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[verso-hebdo]
16-03-2017
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Camille Pissarro, le premier des impressionnistes, Musée Marmottan / Hazan, 208 p., 29 euro.

Je ne suis pas sûr que le sous-titre donné à cette exposition soit de très bon aloi. Mais c'est devenu une mode malheureusement incontournable. Le nom de cet artiste célèbre suffirait amplement et un sous-titre ne s'imposerait que s'il n'était question que de dessins ou de gouaches. Ce n'est pas d'une importance folle. Mais cela introduit un débat sur la primauté du geste impressionniste. Jacob Abraham Camille Pissarro est d'origine juive, d'une famille de maranes portugais. Il est né à St Thomas, (Iles Vierges) dans les Indes occidentales danoises en 1830 et il a fait dans sa jeunesse un séjour au Venezuela. En 1852 (une photographie le montre habillé en gaucho !). Son père était négociant en vin de Bordeaux. Mais il n'a pas voulu suivre ses traces dans le commerce. Il a fait une partie de ses études à Paris et après cette parenthèse latino-américaine, il étudie dans l'atelier de quelques professeurs des Beaux-Arts et entre à l'Académie Suisse en 1957. Il a déjà connu Corot et s'est mis à peindre comme lui sur le motif. C'est chez le père Suisse qu'il a fait la connaissance de Claude Monet et d'Antoine Guillaumet. Il frencontre enfin Cézanne en 1861. Ce dernier est venu visiter son atelier de La Varenne-Saint-Maur avec Emile Zola en 1863, année où il expose trois tableaux au Salon des refusés. Il est enfin admis au Salon officiel un an plus tard. Avec sa femme Julie, qui était la bonne de son père (un peu comme l'a fait Manet !), une fois mariés à Londres, ils s'installent à Pontoise en 1866 et y restent trois ans. Là, Pissarro développe ce qui devient sa marque de fabrique et produit une oeuvre strictement impressionniste, mais sur des thèmes bucoliques. Il s'est brouillé avec Corot, mais fréquente souvent Daubigny, qui est installé à Auvers-sur-Oise. Et il participe à des réunions que Manet organise au Café Guerbois, boulevard des Batignolles, où se sont inventés les grands principes de l'impressionnisme (il a déjà connu une grande partie de ses protagonistes par l'intermédiaire de Monet). Il doit plus tard s'installer à Louvenciennes. Pendant la guerre franco-prussienne et la Commune, il se réfugie à Londres, où il rencontre le marchand Paul Durand-Ruel. En 1872, il retourne à Pontoise. Il est l' un des fondateurs de la société des Indépendants, où il expose, lassé des décisions versatiles du jury du Salon. En 1873, il signe La Meule, un sujet que Monet a repris en 1890. Son style est là, mais il garde un pied dans le réalisme. C'est-à-dire que sa façon si particulière de poser la touche ne contrarie pas la lecture du sujet (alors que Monet va jusqu'à les défigurer en partie, comme les Cathédrales de Rouen par exemple). Il est fidèle à une idée de la nature et, par extension, à la vie rurale -, il lui arrive de peindre une scène de marché de campagne ou un bord de Seine. Ce n'est que sur le tard qu'il commence à peindre des ports, puis des quais de la Seine et des vues de Paris, entrant dans le vertige de la vie moderne à un âge avancé (moins de dix ans avant sa mort). Un seul regret dans ce catalogue : on aurait aimé plus d'exemples de la première phase de l'artiste -, ses débuts en somme. Mais ce que ce catalogue renferme est d'une grande beauté.




Palettes, Alain Jaubert, Folio, Gallimard, 416 p., 8,80 euro.

