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[verso-hebdo]
29-10-2020
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Marc Chagall et les revues d'art, de couleur et d'encre, Musée d'art national Marc Chagall, Nice / Editions de la Réunion des Musées Nationaux-Grand Palais, 164 p., 39 euro.

Quand on songe à Marc Chagall (1887-1985) comme illustrateur, on pense immédiatement à ses grandes réalisations, des Âmes mortes de Gogol à la Bible, en passant par les Fables de Jean de la Fontaine. Mais on a peine à imaginer le nombre considérable des revues auxquelles l'artiste a pu collaborer au cours de son existence. C'est ce qu'a voulu mettre en évidence le musée national Marc Chagall à Nice. D'une certaine manière, ces revues racontent dans les grandes lignes de l'histoire de ce créateur. La première à l'avoir publié est une revue russe de Saint-Pétersbourg, Apollon, qui a été fondée en 1909 a disparue avec la Révolution d'Octobre. Un critique russe a présenté les oeuvres qu'il a accrochées aux cimaises du Salon d'Automne de Paris l'année précédente. En 1916, il y présente des compositions qui ont trait à la tradition yiddish (il faut se rappeler que ses parents étaient des orthodoxe hassidiques).
Chagall se rend à Paris où il séjourne quatre ans. Il y fait la connaissance de Blaise Cendrars, Guillaume Apollinaire (il fait un tableau lui rendant hommage) et des artistes développant une nouvelle esthétique tel que Robert Delaunay. Il est présenté au Salon des Indépendants. Il fait un séjour à Berlin et expose à la galerie Der Sturm, à l'occasion de laquelle une monographie est publiée. Un numéro spécial lui est consacré en 1923 dans la revue Der Sturm ; il rencontre Alfred Kubin et Paul Klee. Il rentre dans son pays natal et épouse Bella Rosenfeld. Ses oeuvres figurent dans plusieurs galeries entre 1916 et 1917. Avec la révolution, il devient commissaire aux beaux-arts et crée l'école artistique de Vitebsk. Kazimir Malevitch le remplace rapidement. Il se rend alors à Moscou pour peindre les merveilleux décors du Théâtre d'Art Juif. Après bien des démêlées déplaisantes, il décide de partir à Berlin et expose à New York.
En 1923, il rencontre Ambroise Vollard, qui lui commande des illustrations pour les Fables de La Fontaine (1924-1925). Puis il fait pour lui dix-huit eaux-fortes pour Les Âmes mortes de Gogol (1925-1931). Pendant cette période, ses dessins sont publiés dans des revues yiddish comme Shtrom, Literarische revi et Khaliastra. Il s'intéresse beaucoup à cette manière de diffuser son travail : il est invité par Les Feuilles libres en 1922, Di Tsukunft de New York en 1925, L'Amour de l'art en 1926, Der Querschbitt et L'Art vivant et Les Feuilles volantes en 1927, les Cahiers d'art à partir de 1928, Sélection en 1929, Le Centaure en 1929 et 1930, Variétés en 1930. Parallèlement, il continue à illustrer des ouvrages comme Deuil de David Hofstein. (1920). En 1922, il achève Ma vie, écrit en yiddish accompagné de dessins et de gravures. En 1930, il se lance dans un énorme travail qu'est la Bible, qui lui a été commandé par Ambroise Vollard : il réalise pas moins de 105 gravures rehaussées de gouaches, qui n'est édité qu'en 1956 par Tériade. Il fait par la suite une vingtaine de lithographies pour l'Ancien Testament au début des années soixante. Lorsqu'il a émigré aux Etats-Unis, il a publié à deux reprises dans la luxueuse revue surréaliste VVV entre 1942 et 1944.
De retour à Paris, il se rapproche de nouveau de la revue Verve (il avait déjà où une vieille photographie de lui avait été reproduite en 1938) et il commence à donner des oeuvres à la revue Derrière le miroir d'Aimé Maeght à partir de 1950 (et cela jusqu'à 1972). Il est aussi sollicité par la revue XXe siècle à parti de 1957 et il y est présent jusqu'en 1973. De plus, il a été proche de la revue Di Goldene Keyt, l'organe de la Maison de la culture yiddish de Paris entre 1950 et 1982. Il n'est pas difficile d'imaginer la richesse vertigineuse de l'exposition et du beau catalogue qui l'accompagne. On y découvre l'immensité de ses ouvrages destinés aux périodiques, mais aussi, ce que l'on sait moins, sa constance à s'exprimer dans des revues juives qui sont encore mises sous presse en yiddish. C'est là tout le paradoxe de cet artiste, qui a assimilé la culture chrétienne (il y a beaucoup de Christ dans ses compositions et aussi dans l'ensemble constitué par le musée du Message biblique à Nice inauguré en 1973. Mais il a tenu à préserver la mémoire de ses origines et à les cultiver dans des organes de presse qui, après guerre, ne s'adresse plus qu'à une infime minorité. Au fil des rétrospective, on a le sentiment de tout savoir sur Chagall. Cette exposition et ce volume prouvent le contraire.




