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[verso-hebdo]
10-09-2020
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Sur une sanguine de Manet
L'exposition La force du dessin, au Petit Palais (jusqu'au 4 octobre) est sous-titrée « chefs-d'oeuvre de la collection Prat ». Sur 184 numéros, aucun ne mérite évidemment la qualité de chef-d'oeuvre, mais beaucoup sont des dessins de premier ordre, tous exécutés par des dessinateurs français selon le parti adopté par Louis-Antoine Prat et son épouse Véronique. Parmi eux, l'un surtout se détache de l'ensemble (l'accrochage le met d'ailleurs nettement en valeur) : une sanguine d'Edouard Manet dont le titre complet est « Figure debout, de trois quarts vers la droite, la main droite levée : étude pour le Christ jardinier ». Pierre Rosenberg s'interroge dans le catalogue sur l'identité du modèle. Si le dessin est bien de 1856, comme le pensent les spécialistes, ce ne peut être Victorine Meurent que Manet ne rencontra qu'en 1862. Alors pourquoi pas ce jeune homme nommé Salatti que Degas aurait reconnu « tout de suite » et qui était modèle dans l'atelier de Thomas Couture que Manet venait tout juste de quitter ? Peut-être, mais cela n'a guère d'importance.

L'important, qui justifie que l'on s'arrête exclusivement sur ce prodigieux dessin, c'est que Manet, en vue de ce « Christ jardinier » aujourd'hui perdu, ait travaillé cette « main droite levée ». C'est celle de Jésus s'adressant à Marie-Madeleine le matin de Pâque. Il vient de prononcer son nom et elle, éperdue de bonheur, a crié « rabbouni ! » et s'est jetée à ses pieds. Mais lui, par son geste, à la fois la bénit et lui interdit de s'approcher davantage  : c'est le fameux « noli me tangere » (ne me retiens pas) si souvent illustré par les peintres. Mais là ou Fra Angelico, par exemple, prête au Christ un geste totalement négatif, Manet cherche une solution plastique pour dire aussi l'affection du Maître pour sa disciple. C'est vers nous que cette main est tendue, les doigts légèrement recourbés ; nous sommes à la place de Marie-Madeleine qui n'est pas représentée. Cette main est une première manifestation de la méditation de Manet sur le mystère de la Résurrection.

La deuxième manifestation sera l'extraordinaire Le Christ et les Anges (dit aussi Le Christ aux anges) de 1864, du Metropolitan Museum of Art de New York. Le tableau fut mal compris à l'époque, et passa tout juste l'épreuve du jury du Salon (mais qu'est-ce qui fut « bien compris » de Manet de son vivant ?) En tout cas, Manet accordait la plus grande importance à son tableau : il l'avait accroché, avec d'autres oeuvres d'inspiration religieuse, dans son « exposition particulière » de 1867, place de l'Alma. Son Christ est en train de ressusciter, soutenu par deux anges, ceux-là mêmes qui annonceront bientôt la nouvelle à Marie-Madeleine. Les yeux de Jésus s'ouvrent : il voit la lumière mais il n'est pas encore capable de regarder. Masolino et tant d'autres ont imaginé des christs glorieux émergeant bien vivants de leur tombeau. Avec Manet, c'est différent : pour lui, la Résurrection est une certitude, et il cherche à reconstituer comment cela s'est passé, car les Ecritures n'en disent rien. Là est son réalisme jugé alors scandaleux, sauf pour Baudelaire qui voyait bien que Manet vouait « à l'expression de ses actes et de ses sentiments l'imagination la plus vigoureuse et les efforts les plus tendus. » C'était la même chose en 1856 : par quel geste exact Jésus a-t-il accueilli Marie-Madeleine alors qu'il venait de ressusciter ? Un artiste qui, à au moins deux reprises, a voulu traduire la Résurrection, avait donc la foi. Son ami l'abbé Hurel, plutôt choqué par sa manière de peindre, parlait de sa « foi artistique ». Mais non monsieur l'abbé ! le vertigineux tableau du Metropolitan comme l'admirable sanguine de la collection Prat démontrent qu'Edouard Manet croyait simplement en la Résurrection. Cela valait tout de même mieux que l'affectation bien pensante de beaucoup d'artistes réputés catholiques de son temps.
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
10-09-2020
 
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Verso n°122

L'artiste du mois : Valérie Rauchbach

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