Alain Jaubert poursuit ici ce qu'il avait fait dans l'émission homonyme sur la chaine Arte. Cette émission est parvenue à avoir un grand succès, ce qui est rare pour ce qui concerne les arts plastiques. Il n'y a jamais eu de Bernard Pivot pour la peinture ! L'idée est d'initier les spectateurs - et maintenant les lecteurs - à regarder un tableau célèbre et à entrer en possession des principales clefs pour le comprendre. Mais il ne s'agit pas d'une interprétation exhaustive, cela va sans dire, mais pas non plus de la vulgarisation, qui suppose une mise à plat vulgaire, c'est-à-dire pour le vulgus. Le terme initiation conviendrait tout à fait bien. Quelle que soit sa culture, le lecteur est mis en condition de comprendre et de « lire » l'oeuvre. Bien sûr, Alain Jaubert ne peut pas tout dire : par exemple, en ce qui concerne Le Bain turc d'Ingres (sa dernière grande oeuvre, achevée en 1863 et aujourd'hui conservé au musée du Louvre), il n'entre pas dans le détail pourtant passionnant de cette longue gestation qui a duré près de cinquante ans, ni n'explique pourquoi le tableau est circulaire : il ne l'est d'ailleurs pas, c'est le cadre qui l'est ! Mais je crois que ce genre de commentaire n'a lieu d'être que de façon subalterne, car l'effet recherché est l'intelligence du tableau, qu'il soit de van Eyck ou de Poussin, de Georges de La Tour ou de Rembrandt. Le chef d'oeuvre n'est pas mystifié et donc la source d'une crainte religieuse ; il n'est pas non plus désacralisé : il est tel qu'en lui même rendu plus accessible, dans sa beauté et sa grandeur. Etre capable de ce tour de force n'est pas donné à tous. Il faut saluer ce talent et cette pédagogie et tout Français, petit ou grand, devrait y découvrir les plaisirs et les jouissances de l'approche de l'art, qui est à la fois un plaisir des sens et de l'esprit.




Lexies de l'oeil dialogue avec Christian Jaccard, François Xavier, Les Editions du Littéraire/ Galerie Valérie Bach, 152 p., 20 euro.

L'auteur s'est ménagé un face à face avec un artiste et son oeuvre. Cette discussion repose sur un effarement, un effroi, devant cette oeuvre. Cela le conduit à voir un lien entre la pensée esthétique de Christian Jaccard et Georges Bataille, partant du principe qu'il « y a une hantise qui plane en lambeaux de suie incarnée ». Il s'appuie aussi sur des déclarations de l'artiste sur sa volonté toute iconoclaste qui remettait en cause la peinture et la tournant en dérision. Mais au lieu d'examiner les premiers travaux de Jaccard et sa relation au feu, qu'il associe à sa pratique de l'art, il passe directement à une longue série d'ouvrages qui ont été exécutés sur des tableaux anciens. En réalité, ces marques du feu sur ces tableaux détruisent de toute évidence la peinture, ou n'en laissent que des traces fragmentaires, mais inscrivent aussi des signes, des traces, des impressions en profondeur qui sont la manifestation d'une autre conception de l'art. De toute évidence, il ya une duplicité dans ces actes radicaux : ce qu'il détruit est un acte violent, donc négatif, de contestation de l' « image », mais aussi un acte positif de recréation d'un espace pictural. L'auteur déclare que cette suie, à « ces traces, cendres, agglomérats durcis par la fusion dénoncent une réalité, racontent une histoire, entrainent une réaction en chaine dans l'esprit ... » Et il en conclut que les intentions cachées de l'artiste, « ces preuves sont entachées de soufre, de fantasmes, d'exubérance et de passion, elles sont impures par définition et ne répondent à aucun code syntaxique. » Si l'on peut souscrire à son analyse dans son ensemble, il faut toutefois ne pas sauter à une conclusion qui serait l'inconnu incohérent obtenu. Non, il y a une histoire chez Jaccard qui serait une abstraction avec d'autres moyens que ceux apportés par la tradition, fait qui a aussi une histoire -, il suffit de songer à Yves Klein. Et puis le recouvrement d'une peinture par une autre était un fait courant pendant la Renaissance, sans geste blasphématoire : on remplaçait une oeuvre ancienne et jugée dépassée par une oeuvre nouvelle. Le Greco, de passage à Rome, a exprimé au pape son désir de refaire la chapelle Sixtine ! Il est vrai en revanche que Jaccard a bel et bien désiré introduire quelque chose de sale dans la peinture par le feu. L'auteur considère que ce dernier a créé un art des origines. Sans doute recherche-t-il les premiers moments de l'art où la couleur était primordiale et les signes en partie inscrits avec de la cendre. Je ne saurais ici discuter de l'ensemble de cet ouvrage, qui a le mérite de questionner une démarche artistique profondément originale et qui a amené l'artiste, dans un entrelacement de contradictions, à construire une oeuvre qui propose une autre beauté et une autre peinture. Je crois que toute grande oeuvre contemporaine est le fruit d'une telle contradiction. En définitive, on lira le livre de François Xavier avec intérêt, car il a recherché avec soin les clefs permettant de comprendre une aventure aussi complexe obéissant à la logique d'une mise à feu du regard et de l'intelligence.