De Delacroix aux surréalistes - un siècle de livres, Julien Bogousslavsky, avant-propos de Jean-Yves Tadié, Ides et Calendes, 400 p., 45 euro.

Il pourrait sembler arbitraire de ne prendre en considération qu'un seul siècle en ce qui concerne l'édition liée à l'art. Les oeuvres de François Rabelais s'est vu attribuer (la question n'est toujours pas tranchée) Les Songes drolatiques de Pantagruel, livre de gravure dont on a attribué la paternité à l'écrivain. Quelque soit la réalité de ce recueil, il prouve qu'on avait déjà en son temps ou peu après le souci d'illustrer les figures extravagantes qui apparaissent dans ses différents Livres. Au XVIIIe siècle, les illustrateurs sont encore rares, mais il n'en reste pas moins que Oudry a mis en image les Fables de La Fontaine en 1719, que François Boucher a accompagné de ses oeuvres les pièces de Molière en 1734. Dans la seconde partie de ce siècle, ce goût pour l'illustration prend corps : Fragonard s'empare des Contes de La Fontaine, Prud'hon illustre Les Amours pastorales de Daphnis et Chloé pour ne citer qu'eux. Les ymagiers du Moyen Âge ont eu de dignes successeurs dans un système d'édition totalement différent.
Quoi qu'il en soit, le sujet est tellement vaste et cette tendance de la bibliophilie allant croissant, cette seule période est déjà assez vaste pour satisfaire notre curiosité. L'auteur décide de commencer cette histoire par les illustrations lithographiées qu'Eugène Delacroix a faites pour le Faust de Goethe, qui venait d'être traduit en français en 1825. L'oeuvre, imprimé par Motte et Sautelet en 1828. Delacroix a illustré ensuite les pièces de Shakespeare puis il entreprit de faire une série de lithographies qui resta inachevée pour une autre tragédie de Goethe, Götz von Berlichingen. Courbet fut pour sa part un illustrateur involontaire du livre de Jean Vaucheret, qui a écrit sous le pseudonyme de Jean Bruno Les Misères des gueux en 1872. Dans un second chapitre l'auteur change d'orientation en parlant des livres xylographiés qui se sont développés au Japon à partir du XVIIe siècle et qui ont eu une influence énorme en Europe avec le goût du japonisme.
Un troisième chapitre aborde la question de l'imaginaire en prenant appui sur l'édition faite en 1862 des oeuvres de Charles Perrault que Pierre-Jules Herzel a fait illustrer de gravures sur bois de Gustave Doré en 1862. Avant cette date, Doré avait déjà travaillé pour Rabelais, Dante (L'Enfer), Cervantès et, plus tard, il a donné des gravures sur bois par les Fables de La Fontaine et, en 1883, il met en image Le Corbeau d'Allan Edgar Poe. Alors une autre partie développe les relations des écrivains et des critiques avec les artistes. L'auteur parle d'abord de Champfleury, champion du réalisme et de son ouvrage, Les Excentriques, paru en 1852. Et il se penche sur le cas des Fleurs du mal de Charles Baudelaire qui a été illustré par Félicien Rops après la mort du poète. Puis nous découvrions ce qu'Edouard Manet a fait pour le livre de Zacharie Astruc, Les 14 stations du Salon (1859). Ensuite, il est question des relations de Manet avec Emile Zola et Nadar. Cet ouvrage se compose donc d'articles d'érudition qui sont mis bout à bout et qui sont rassemblés dans de grandes parties. Une de ces parties concerne les peintres impressionnistes et ce qu'ont pu écrire à leur sujet les hommes de lettres de leur temps.
On passe ensuite au cas de Victor Hugo dessinateur puis à J. K. Huysmans et son recueil L'Art moderne (1883). Puis c'est au tour du critique et collectionneur Théodore Duret, auteur de Critique d'avant-garde (1885). Un long chapitre est réservé à Félix Fénéon. On pourrait continuer à énumérer les innombrables chapitres qui remontent le cours du temps et qui, chaque, fois, traite d'un sujet spécifique. Par exemple : les illustrations de Manet pour L'Après-midi d'un faune de Stéphane Mallarmé publié en 1876. Il faut reconnaître que chacun de ces chapitres est passionnant et comporte une iconographie remarquable. Ce périple nous amène jusqu'aux livres des surréalistes auxquels ont contribué Max Ernst, Pablo Picasso et bien d'autres encore. Si l'on peut regretter que le volume a été construit de cette façon un peu décousue, il faut souligner que Julien Bogousslavsky a fait un travail digne d'admiration. On lui pardonnera donc ce choix qui rend plus aisé sa manière de traiter de chacun des cas abordés. Il n'y a pas un bibliophile de ce nom qui saurait s'en passer.




