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[verso-hebdo]
22-10-2020
La chronique
de Pierre Corcos
Rouen et l'art urbain
Peut-être convient-il de s'attarder d'abord sur l'exposition 35 ans de graffiti et de street art à Rouen, qui se tient jusqu'au 31 octobre au pôle culturel Grammont à Rouen, une rétrospective didactique permettant de mieux saisir les enjeux complexes de l'art urbain, avant de porter un jugement simpliste, hâtif sur l'événement Rouen Impressionné - dans le cadre de « Normandie impressionniste » -, qui se déroule jusqu'au 15 novembre dans les quartiers Grammont et Saint-Sever à Rouen. Il y a quatre ans déjà (cf. Verso Hebdo du 16/6/2016), dans le Rouen Impressionné précédent, quelques dimensions socioculturelles de l'art urbain et des interactions variées avec la population concernée furent mises en avant...
Mais d'un autre côté, il y a cette logique propre au graffiti comme transgression, contre-culture, portée par des « crews » (collectifs) frondeurs, qui est inégalement acceptée par la population urbaine. Alors que l'art majoritairement figuratif du Street Art, le monumentalisme diapré, rutilant du muralisme contemporain sont, eux, admis, intégrés dans leur principe par les riverains et passants, qui réagissent selon des critères de goût, de convenance locale à ces grandes images. Dès lors, le critique d'art doit réviser son système d'appréciation : ce n'est pas lui en effet qui au quotidien vit dans le quartier où ces créations s'imposent au regard, ce n'est pas lui qui est pris dans l'histoire et la sociologie du lieu.
Dans Anthropologie de la ville (PUF 2015), l'anthropologue Michel Agier réfléchissait sur ce qui « fait ville », analysait cette « ville vécue », produite par l'expérience des citadins, leurs parcours quotidiens, leurs échanges sociaux et symboliques, voire l'identité locale qu'ils s'inventent peu à peu... Alors il est clair que l'appréhension et l'évaluation de Rouen impressionné - dont Olivier Landes, fondateur de l'association « Art en ville », est le commissaire de cette édition comme celle de 2016 - ne peut pas faire l'économie d'une réflexion sur la « ville vécue », et l'art urbain qui s'enroule dans cette boucle collective...

Le touriste de passage à Rouen, lui, pourra découvrir cette vingtaine (23 artistes auront été accueillis durant l'été 2020) de créations à ciel ouvert, en visites libres ou guidées par des conférenciers spécialisés. Pour lui, ces deux heures et demie de parcours seront une occasion d'échapper au circuit habituel du Rouen historique, patrimonial, de ce Rouen rive droite avec ses monuments et ses maisons à colombages. Il pourra également voir ce qui fut déjà réalisé en 2016 : dans le quartier des Sapins, en centre-ville ou sur le port... Sans doute était-il déjà sensibilisé au Street art, ayant connu d'autres festivals de Street art comme on en voit de plus en plus dans les grandes villes. Auquel cas, il va émettre des jugements comparatifs. Mais, tout comme pour le critique d'art, il serait bon qu'il contextualise également ces oeuvres par rapport aux réalités urbanistiques, historiques, architecturales et sociologiques de ces quartiers, dont certains gardent parfois une image négative ou au moins ambivalente. Image négative : pourquoi ne pas impliquer la population ?... Prenons par exemple Miroir palmier par le collectif rouennais HSH : la mise en 150 carrés hétérogènes de la façade de la MJC Rive gauche s'inspire en fait d'idées variées recueillies auprès d'usagers des lieux. Enquête, participation, puis réalisation. Claude Blo Ricci (Vertigo), en peignant de couleurs vives et de formes dynamiques deux murs et le plafond d'une arcade située en face du métro Saint-Sever, a voulu inciter les passants à franchir le seuil d'un quartier d'habitation. Fonctionnalité d'un art mural qui n'abdique en rien de ses exigences esthétiques. Parfois il s'agit d'une allusion à l'histoire d'un quartier : c'est ainsi qu'Amazone Batman de Fred Calmets se réfère notamment à l'un des plus grands abattoirs de Normandie, jadis pas loin. De la même façon, le Sans titre d'Herman Kolitz et Luca Arboco, déployé sur quatre pans de mur, montre (pour le premier artiste) un paysage urbain, qui fait nettement penser à Rouen, entouré de flammes rougeoyantes, explosives (incendie de l'usine Lubrizol ?). Avec Le Pavillon troué, l'artiste Ox crée un saisissant trompe-l'oeil de béances noires sur des murs, qui prend tout son sens lorsqu'on sait qu'à une démolition prochaine ces maisons sont vouées. Avec Intimité, Nadège Dauvergne, dont c'est la première fresque à la peinture, a répandu une atmosphère d'érotisme discret sur la placide résidence Contremoulins et son banal environnement... Certaines interventions sont éphémères, comme celle de Jan Vormann « réparant » au moyen d'éléments plastiques aux couleurs vives les impacts d'obus datant de la 2ème Guerre Mondiale sur la façade du Palais de Justice. Des enfants interviennent, des passants réagissent : l'art urbain est non seulement in situ mais encore interactif, foncièrement.

À côté de sa dimension festive, ambulatoire, esthétique, de laquelle on peut se contenter, l'événement Rouen impressionné avec l'exposition 35 ans de graffiti et de street art à Rouen nous offre une belle occasion supplémentaire de nous interroger, une fois de plus, sur les multiples zones antagonistes et/ou de croisement qu'ouvre l'art urbain : intervention spontanée/commande publique, refus de l'art-marchandise/marché de l'art et galeries, contre-culture/art institutionnel, liberté de l'artiste/contraintes spatiales, urbanistiques et sociales...
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
22-10-2020
 
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Verso n°122

L'artiste du mois : Valérie Rauchbach

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