Le Goût du blanc, Fabienne Alice, « Petit Mercure », Mercure de France, 130 p., 8 euro.

Oublions la préface, qui n'est pas franchement brillante, avec une conclusion désopilante (« Le blanc est une fête, un étourdissement renouvelé [...], le « fiat lux » quotidien, chaque jour, la vie s'écrit sur une nouvelle page blanche...») et passons à cette petite anthologie bien conçue et pleine de découvertes. Cette fois le livre est classé par thèmes. par exemple, Blanches atmosphères », où l'on retrouve Marcel Proust, Alexandre Dumas, Léon Tolstoï, ou « Blancheur de femmes », plus original sans doute, avec des écrits d'Emile Zola, Léopold de Sacher-Masoch, , Wilkie Collins. L'ouvra est bien fait. Bien sûr, il y a des évidences, mais peut-être pas pour tous les lecteurs, car si Mallarmé paraît être un convive obligé pour certains d'autres en découvrirons la raison. Ma seule vrai réserve va à l'art : là il y aurait plus à choisir (Kandinsky et Miquel Barcelò, très mais alors où est passé Malevitch, le premier à avoir peint un tableau blanc sur blanc ? Je renvoie l'auteur à une de mes publication récente où je consacre tout dune partie à l'histoire de cette couleur : Umberto Mariani, un racconto, Fondation Mudima, Milan. Mais je le souligne encore une fois, on découvrira cette couleur sous la plume de certains auteurs et artistes. L'ensemble est plaisant et bien construit. Et puis les contraintes de ce genre de petit ouvrage sont assez contraignantes, il ne faut pas le perdre de vue.




Topor, le dictionnaire, Laurent Gervereau, Editions Alternatives, 128 p., 25 euro.

Topor c'est tout un univers et aussi toute une époque. Il ne fait aucun doute qu'il a été le dessinateur le plus doué de sa génération. Sa facture est inégalable. Mais il a également fait mille choses dans le domaine du théâtre, de l'illustration, de la peinture, de l'écriture. C'était un homme orchestre qui a peut-être souffert de n'être finalement apprécié par tous pour ses dessins à l'humour souvent très noire. Il était doué, sans nul doute, pour l'art, comme le prouve le portrait d'Abram Topor, plein de sensibilité et de finesse. Mais ses sculptures ressemblent trop à ses caricatures, en plus raffiné. En revanche, il a été très doué pour les décors et les costumes de théâtre, et aussi pour composer des pièces. D'une certaine façon, il ressemble un peu, dans un genre bien différent, à Boris Vian et il a été, comme lui, un touche à tout de talent, car on ne peut pas dire qu'il ait démérité dans sa littérature. Mais il s'est dispersé bien trop et n'a finalement pu pousser qu'une seule de ses qualités bien trop nombreuses. Ce beau dictionnaire est fait pour rendre hommage à cet homme polyphonique, doté d'un humour irrésistible. En revoyant aujourd'hui ses planches, je me rends compte qu'on acceptait volontiers des monstruosités et parfois des obscénités sans trop broncher. Aujourd'hui, on serait plus surpris à une époque où la caricature s'est terriblement assagie. Il a été l'héritier des illustres collaborateurs (dont Frantisek Kupka) des grandes revues comme L'Assiette au beurre ou Le Charivari où des dessinateurs n'ont jamais eu peur de renvoyer une image terrible des gouvernants et des puissants. Mais Topor n'avait pas la fibre politique. Il préférait dépeindre un monde fait d'obsessions, de sadisme, d'images crues et d'érotisme sans détours, sans parler parfois d'un penchant pour l'obscénité. Il aimait choquer et son rire n'était jamais innocent. Il tournait tout en dérision, lui le premier. Il était indispensable de rééditer cet ouvrage qui lui rend hommage, certes, mais lui rend aussi sa place (une place d'honneur) dans notre histoire dans la seconde partie du siècle dernier.