Histoires de formes, Patrick Elie Naggar, Nadine Coleno, Editions du Regard, 238 p., 45 euro.

Architecte, designer ou artiste ? Ou les trois à la fois ? Nadine Coleno nous fait découvrir le travail remarquable de ce créateur qui a été capable de faire coïncider ces trois domaines. Disons que le fondement de tout est le design puisqu'il crée des meubles ou des éléments décoratifs pour des intérieurs. La première chose qui frappe dans sa recherche plastique, c'est qu'il ne renie pas la « tradition du nouveau » impulsée par l'art moderne, mais s'efforce souvent de la transgresser, sans esprit critique, mais avec le souci d'un renouvellement constant de ses virtualités.
Un exemple : ses chaises et tables de 2017 rappellent Alvar Aalto, mais on constate qu'il a exaspéré les formes arrondies qu'il a été capable de faire par le pliage du bois. Ni copies, ni plagiats, ces ouvrages sont des hommages à ce grand précurseur et une redéfinition de son esthétique. Les tables I-Beams de 2007 en acier laqué ne peuvent nous empêcher de songer au néoplasticisme. Mais leur monochromie en noir ou en rouge et leur extrême simplicité formelle ont aussi un rapport avec l'Art minimal. C'est ce constant passage d'un mode d'expression à un autre, aux mélanges des styles appartenant à des moments de l'histoire de l'art différents lui permettent des audaces dans l'élaboration de son mobilier.
Mais il n'y a pas que ce jeu de références est associé à d'autres associations : la géométrie linéaires et des formes arrondies baroques lui ont permis de donner naissance à une table Flight en 2013. Il peut aller assez loin dans ces mises en abysses historiques et formelles, mais néanmoins sans jamais verser dans des excès extravagants. Il aime les formes pures et il ne fait que les contrarier pour imaginer un autre univers domestique. Autre chose encore : il ne répugne pas à tabler sur des effets de matière, comme c'est le cas avec la cabinet Aurora (2013) où la surface des battants donnent le sentiment d'avoir été recouverte de sable et puis a été peinte, en contraste avec la structure en bois plus austère du meuble. Il n'est pas une seule de ses oeuvres qui n'éveille dans notre esprit des réminiscences nombreuses, mais qui chaque fois surprenne par son originalité. S'il est quête d'un style qui lui soit propre et immédiatement reconnaissable, il ne peut y aboutir sans avoir dévoyé des styles passés, plus ou moins lointains. Nadine Coleno parle d'hybrides et elle n'a pas tort. Tout ce qu'il fait est une savante extrapolation qui nous jette dans le trouble du déjà-vu.
Déjà-vu, certes, mais en même temps jamais vu : tout ici est invention et qui dépasse ses références librement dérobées. Dans sa table Celestial (2019), il n'hésite pas à pasticher les Concepts spatiaux de Lucio Fontana avec ses pieds ovales qui sont parsemés de trous formant comme une constellation fictive. Il peut aussi avoir un certain humour quand il réalise sa table Boréale (2003) : le long plan en bois laqué et sculpté se termine par une large roue noire. Ou alors il joue avec les reflets sur des formes courbes et lisses comme dans Concave (2019). Quelle que soit la solution formelle adoptée, il tient à ce que l'ensemble demeure d'un certain dépouillement et d'une certaine rigueur dans la construction du volume. D'autres facteurs peuvent encore entrer dans ses créations : l'astronomie et la cosmologie en particulier, ou des élaborations par collages de formes zoomorphes ou anthropomorphes, des allusions à la peinture pouvant parfois se glisser subrepticement dans ses projets. Voilà un homme qui a renouvelé un genre qu'on pensait avoir perdu de son mordant depuis l'époque de Memphis ou du Studio Alchimia à Milan. Son nom sera sans aucun doute rattaché à notre temps avec éclat.




