contexte est des plus tragiques, ses personnages appartiennent à une troupe fantasmatique de comédiens endiablés et délirants, comme si l'existence n'était qu'une grande kermesse. Tout commence par la condamnation à mort du père du héros pour sorcellerie. Il s'enfuit et, en compagnie de son amie Nele, il se retrouve en train d'errer dans une Europe en proie à une crise terrifiante. Mais c'est une Apocalypse joyeuse et bouffe qui nous est décrite, malgré toutes les souffrances et tous les malheurs décrits. Ce qui est frappant dans les aventures de ce Tyll et de tous ceux qu'il croise sur son chemin c'est que l'auteur n'a pas souhaité trop faire de rapprochement direct avec une époque plus proche : la magie, les spectacles de saltimbanques, les croyances, les superstitions, les persécutions religieuses, tous les événements dépeints dans cette grande fresque cocasse et étrange appartiennent à ces temps lointains plus imaginaires que réels. Au fond, ce ne sont pas ces épisodes picaresques et drolatiques qui établissent un quelconque rapport avec le présent, mais plutôt la manière de raconter cette danse de mort, qui jette un pont entre hier et aujourd'hui. C'est une merveille d'invention et de drôlerie, un roman qui n'a pas son pareil à notre époque. Daniel Kelhmann qui, malgré son âge encore jeune (il est né en 1975) s'impose comme l'un des plus grands auteurs actuels de langue allemande.




Peinture-peinture, Pierre Nahon, postface de Lucien d'Azay, Galiléen 264 p., 20 euro.

Pierre Nahon a été de ces marchands qui ont émergé et se sont imposés pendant les années 1980. C'était l'époque d'un nouveau souffle de l'art français dû en partie à l'action de Jack Lang alors ministre de la Culture, avec la création de nouvelles structures capables d'acquérir et d'exposer de nouveaux talents. A cela s'est ajouté l'intérêt pour les nouveaux courants issus des Etats-Unis, comme l'art conceptuel et le Minimal Art, l'apparition de nouvelles revues pouvant véhiculer les oeuvres et les théories de cette période qui semblait pleine de contradictions et aussi pleine d'un dynamisme créatif qui avait déjà débuté la décennie précédente. La galerie Beaucoup a été d'abord la galerie du Nouveau Réalisme et surtout celle qui a rendu Yves Klein si populaire.
Il y eut des artistes contemporains comme Schnabel, Monory, Saytour, Kiefer... La galerie s'est plus attaché à l'histoire moderne qu'à la création nouvelle, mais elle a eu néanmoins son poids dans le contexte français. Puis Pierre et Marianne Nahon ont poursuivi leur activité dans une grande propriété du sud de la France : une page avait été tournée. Ce nouveau livre de Pierre Nahon (il s'est fait mémorialiste sur le tard), est assez singulier car il commence par une histoire de l'art français depuis l'impressionnisme écrite en 1978. Ce petit essai scolaire peut faire sourire aujourd'hui. Mais l'ouvrage se révèle bien plus intéressant par la suite car il a écrit des essais assez pertinents sur le groupe surréaliste, sur le Nouveau Réalisme et enfin sur le Pop Art, où il fait preuve de sagacité et d'originalité. Puis il étudie le cas de figures emblématiques de l'art depuis la dernière guerre comme Dubuffet, Balthus, Warhol, Lichtenstein, Arman et quelques autres encore. Son histoire personnel semble s'arrêter avec Jean-Michel Basquiat et il est vrai qu'il ne parle guère de ce qui s'est passé ces trois dernières décennies. A remarquer un très court chapitre suivant son excursus de 1978 : il parle de la nouveauté et conclut en disant que désormais les collectionneurs ne s'intéresse plus à la création en soi, mais à de grandes manoeuvres financières de puissantes galeries. Ce marchand réputé féroce a-t-il trouvé la voie de la sagesse ? C'est bien possible.




Bela Lugosi, biographie d'une métamorphose, Edgardo Franzosini, traduit de l'igalien par Thierry Giliboeuf, Editions de la Baconnière, 100 p., 14 euro.

Bela Lugosi est demeuré un acteur très célèbre dans l'histoire du cinéma pour avoir incarné des personnages particulièrement monstrueux et emblématique. Toute une légende s'est construire autour de lui. Cette brève et bonne biographie nous restitue ce mystérieux personnage peu commun tel qu'en lui-même. Né sous le nom de Bela Blaskì à Lugos en 1882, il est décédé en Californie en 1956. Il a quitté la Hongrie quand est tombée la République des Soviets en août 1919, aventure politique radicale à laquelle il a pris part. Il s'est d'abord exilé en Allemagne. Là, il tourne dans un certain nombre de films, dont Le Dernier des Mohicans et surtout Der Januskoft de F. W. Murnau en 1919 d'après le roman de Stevenson.. Il tient des rôles très divers et n'a pas encore trouvé son style et son emploi. L'auteur souligne que la même année Boris Karloff tourne dans la version américaine de l'oeuvre de James Fenimore Cooper, qui a paru en 1826.
Après quelques tournages, il se rend à Trieste et s'embarque comme mécanicien dans un navire qui se rend en Amérique du Nord. Il débarque à la Nouvelle Orléans en 1921 et deux ans plus tard, il est à Hollywood. Là, il interprète le rôle principal de l'adaptation du roman de Bram Stocker, Dracula (1887), qui avait eu un grand succès à Londres. Il obtient de nouveau le rôle du comte de Dracula quand l'Universal a décidé de titrer un film de ce roman dont la réalisation est confiée à Tod Browning, originaire de Bohème.
Commence alors pour lui une carrière cinématographique assez riche, marqué à l'enseigne des films noirs, comme Murders in the Rie Morgue d'après E. A. Poe en 1932. Il jouera dans d'autres adaptations des nouvelles de Poe les années suivantes et se verra aussi souvent cantonné aux films d'épouvante. Son interprétation du personnage de Dracula avait frappé les esprits et il avait forgé la silhouette du désormais célèbre vampire de Transylvanie. En 1943, on le retrouve dans The Return of the Vampire réalisé par Lew Landers. Et ce personnage lui colle à la peau à tel point qu'il figurera dans une parodie anglaise et se produira dans ce costume sur la scène de cabaret. Ce petit essai nous fait découvrir Bela Lugosi, connu de tous les cinéphiles, mais dont on ignore tout de l'existence. Ici on le trouve sur la scène et en ville, avec ses malheureux mariages. En 1956, il meurt dans un hôpital et ses dernières paroles ont été : « Je suis le comte Dracula, je suis le roi des vampires, je suis immortel. »  Une curiosité qui mérite le détour.