Mais où est donc Pompon ? Au fil de l'eau, Nicolas Piroux, musée d'Orsay / Hazan, 48 p., 14, 90 euro.

Ce petit album au titre franchement étrange, nous offre néanmoins le plaisir de voir traiter un joli thème, qui a nécessairement pris des formes diverses selon le sujet traité, la mer ou les fleuves, la saison, mais aussi et surtout le traitement stylistique. Des falaises d'Etretat peintes par Claude Monet aux buildings photographiés par Alfred Stieglitz, du magique paquebot dans la tempête du Douanier Rousseau à La Mer de glace de Léon Gimpel, on peut admirer des marines et des scènes bucoliques sur les bords d'une rivière. Mais l'on peut aussi faire des découvertes, comme de Digue la nuit de Léon Spilliaert, une merveille de 1928 ! On peut revoir la célèbre Naissance de Vénus de Cabanel et les Baigneurs (ou Baigneuses ?) de Paul Cézanne. On aurait préféré que ce choix soit un peu plus ample et remontant aux compositions extraordinaires de Turner. On doit se contenter des Manet, d'un Sérusier, d'un Caillebotte et d'un Sisley, en somme l'univers de l'impressionnisme en premier lieu. Mais on ne peut tout avoir ! Si vous n'êtes pas chasseur d'ours, l'album peut vous plaire tout de même et doit servir d'initiation à l'art pour des enfants et des adolescents, car sa vertu pédagogique ne fait pas l'ombre d'un doute.




Des galeries d'art sous l'occupation, Emmanuelle Pollak, Galerie Frank Elbaz, 24 p., 5 euro.

Le catalogue est loin d'être exhaustif et l'exposition présentée à la galerie Frank Elbaz de Paris n'avait pas non plus la prétention de traiter le problème dans sa totalité : ni l'espace de cette belle galerie, ni les documents qui pouvaient y figurer ne sauraient suffire à tout dire de la question. C'est plus le désir de mettre en exergue cette question, car on est en droit de s'interroger sur le peu d'intérêt porté à la Libération aux galeries juives qui ont été littéralement pillées soit par les collaborateurs, soit par les Allemands. De grandes galeries de la première moitié du XXe siècle ont été spoliées pour une question raciale. Les lois iniques qui ont été décrétées sont le fait du seul gouvernement de Vichy : les occupants n'avait rien demandé au gouvernement de l'Etat français. L'histoire édifiantes de la galerie Paul Rosenberg, de la galerie Zac, de la galerie Bernheim, de la galerie Wildenstein (une longue lignée de marchands remontant au XVIIIe siècle - les tableaux que Georges Wildenstein avait placés dans des coffres à la Banque de France ont aussitôt été saisis par les Allemands, mais il a tenté de trouver un arrangement avec un marchand allemand, Karl Habersock en 1940, en échange d'un titre d' « aryen d'honneur »  et de la restitution d'une partie des oeuvres enlevées dans la galerie -, conscient que c'était un marché de dupe, il a émigré aux Etats-Unis en 1941) ), et de bien d'autres est raconté succinctement dans ce petit livre et dans les salles de cette galerie. La question mérite encore d'être posée : qui, parmi les Français de cette triste période, ont profité de cette manne céleste ? J'aimerais beaucoup que des réponses soient apportées à cette question.




21, rue de la Boétie, ... Picasso, Matisse, Braque, Léger..., Musée Maillon / Hazan, 280 p., 30 euro.