Histoires de dessins, In-fine / Fonds régional d'art contemporain de Picardie Hauts de France, 208 p., 29 euro.

C'est sous le ministère de Jack Lang à la culture qu'ont été créés les fonds régionaux d'art contemporain. C'était une bonne idée, il faut le reconnaître, mais qui a été confrontée à deux écueils : le premier est le choix des oeuvres par une commission qui comprenait des élus locaux, le second, et le plus grave, est que ces achats se sont faits sans que les oeuvres aient un lieu où être présentés. Elles étaient destinées à des expositions itinérantes ou à compléter des expositions collectives ou personnelles dans des musées ou des centres d'art. En fin de compte, beaucoup d'entre elles sont restées dans leurs caisses dans les profondeurs des réserves. Le fonds de Picardie propose aujourd'hui une série de manifestations avec ce trésor de guerre recueilli depuis 1983.
On peut en premier lieu voir l'ampleur de ces acquisitions. Il faut aussi souligner la qualité de l'ensemble, d'autant plus que cette institution a été une des meilleures de notre pays. Bien sûr, à côté d'André Masson, de Hans Hartung, de Henri Michaux, on découvre des ouvrages composés par des artistes sans qualités (je me dispenserai de les citer). Et cela a fait partie du jeu de ces acquisitions, qui ont amassé le meilleur comme le pire, et aussi engendré des lacunes étonnantes. Mais on ne saurait se plaindre d'y découvrir des compositions de Daniel Dezeuze, de Claude Viallat, de Richard Deacon et, cela va sans dire, de Cy Twombly, de Raoul Ubac et de Roberto Matta. On assiste aussi à l'évolution du goût depuis les années 80 : elles ne sont pas si loin, mais certains artistes ont connu alors une petite gloire qui n'a plus lieu d'être. Comment pourrait-il en être autrement ? Quoi qu'on puisse penser de la validité de ces collections « sans objet » elle ont bien résisté à l'usure du temps et surtout des modes. Une partie de leurs pièces est à oublier, cela ne fait aucun doute. Mais ce qui este est digne d'intérêt et devrait ou finir dans un musée ou dans un centre d'art bien à soi, car nous ne voyons ici que les seuls dessins... Il est indubitable que le fameux trésor doit trouver sa place quelque part !




L'Art du fil dans la création contemporaine, Marie-Madeleine Massé, Alternatives, 160 p., 32 euro.

