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[verso-hebdo]
04-05-2017
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
A propos de la grandeur de Michel-Ange
Le musée Condé du château de Chantilly inaugure son nouveau cabinet d'arts graphiques avec quelques splendides pièces de la collection de quatre mille dessins réunie par le duc d'Aumale, Henri d'Orléans, au XIXe siècle. Le richissime duc aimait surtout la Renaissance italienne : d'où le choix des conservateurs qui titrent avec les noms de Bellini, Le Parmesan et Michel-Ange (mais il y a aussi Le Titien, Il Pordenone, Le Tintoret, Fra Bartolomeo etc.). La feuille maîtresse de l'exposition est de Michel-Ange (l'autre dessin annoncé sous son nom est en fait une copie d'après une gravure reproduisant Le Jugement dernier !) : il s'agit de Groupe de quatre figures debout et un drapé, vers 1501/04, plume, encre brune et grise, 261 x 386 mm. Il a alors 26 ans et se trouve en plein dans sa période « autodidactique » : il étudie avec passion les fresques de Giotto et Masaccio en même temps que les oeuvres de la Rome antique surtout connues par un livre de modèles, mais il ne s'agit en aucun cas pour lui de simplement les copier. Il recherche, alors qu'il a déjà affirmé sa totale maîtrise artistique avec en particulier l'admirable marbre de la première Piétà (1500), non des modèles mais des images directrices. Les Quatre figures de Chantilly correspondent au moment où il regarde la Sagra del Carmine par Masaccio (fresque aujourd'hui perdue). Il s'intéresse au rapport entre le corps et le vêtement, et remanie les détails pris pour point de départ jusqu'à les refondre intégralement. Les Quatre figures constituent un exemple remarquable de dessin autodidactique : l'autonomie croissante prise par Michel-Ange rend impossible l'identification précise des modèles. L'artiste est bien parti d'oeuvres du quattrocento et de la Rome antique, il est résolument « classique », mais il les a rendues méconnaissables. Sa libération est alors totale. Reste à savoir ce qu'il va faire de cette maîtrise et de cette liberté. Tout ce que l'on peut dire, c'est que le modèle antique inanimé a été enrichi et modifié par l'observation de la nature. Mais ensuite ?

Cette question ne semble pas pouvoir être résolue dans les limites pourtant vastes de la collection du duc d'Aumale. Pour savoir ce que Michel-Ange a fait de la liberté ainsi conquise lorsqu'il est parvenu au sommet de sa maturité trente ans plus tard, il faut consulter les trésors de la Bibliothèque royale de Windsor. On y trouve en particulier d'extraordinaires dessins réalisés à l'intention de Messer Tommaso de' Cavalieri, un jeune noble romain à qui Michel-Ange voulait apprendre à dessiner. Un Tityus à qui le vautour déchire le coeur fait partie de l'ensemble. Le Châtiment de Tityus (1532, craie noire, 190 x 330 mm) montre le géant de la mythologie grecque comme un être né de la terre et débordant de force. Or Michel-Ange, animé par une intense créativité, a décalqué son grandiose Tityus couché, l'a relevé et en a fait un Christ ressuscitant qui va s'élever au-dessus du sarcophage ouvert (Décalque du Châtiment de Tityus, transformé en esquisse pour un Christ ressuscité, 1532, craie noire, 330 x 190 mm, Bibliothèque royale de Windsor).

De cette esquisse, Michel-Ange fit quelques mois plus tard une sanguine extraordinaire, qui marque son passage du classicisme à l'anti-classicisme. On est sûr de la date : l'historien de l'art Johannes Wilde a irréfutablement daté le dessin La Résurrection du Christ (Sanguine, 155 x 170 mm, musée du Louvre) d'un séjour de Michel-Ange à Rome entre août 1532 et juin 1533. L'artiste avait peut-être l'intention de peindre une Résurrection du Christ pour la chapelle Médicis ou la Sixtine. Le dessin resté sans suite se singularise par la formidable énergie du mouvement qui anime la figure et par la beauté corporelle du nu découvert par le geste du Ressuscité qui rejette son linceul. Ce Christ forme une oblique placée non pas au centre mais à gauche de la composition. Rien à voir avec les figures verticales disposées selon l'ordre classique. Michel-Ange se révèle ici comme un maître génial du baroque. Voilà où l'a conduit la liberté conquise pendant sa période autodidactique. La collection de Chantilly ne permettait peut-être pas de faire cette démonstration et on ne lui en fera naturellement pas reproche. Mais la présentation du Groupe de quatre figures debout et un drapé invitait à une réflexion sur la grandeur du génie absolu de l'histoire de l'art en Occident. Il fallait sans doute en profiter.

Bellini, Michel-Ange, Le Parmesan, L'épanouissement du dessin à la Renaissance. Commissaire : Mathieu Deldicque, conservateur du patrimoine au musée Condé, Chantilly. Catalogue éditions Faton et Domaine de Chantilly, jusqu'au 20 août 2017.
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
04-05-2017
 
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Verso n°106

L'artiste du mois : Christian Renonciat

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