Sans doute est-ce un hasard du calendrier, mais le musée Maillol consacre une belle exposition en hommage à Paul Rosenberg, qui a été l'un des plus grands champions de l'art moderne dans sa galerie parisienne. Juif d'origine slovaque, son père ayant émigré en 1878, s'intéressa à la nouvelle peinture et s'est intéressé aux impressionnistes et à ceux qui les ont suivis. Il a voyagé beaucoup et a communiqué le virus de l'art à ses deux fils. Paul achète alors un Van Gogh, puis un Manet. Il doit travailler dans le commerce de son père avec son frère pur en reprendre bientôt la succession, qui négocie des antiquités, mais ils ouvrent leurs galeries en 1911, chacun de leur côté, Léonce rue de la Baume. Tous les deux s'intéressent de près au cubisme. Paul connaît Picasso en 1918, Braque, Léger, Marie Laurencin, Matisse, un peu plus tard. Ils ne prétendent ni l'un ni l'autre faire un travail de découvreurs de jeunes talents, mais veulent contribuer à renforcer l'intérêt porté à ces artistes. Paul a aussi l'envie de montrer des artistes étranger, et il montre des oeuvres d'Américains et aussi d'Italiens, comme Giacomo Manzù. Il ouvre une succursale à Londres et puis à New York plus tard. Léonce, lui, s'intéresse plus à L'Effort moderne. Mais il connaît des revers financiers et plusieurs artistes choisissent d'aller chez son frère. Jacques-Emile Blanche décrit sa galerie comme un « Ritz-Palace de l'art d'avant-garde ». Quand les nuage s'amoncèlent sur l'Europe, il a la sagesse d'envoyer une partie de son stock à l'étranger. Il suit de près l'exposition de « l'Art dégénéré » qui a lieu à Munich en 1937. On oublie pour l'Allemagne nazie ce n'était pas seulement une opération de propagande, mais aussi une opération commerciale. Rosenberg y fait des acquisitions à un coût intéressant. Une vente aux enchères est organisée deux ans après à Lucerne en Suisse, Quoi qu'il en soit il est pris de cours par les lois raciales de Vichy et se voit spolié de plusieurs centaines d'oeuvres, celles de la galerie et de celles qu'il avait placé dans une banque à Libourne grâce à une aimable dénonciation. La galerie est « aryanisée «  et reprise par Octave Duchez. Elle devient le siège de l'Institut d'étude des questions juives ! Il est parvenu à partir en 1940 pour les Etats-Unis et ouvre une nouvelle galerie à New York, aidé par son fils Alexandre. Pendant ce temps, des Français tentent de précéder les Allemands ou font commerce avec eux de leurs larcins. Le catalogue nous raconte les difficultés considérables des restitutions (question encore en partie en suspens de nos jours). Le catalogue es très bien fait et apporte de nombreux détails qui permettent de connaître à fond l'histoire de cette galerie exceptionnelle. Le seul reproche s'adresse à la couverture qui ne porte pas le nom des Rosenberg, mais seulement celle de l'adresse de la galerie de Paul. C'est faire référence au livre d'Anne Sinclair, certes, mais tout le nom ne sait pas forcément ce qui signifie cette adresse.




Arrestation et mort de Max Jacob, Lina Laghgar, « littérature », Editions de la Différence, 144 p., 15 euro.