Je dois reconnaître que ce livre m'a surpris : je n'aurais jamais cru qu'autant d'artistes de notre temps se soient intéressé de si près à l'art du tissage (sous tous ses aspects) et aient aussi envisagé de l'utiliser de tant de façons différentes. L'auteur a su mener assez loin ses recherches pour mettre à jour des travaux aussi nombreux et aussi singuliers. C'est d'autant plus intéressant que notre industrie textile a quasiment disparu depuis longtemps et que la majeure part de l'artisanat dans ce domaine n'est plus réservée qu'à la haute couture. De la toile réalisée en tissu à l'installation in situ, en intérieur comme en extérieur, dans les lieux les plus inattendus, on découvre des artistes (dont beaucoup de femmes) qui nous étaient inconnus.
Nous allons donc de découverte en découverte. Dans cette sélection, il y a bon nombre de créatrices d'Amérique latine qui ont transformé des techniques traditionnelles pour inventer un espace composé dans un esprit inédit. Il est évident que Marie-Madeleine Massé a choisi des artistes ayant éprouvé la nécessité de façonner un langage totalement neuf. Elle a divisé l'ouvrage en grandes parties, qui ne sont pas d'ailleurs vraiment nécessaires puisqu'il n'y a rien qui puisse rattacher ces oeuvres à un passé. In est émerveillé de cette diversité immense des pratiques qui peuvent se traduire par des sculptures ou des volumes développés dans l'espace. La japonaise Hiroyuku Shindo réalise des compositions qui semblent être exécutées sur du papier, alors que Joana Choumall (originaire de Côte d'Ivoire) travaille sur des mur ou fait naître des oeuvres tridimensionnelles qui établissent des relations entre le sol et le ciel. La texture du matériau permet beaucoup de souplesse dans les formes et bon nombre de pièces flottent, qu'elles soient liées à une paroi ou non. Bien entendu, les textures ont souvent leur importance et sont prégnantes, mais ce n'est pas ici l'essentiel.
C'est la souplesse et la liberté qui sont prépondérantes. Le rapport à la nature est exploité avec des ouvrages qui imitent le monde végétal, animal et parfois humain. De ces pratiques s'impose un paradoxe : on a l'impression que les auteurs réunis ici ont transgressé les termes de l'art moderne, même les plus audacieux ou les plus radicaux, pour s'émanciper de toute contrainte. Leur écriture ne cesse de repousser les frontières du champ visuel, sans pour autant adopter des postures iconoclastes. Evidemment, je regrette l'absence de personnages comme Marinette Cueco, qui tisse des herbes et des feuilles, ou encore comme Laurie Karp, une Américaine qui vit à Paris et se consacre d'abord à la céramique ; toutefois elle a réalisé des broderies narratives qui sont très singulières. Mais je ne jette pas la pierre à celle qui a conçu cette sorte d'anthologie, car il est impossible de répertorier de nos jours tous ceux et celles qui ont choisi ce mode d'expression. C'est un livre d'initiation à des expériences qui démontrent que l'art contemporain n'est pas exclusivement de travaux issus de la basse culture ou de nature sacrilège.




Les Valets de Casanova, suivi de Louis de Castelbajac, rival de Casanova, Jean-Claude Hauc, Les Editions de Paris Max Chaleil, 94 p., 15 euro.

