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[verso-hebdo]
13-04-2017
La chronique
de Pierre Corcos
Un peintre sensationnel
La sensation n'est-elle pas la donnée la plus immédiate, la plus élémentaire, précédant la connaissance ? Sensations visuelles premières, pures : intensités, couleurs et lignes... L'objet n'est pas encore perçu, construit, mais seules des qualités ressenties excitent la vision. La sensation ne fournit pas alors une image de l'excitant, elle est juste une réaction biologique de l'organe sensoriel - avec ses caractéristiques de seuils - à son environnement. Les nourrissons, également les malades souffrant d'agnosie, ou bien quelques peintres qui travaillent sur cette fulgurance première de la vision ont accès à la sensation pure. Ces peintres-là furent sans doute inspirés par d'autres artistes, ou bien ils étaient pris dans une forme d'urgence, ou encore cette gerbe de sensations exprimait, exaltait leur jubilation.
L'un des artistes préférés des Belges, Rik Wouters (1882-1916), cumule ces trois conditions... Pour vérifier comment cette oeuvre - que certains critiques et historiens d'art (cf. Paul Fierens) inscrivent dans le « fauvisme brabançon » - nous offre si généreusement cette jouvence de la sensation lumineuse, chromatique, il faut se rendre à Bruxelles. Précisément dans les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, où se tient, jusqu'au 2 juillet, une large exposition rétrospective de plus de 200 peintures et dessins que signa Rik Wouters. L'ampleur de cette exposition n'a été rendue possible que par le partenariat entre les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique et le Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers.

En sa brève existence (il est mort d'un cancer dans sa trente-quatrième année), Rik Wouters n'est pas arrivé tout de suite à l'évidence sensitive de cette peinture à la touche rapide et à l'ample palette, qui « atomise » parfois la représentation. Bien au contraire : fils d'un sculpteur sur bois et passionné par Rodin, par la sculpture gothique, l'artiste réalisa de puissantes oeuvres en trois dimensions d'une plénitude sensuelle débordante (cf. La Vierge Folle inspirée par la danseuse Isadora Duncan). C'est la sculpture qui lui valut reconnaissance (et possibilité de vivre de son art), elle l'emporta même sur la peinture jusqu'en 1911... Mais, dès 1908, l'aquafortiste, le dessinateur qu'il est aussi, travaille sur des paysages en notations brèves, concises. En outre, il s'est marié avec la jeune Nel qui deviendra sa muse et son modèle, disponible à tout moment (jusque même au saut du lit !) pour croquis peints et peintures promptes qui chantent, magnifient l'instant présent et amoureux. Rik Wouters s'est tourné vers la peinture en autodidacte, sans doute influencé par la période impressionniste de James Ensor, qu'il révère. Dessinant beaucoup, à l'aquarelle, au fusain, jetant des couleurs claires et vives sur du carton, il cherche en fait ces notations premières, essentielles, avant que la figure n'impose la prégnance de sa forme. Installé près de Bruxelles, à Watermael-Boitsfort, pour soigner la tuberculose de Nel (cf. La Malade au châle blanc), en bordure de la forêt de Soignes, Rik Wouters vit dans une sorte d'éden, dans la nature et avec sa femme adorée. Prémonition de sa mort prochaine ? Sentiment de précarité hédoniste ?... On dirait que le peintre veut, par la fulgurance du geste pictural, traduire à la fois celle de la sensation, de l'existence et de la joie. Tout le réel se tient dans l'instant présent...
Ayant visité à Paris les collections Durand-Ruel, Vollard et Pellerin, il s'est enthousiasmé pour Cézanne. Mais ce n'est pas lui : Wouters est bien plus rapide, allègre, intimiste. Il serait proche dans certaines peintures (cf. l'admirable Repasseuse) de Renoir, sauf que, chez Wouters, les tons purs, saisis dans leur valeur expressive directe plus que dans un effet impressionniste d'ensemble, les contrastes qui entre les rouges et les verts rugissent (cf. La femme en rouge) contribuent à le catégoriser dans le fauvisme. Mais l'étonnant, chez ce « fauve belge », ce sont toutes ces parties entières de la toile laissées vierges, ces motifs juste esquissés, de plus en plus elliptiques, comme s'il fallait à tous prix sauver la fraîcheur, l'immédiateté de la sensation. Et puis les couleurs sont intuitivement choisies pour leur effet psychologique euphorisant, comme chez Matisse à qui parfois on l'a comparé. La peinture devient alors cet acte jubilatoire qui entraîne le spectateur dans sa farandole...

L'année dernière, au Musée de la Mode d'Anvers, avait eu lieu une exposition intitulée Rik Wouters et l'Utopie Privée. Croisant des oeuvres du peintre, d'autres artistes et de créateurs belges contemporains de mode, elle rassemblait tous ceux qui voulaient, à travers l'enchantement des couleurs, le sens de la lumière et les joies de l'amour, dégager des espaces alternatifs aux stress urbanistiques et technologiques. Mais Rik Wouters, lui, n'a pas eu le temps de s'installer dans cette « utopie privée » : la quête de l'éblouissante et pure sensation, de l'instant présent comme absolu a-t-elle pu vraiment compenser la pathétique brièveté de sa trajectoire ?
Pierre Corcos
13-04-2017
 
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Verso n°106

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