Voici des pages écrites avec amour et passion sur l'un des poètes français les plus attachants du XXe siècle, Max Jacob. Elles relatent avec précision les derniers mois qu'il a passés à Saint-Benoît-sur-Loire, où il vivait dans une sorte de retraite religieuse, entrecoupée heureusement de visites d'amis. Pendant l'Occupation, certains de ces derniers lui ont conseillé de partir et de se cacher, surtout de l'aider à le faire. Mais il n'a pas voulu entendre raison. Il continuait sa petite vie scandée par les horaires des messes où il faisait office d'enfant de choeur dans la belle abbaye de cette triste petite ville. Puis il fut arrêté - il savait que déjà plusieurs de ses proches parents avaient été emmenés par les Allemands (à Quimper). On est venu le prendre par une de ces journées terriblement froides de février 1944 et on l'avait mis dans la prison d'Orléans sur laquelle la Gestapo avait la haute main. Il y a vécu dans des conditions abominables. Puis il a été transféré à Drancy, près de Paris, l'antichambre de l'Enfer. Averties de ce fait, plusieurs personnes cherchent à le sauver : Jean Cocteau, Sacha Guitry, Moricand, André Salmon, mais aussi Picasso (que l'auteur met en retrait :or, quand on consulte le catalogue de l'exposition « Picasso / Max Jacob » qui a eu lieu au musée Picasso de Paris, on doit admettre que Picasso a désiré participer au sauvetage du vieil homme malade. Cocteau parvient à obtenir la relaxe du poète, mais en réalité celui-ci était déjà mort depuis trois jours. Est-ce une coïncidence ou une ruse des Allemands pour faire plaisir aux gentils collaborateurs (Cocteau était de plus l'ami intime d'Arno Breker) ? Mystère. Max Jacob a été enterré à la hâte à Ivry-sur-Seine et quelques personnalités ont pris part à la messe (sauf Picasso, qui est venu, mais est resté dehors !). Pas de trémolos dans l'écriture, mais une pensée ardente pour cet homme si curieux, un converti et un vrai mystique, mais loin des dogmes ! Sa poésie nous enchante toujours et ce livre donne une image de l'homme qui l'a écrite avec beaucoup de précision et de tendresse.




Brion Gysin sans légende, François Lagarde, « Spectres familiers », Cipm, Marseille.

Il y a deux semaines, je vous ai entretenu de la carrière de François Lagarde. Mais j'ai totalement omis de vous parlez de son dernier livre, qui a paru sur les presses du Centre international de poésie de Marseille. Il s'agit en fait d'un petit album avec une préface de votre serviteur, publié à l'occasion de l' »Autre Colloque » autour de William Burroughs et de Brion Gysin à Tanger et à Marseille (il y a eu trois expositions de lui, deux à Tanger, l'autre à la Vieille Charité à Marseille). Il contient, cela va de soi, de nombreux portraits de Brion Gysin pendant son séjour parisien, de la moitié des années soixante-dix jusqu'à sa mort, en 1986. On le découvre dans son atelier, devant sa Dremachine que François avait refaite sur ses instructions pour l'exposition de la fondation Patiño à Genève (ce qui n'est pas mentionné dans un livre fait à la diable sur la fameuse Dreamachine), avec ses amis, de William S. Burroughs à Arthur Aeschbacher. C'est donc là un document historique et le testament de cet ami qui avait renié la photographie pour se dédier entièrement au film...




Les Cinq Livres des faits et dits de Gargantua et Pantagruel, Rabelais, édition de Marie-Madeleine Fragonard, traduit en français moderne par M.-M. Fragonard, « Quarto », Gallimard, 1664 p., 32 euro.

