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[verso-hebdo]
23-02-2012
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Qui est Jacques Monory ?
Avec deux belles expositions, Lyon célèbre actuellement Jacques Monory : à la galerie IUFM Confluence(s) pour les grands formats, d’une part, et à la galerie Anne-Marie et Roland Pallade pour les petits formats, d’autre part (jusqu’au 24 mars). Mais qui est Jacques Monory ? Un toujours jeune peintre français de 88 ans, co-fondateur de la Figuration narrative en 1964, qui a cessé de se rajeunir depuis quelques années. Il m’en a confié les raisons au cours d’un long entretien enregistré, jamais publié. L’occasion me semble venue d’en donner des extraits qui éclaireront peut-être ceux qui s’interrogent sur cette personnalité à la fois discrète et très connue. Tout d’abord donc, l’âge : « Aujourd’hui, je ne me rajeunis plus, j’aurais même plutôt tendance à me vieillir… Pendant longtemps je me suis en effet rajeuni de dix ans. C’était une liberté et peut-être une coquetterie, ou plutôt une prothèse supplémentaire... » Il avait en effet passé dix ans comme graphiste vedette chez Delpire à ses débuts, et avait décidé ensuite de tout recommencer à zéro : « J’ai compris que j’avais passé dix années sans vraiment peindre, et j’ai voulu les rattraper... »

Pourquoi parlait-il d’une « prothèse supplémentaire » ? Monory s’est lui-même figuré dans de nombreux tableaux, toujours coiffé d’un feutre et portant des lunettes fumées. Il est souvent armé d’un revolver ( le grand tableau Métacrime n° 5, à l’IUFM, représente même toute une collection de mitraillettes et revolvers). Un oncle lui avait donné un véritable revolver quand il était très jeune et ce fut pour lui une révélation. Il obtiendrait plus tard un permis de port d’arme pour pratiquer sérieusement le tir. « Oui, tout est prothèse finalement. Les lunettes noires en sont aussi. L’apparence que j’ai choisie pour moi-même vient tout droit des films noirs américains que je voyais quand j’étais enfant. J’ai décidé de me servir de tout ça, mais je voudrais bien, à travers ces mensonges, dire la vérité ».

Les tableaux de Monory sont bleus, ils procèdent de photographies généralement prises par l’artiste au cinéma ou devant sa télévision. « Si la photo n’existait plus, il faudrait que je me recycle, d’ailleurs je n’aurais peut-être jamais été cyclé. Intermédiaire idéal pour moi. Montrer la réalité et indiquer que celle-ci n’existe pas... » Les Métacrimes exposés à la galerie Confluence(s) datent de 1988, ils ont pour origine un projet à propos de Sade. « Jouffroy voulait faire une exposition dans le château natal du marquis de Sade avec plusieurs artistes dont moi. Mais l’exposition ne s’est pas faite parce que des membres du Conseil Régional ont eu peur. C’est dommage, car je crois que l’exposition aurait été intéressante. J’avais fait trois tableaux ; il y avait des aigles, des armes, c’était assez cruel. Mais je ne suis pas un fanatique de Sade, je le trouve un peu répétitif ! » Les petits formats de la galerie Pallade ont été réalisés depuis 2009 ( www.pallade.net). Ils se déroulent comme un film (Monory est aussi cinéaste). Ce sont notamment des Peintures sentimentales ou des Romans photo : toutes ces images remémorent son œuvre en se rattachant à des épisodes de sa vie. On reconnaît même la terrasse de son atelier de Cachan où il lui arrive de jardiner (« J’aime bien le jardin, je jardine sur ma terrasse de Cachan. J’ai horreur de la nature à la campagne, mais ici je la trouve touchante... ») Bref, Monory est partout dans son œuvre, mais attention : « ce n’est pas un autoportrait. Rembrandt par exemple faisait son visage dans tous les sens : c’était du portrait psychologique. Moi je fais du théâtre, je me représente mais je ne me présente pas. » Œuvre théâtrale en effet, mais modeste (« J’essaye au moins de travailler avec la rareté des formes que donne la vie »). Ce n’en est pas moins ce que l’on aurait appelé en d’autres temps de la grande peinture.
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
23-02-2012
 
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Verso n°126

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du 6 au 28 Octobre 2012
Peintures 2007 - 2012
Auteurs: Estelle Pagès et Jean-Luc Chalumeau


Christophe Cartier / Gisèle Didi
D'une main peindre...
Préface de Jean-Pierre Maurel


Christophe Cartier

"Rêves, ou c'est la mort qui vient"
édité aux éditions du manuscrit.com