Le Caravage, fragments d'une vie violente, Jean-Marie Touratier, Galilée, 144 p.

Michelangelo Maria da Caravaggio (1571-1610) a été l'objet de nombreuses affabulations. En premier lieu, on l'a découvert voici quelques années, il n'est pas né à Caravaggio, petite bourgade lombarde mais à Milan (on a découvert son acte de naissance). Il a d'ailleurs été baptisé à la basilique de Saint-Etienne-le-Majeur. A Milan. La peste de 1576 aurait conduit ses parents dans leur cité natale, Caravaggio. Mais il est plus probable qu'ils y soient retournés peu après la naissance de l'enfant. A l'âge de treize, il retourne dans la capitale lombarde et entre dans l'atelier de Simone Peterzano, disciple du Titien. IL étudie chez lui pendant quatre ans. Nous savons qu'il regardait de près les travaux des frères Campi et d'Ambrogio Figino, représentants éminents de l'école lombarde.
Il apprécie aussi le travail de Moroni et de Giovanni Paolo Lomazzo. Il est évident, comme l'a vu Roberto Longhi, qu'il s'inscrit dans la nouvelle tradition de ces artistes du nord. Créateur, il le fut sans le moindre doute, mais en s'inspirant de nombreuses influences d'artistes qui l'ont précédé d'une génération. On en a fait la plus haute expression de la Contre-Réforme, ce qui n'est pas faux, mais il ne faut pas oublié l'action notable de Carlo Borromeo à Milan quand le peintre y vivait. Par ailleurs, il faut comprendre l'évolution de son style : le Garçon avec un panier de fruits, et le Panier de fruits qui se trouve à la Pinacothèque ambrosienne prouvent qu'il voulait trouver ses source dans l'art antique tel qu'on se le représentait alors.
Malheureusement sa biographie est très lacunaire et l'on sait seulement qu'il est à Rome pendant l'été 1592. IL travaille d'abord chez Giuseppe Cesari, devenu chevalier d'Arpin. Il rompt brutalement (on ignore pourquoi) avec celui-ci et on le retrouve ensuite au sein de l'Académie fondé par Frederigo Zuccaro en 1593. Puis le cardinal Del Monte le prend sous sa protection. C'est alors qu'il affirme son « stile nuovo ». On a fait de lui un mauvais garçon et même un meurtrier alors qu'il a malencontreusement blessé mortellement son adversaire dans un duel. Ce n'était pas le premier. Il est alors en butte à de nombreuses critiques, comme celle de Baglione dans son livre sur la peinture contemporaine qui le dénigre sans ménagement... Mais venons-en sans attendre au livre de Jean-Marie Touratier. Tout commence sous la forme d'un dialogue onirique avec un ange lors d'une exécution. L'auteur rappelle ensuite que Le Caravage a peint six têtes coupées, quatre de Goliath et deux de Holopherne... Il fait un bref rappel de sa jeunesse et de sa formation et il fait un bond temporel : nous nous retrouvons en sa compagnie dans la ville éternelle.
1601 : on a le projet de placer un tableau figurant la conversion de saint Paul dans Santa Maria del Popolo. Beaucoup songent à faire appel à Annibale Carracci. Mais ses puissants amis lui fournissent l'occasion de tenter sa chance. Il se met au travail et trouve des modèles pour la jambe, l'autre, pour autre chose. Et il triomphe. Deux ans plus tard, les commandes ont afflué et son écriture s'est affirmée. Deux ans ont encore passé. Il a eu des ennuis à cause de son incivilité. Mais il s'est affirmé comme peintre. En 1606 a lieu le duel fatal dont on parle tant. Sa Mort de la Vierge a été alors acquise par un Gonzague et elle a été exposée avant son départ. Il a fui la colère du pape, jusqu'à Naples. Là, il a repris le travail avec acharnement.
En 1607, il est à Malte et le grand maître de l'ordre veut le voir. Il est bientôt fait chevalier de Grâce. Mais des envoyés de la papauté l'ont retrouvé et le font arrêter. Jusqu'à sa mort à Porto Ercole, peu après le pardon du pape et son retour à Naples, survenue de manière inconnue en 1610. L'auteur se garde bien de confirmer telle ou telle hypothèse, car toutes sont discutables. Jean-Marie Touratier a fait un très beau portrait du Caravage, le plus proche possible de la vérité historique, mais sans s'arrêter plus qu'il ne faut sur ses incartades : il n'en fait pas une sorte de Villon artiste. Il s'est intéressé d'abord à ce que sa peinture avait de si particulier et l'avait rendu si illustre et aussi si critiqué. C'est vraiment une belle représentation, loin des poncifs.
Gérard-Georges Lemaire
16-01-2020
 
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