Je ne ferai pas 'offense au lecteur de raconter cette histoire qu'il a apprise au lycée, sinon à l'école primaire. Mais je lui propose de se demander avec moi si l'oeuvre de François Rabelais n'a pas un rôle fondateur pour notre littérature comme la Commedia de Dante Alighieri dans la littérature italienne ? L'ouvrage de Dante est une somme, elle aussi, écrite entre 1313 et 1321. Son intérêt pour nous est qu'elle est écrite en toscan. Dante avait écrit en 1303 un essai, De Vulgari eloquentia, qui défendait la « langue vulgaire » contre le latin. En quelque sorte, le « poeta somma » invente, avec la Commedia, la langue italienne et, en gros, cet ouvrage est compréhensible aujourd'hui. Le célèbre acteur Roberto Benigni l'a représentée piazza della Signoria à Florence pendant dix jours devant une foule immense, puis reprise à la télévision, où il y a eu de sept millions de spectateurs : le texte est connu de beaucoup pour avoir été étudié en classe et, en tout cas, quasiment compréhensible. Ce n'est pas le cas de Rabelais, dont certains passages sont assez clairs si l'on assimile l'orthographe de l'époque,tandis que d'autres sont franchement obscurs. Il n'a donc pas de rôle fondateur pour notre langue : ce sont les poètes de la Pléiade qui ont jeté les fondations de notre langage moderne, formalisé ensuite au XVIIe siècle. Dante a d'abord commis une somme théologique, accompagnée de considérations sur maints problèmes scientifiques, historiques et même politique, car il a été mêlé de près aux luttes intestines entre guelfes et ghibelins (incompréhensibles désormais, mais pour être simple, les guelfes soutenaient, lors de la crise de succession du Saint Empire romain Germanique, la dynastie des Welf et la papauté (par le suite la maison d'Anjou), alors que les ghibelins soutenaient les Hohenstaufen, quand Frédéric II est monté sur le trône). Toute l'Italie est engagée dans ces conflits interminables entre ces deux principaux clans, divisant la noblesse). Ces affrontements sont présents dans sa Comedia, tout comme les récits mémorables dont il a pu être le témoin ou avoir eu connaissance. François Rabelais ( ? 1483-1553) est d'une autre époque et aussi d'une autre culture politique. La France connaît bien des tourments, mais pas comme l'Italie du duecento. Le pouvoir est centralisé, il y a un royaume et un roi puissant et humaniste, François Ier. Ses livres sont construits à la manière des textes antiques, avec beaucoup de fragments, des dialogues et reprennent de temps à autre la forme de la chronique historique de la fin du Moyen Age. Il a aussi traité de questions religieuses (il a vécu dans un monastère au moins dix ans) et de questions de tous ordres. A l'inverse de Dante, il n'adhère pas à un système théologique bien établi, et n'hésite pas à le critiquer. Deux choses essentielles le séparent de la Commedia : le sérieux (lui, il a recours à la drôlerie et au grotesque, à la caricature et au portrait-charge), et l'utopie (il n'y a rien de comparable à l'Abbaye de Thélème chez Dante, qui ne voit l'accomplissement qu'au faîte du Paradis, auprès du Dieu souverain). Et puis, je le répète, il y a le problème de son écriture, truculente, d'une richesse inouïe, qui s'accompagne de réflexions sur le langage, parfois très graves, d'autres fois dérisoires. C'est l'humour qui lui permet d'être insolent et transgressif. Et sa transgression narquoise passe par un usage de langue classique et de langue vernaculaire, de patois, de l'argot de la mauvaise graine et même d'inventions pures. Alors, Gangantua et Pantagruel tiennent une place considérable dans notre histoire, mais une place incongrue et qui ne peut plaire que sous deux formes : celle des aventures phénoménales et à mourir de rire des deux géants, ou celle des vérités cryptées, comme celle de la Dive Bouteille dans le Cinquième livre des fait set dits héroïques du bon Pantagruel. Rabelais a joué avec le feu, et cela lui a valu la haine tenace des théologiens jusqu'à Calvin. D'ailleurs, ce livre ne paraît qu'en partie après son décès avec un ouvrage intitulé L'Isle sonnante (seize chapitres). D'aucuns lui contestent la paternité de ce dernier livre, où il associe une interprétation du voyage d'Ulysse dans l'Odysée et la quête du Saint Graal. Après avoir visité toutes sortes d'îles fort peu accueillantes à leur goût, les voyageurs abordent le royaume de la Quinte Essence, où la reine Entéléchie gouverne en prônant le raffinement et la sagesse avec excès. Nos compagnons sont des viveurs et des jouisseurs, cultivés sans aucun doute et avides de culture, peu versés dans la religion, peu aimables vis à visdu Palais, mais toujours en quête de connaissances et de beuveries dionysiaques.




Le Despotisme démocratique, « Carnets », L'Herne, 104 p., 6,50 euro.