En dehors de son oeuvre romanesque, Jean-Claude s'est consacré au Siècle des Lumières en France et plus particulièrement à Giacomo Casanova, (à commencer par Casanova et la belle Montpelliéraine, Cadex, 2001) au marquis de Sade, (Les Châteaux de Sade, Les Editions de Paris, 2012) et aussi à des figures mineures de cette période, dont Ange Goudar. Cette fois, il s'est intéressé à l'entourage immédiat de l'auteur de l'Isocameron et de Ma vie dont la Bibliothèque nationale vient d'acquérir le manuscrit. Sous l'Ancien Régime, les domestiques avaient une place privilégiée dans le monde de l'aristocratie.
Comme il l'indique dans on liminaire, ceux-ci faisaient l'objet d'une grande méfiance et même parfois d'une surveillance de la part du pouvoir car ils étaient les personnes les plus proches des représentants de la noblesse (ils peuvent servir de confidents ou de secrétaires). Ils soulignent de quelle façon le théâtre, depuis le XVIIe siècle, en a fait une des figures principales des comédies, et Marivaux ils deviennent de véritables maîtres de jeu. On peut observer une évolution comparable dans le roman, de Gil Bas de Santillane à Jacques le fataliste et son maître de Denis Diderot. Quoi qu'il en soit, Casanova ne se déplaçait jamais sans son valet. Selon sa bonne ou sa mauvaise fortune, il avait plus ou moins de serviteurs. Et l'auteur de cet essai nous présente quelques d'entre eux.
D'abord Leduc, qui lui sert souvent de complice dans ses entreprises de conquêtes amoureuses (il va jusqu'à prendre sa place pour approcher une belle !). Puis arrive Gaetano Costa en 1760, qui était sans travail. Il décide de l'employer. C'est à cette époque que Casanova traduit L'Ecossaise de Voltaire, que Costa met au propre à Gênes. Ce qui est intéressant dans ce voyage en Italie, ce sont les divers rôles joués par ses valets, qui sont plus des complices que des laquais. Ce périple plutôt mouvementé, ponctué de rencontres éminentes (Winckelmann et Mengs par exemple) met bien en scène les attributions changeantes de ces deux hommes.
Une autre figure fait son apparition sur la scène de la vie aventureuse de Casanova après s'être séparé de ses deux serviteurs : Clairmont. Quand il se rend à Londres en 1763, ne connaissant pas l'anglais prend un autre domestique, Jarbe, un nègre, croit-on savoir. Hélas, il tombe amoureux d'un « monstre femelle », la Charpillon. Jarbe devient un peu son médecin, un peu son consolateur. Mais Jarbe ne l'a pas suivi quand il est rentré en France et il engage un nouveau valet à Berlin, Lambert. Au cours de ses voyages, il se sépare de ce dernier et engage un certain Philippe qui le suit en Espagne. Jean-Claude Hauc nous fournit comme conclusion les dernières années que passe Casanova en Bohême au château de Dux où il est nommé bibliothécaire par le comte de Waldstein. Pendant ce séjour, il s'est senti ravalé au rang de serviteur et en a beaucoup souffert. Il entre en conflit avec le majordome et il doit attendre le retour du maître pour retrouver la paix et achever son autobiographie.
Cette façon de l'auteur de se servir de la petite histoire lui a permis de faire découvrir l'entourage immédiat de Casanova, mais aussi de montrer sa manière de vivre, aussi trépidante qu'il la narre dans son grand livre de mémoires. C'est une façon à la fois intrigante et pertinente de découvrir sa personnalité et sa quête éperdue du plaisir, de la gloire littéraire et de la découverte aux quatre coins de l'Europe. La seconde partie de l'ouvre est consacrée aux relations qu'a pi avoir Casanova avec un aristocrate gascon qui a été officier dans plusieurs guerres de la première partie du XVIIIe siècle en Silésie, dans les Pays-Bas (il aurait participé à la bataille de Fontenoy). Au gré de ses errances dans toute l'Europe, il fait la connaissance de ce Louis de Castelbajac, avec qui une rivalité et puis une inimitié profonde s'installent.
Celui-ci se trouve à Paris quand Casanova tente de faire avorter une de ses maîtresses et, plus tard, à Londres quand il fréquente Lord Pembroke. Ils font une partie de pharaon, et le Gascon le rembourse de dettes contractées la veille. Mais les billets sont faux et quand il veut lui demander réparation, le malveillant Castelbajac et son complice se sont enfuis. En 1764, le Gascon rentre sur ses terres en Lomagne, en particulier pour recevoir son héritage. Mais les choses se révèlent plus compliquées que prévues. Il décide alors de s'assagir jusqu'à temps que la Révolution n'éclate et il s'enrôle dans la Garde nationale. Il est mort à l'âge de 73 ans, comme Casanova. Son existence révèle les moeurs de ces grands seigneurs de province, qui n'hésitaient pas un instant de recourir aux pires ladreries et n'avaient que faire des pieux enseignements de l'Eglise.
Gérard-Georges Lemaire
29-10-2020
 
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Verso n°122

L'artiste du mois : Valérie Rauchbach

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