Je dois avouer que je n'ai pas remis le nez dans un ouvrage d'Alexis de Tocqueville (1805-1859) depuis une éternité (je dois aussi avouer qu'il ne m'avait guère passionné). Les pages qui nous sont présentées dans ce petit livre sont extraites de son grand livre, De la démocratie en Amérique, paru en deux volumes en 1835 et en 1840. Sa conviction ? Que les peuples ont une aspiration inéluctable vers la démocratie. Il voit les vieilles monarchies sur le déclin partout en Europe. Son voyage dans l'Amérique républicaine (il ne faut pas oublier qu'il a passé l'essentiel de sa vie sous la Restauration et la finit pendant le Second Empire). Si la révolution lui donne bien l'idée de la concentration extrême du pouvoir, avec l'égalité obtenue par le peuple, il ne voit dans ce principe qu'une contradiction dans les termes. De ce point de vue, il n'a pas tort. A quoi a porté la Révolution de 1848 ? A la prise de pouvoir par le prince-président Louis-Napoléon. Il voit dans la société démocratique un danger sous-jacent : l'évolution vers la despotisme. Il voit cette société démocratique comme étant en mouvement perpétuel et, en cela, il ne s'est pas trompé. Et sa pente naturelle est de sans cesse plus s'en remettre à l'Etat pour que le lien social soit maintenu. Bref, malgré son style maniéré et gaufré et, il faut bien le dire, agaçant, il a eu une perception de la politique du monde occidental qui peut encore nourrir notre réflexion, même si elle ne met pas en jeu tous les éléments pour définir cette polis.




A la conquête du CAC 40, Claude Mineraud, « Politique », Editions de la Différence, 96 p., 7,90 euro.

Cela fait un drôle d'effet de lire ce petit essai programmatique après avoir relu les propos sur la démocratie en Amérique de Tocqueville. Je ne sais pas si l'auteur s'en est peu ou prou inspiré, mais il y a des similitudes. Bien entendu, Claude Mineraud parle du temps présent. Mais il est clair qu'il envisage une réforme de la fonction de l'Etat en France,, qui est devenu un problème avec la constitution de la Ve République, faite par un homme d'exception à sa mesure. Mitterrand a su l'utiliser avec habilité, mais depuis lors, les choses n'ont fait que se dégrader étant donné la médiocrité des présidents qui ont suivi. Le problème d'ailleurs là à mon sens : le personnel politique est de moins en moins visionnaire, de moins en moins philosophe et d'une culture de plus en plus étroite. Cela étant dit, j'ai trouvé des idées intéressantes dans ces pages, surtout d'un point de vue économique. La plupart des candidats se plient à une conception « réaliste » de l'économie, sans remette en cause son fonctionnement. L'Etat s'efforce de peser de tout son poids, mais n'a plus vraiment les moyens de le faire. Il possède presque plus de grandes sociétés, à part l'énergie et le chemin de fer et une compagnie d'aviation nationale. Mais la dissolution (il n'y a pas d'autres termes) de la grande industrie de notre pays est évidente et devrait se poursuivre. Cela dit, le tourisme est devenu une des grandes » industries, ce qui a transformé le territoire : c'est l'univers des quatre jeudis et des vacances à répétition. Benoît Hamon, au lieu d'imaginer un salaire universel, aurait dû penser à des vacances perpétuelles ! Pendant l'Occupation, les Allemands avaient déjà eu cette idée pour Paris. Je trouve vraiment ce livre intéressant, mais il ne tient pas assez compte de ce facteur et aussi des transformations de plus en plus profondes engendrées par la révolution électronique et robotique. Mais je ne lui fais qu'un seul reproche, comme tous les candidats en lice, il ne parle pas une seconde de la culture, qui a aussi sa dimension économique.
Gérard-Georges Lemaire
16-03-2017
 
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Verso n°106

L'artiste du mois : Christian Renonciat

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Christophe Cartier au Musée Paul Delouvrier
du 6 au 28 Octobre 2012
Peintures 2007 - 2012
Auteurs: Estelle Pagès et Jean-Luc Chalumeau


Christophe Cartier / Gisèle Didi
D'une main peindre...
Préface de Jean-Pierre Maurel


Christophe Cartier

"Rêves, ou c'est la mort qui vient"
édité aux éditions du manuscrit.com