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[verso-hebdo]
14-04-2011
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Vik Muniz, une rédemption ?
Tout a été dit par la presse, de manière unanimement enthousiaste, sur le film Waste Land retraçant une expérience du photographe brésilien Vik Muniz qui a travaillé pendant trois ans sur la plus grande décharge d’ordures du monde : Jardim Gramacho (2006-2008). Le documentaire est sorti le 23 mars en France : il faut supplier Marin Karmitz de le maintenir dans ses salles le plus longtemps possible car il est remarquable. Rappelons brièvement que l’artiste, suivi par la caméra complice de Lucy Walker, est allé à la rencontre des pauvres gens qui trient les ordures pour le compte de sociétés de récupération (les « catadores »). Il en a sélectionné une demi douzaine, magnifiques de courage et d’humanité, dont il a fait les portraits. Ensuite, et là est l’essentiel, il a projeté ces photographies-matrices sur le sol dans un format géant, et il a invité chacun à investir personnellement son image en y déposant des déchets qu’il manipule quotidiennement. Il en a résulté une série de clichés bouleversants présentés avec un immense succès au musée d’art moderne de Rio (un million de visiteurs), puis proposés à une vente aux enchères en 2008, au seul bénéfice des catadores qui ont trouvé là un moyen miraculeux de sortir de leur condition. Une bonne action évidemment, fort bien filmée, mais aussi une illustration passionnante de ce qu’il en est aujourd’hui du marché de l’art.

Pour pouvoir entreprendre le film, il fallait être un artiste célèbre, capable d’inspirer confiance au mécène, le géant brésilien de l’électricité Eletrobras. C’est le cas de Vik Muniz, photographe de talent, qui a su choisir depuis au moins dix ans des sujets de nature à lui conférer la grande notoriété. Les français se souviennent par exemple de son exposition intitulée Erotica, en 2001 à la galerie Xippas, provocante au point de déstabiliser Catherine Millet elle-même (« aussi averti que l’on soit, a alors écrit la directrice d’Art Press, on en prend plein la figure, cibachromes et C-prints d’un mètre soixante à plus de deux mètres cinquante de côté présentent en gros plan des fesses, des seins ainsi que des verges pénétrant des vulves selon à peu près tous les angles de vue... ») N’insistons pas davantage : le brésilien sorti d’un milieu pauvre (comme ses modèles) a su conquérir gloire et argent dans le monde tel qu’il est, et ce qui nous intéresse, c’est la manière dont il réussit aujourd’hui à contester ce dernier.

Nous voyons dans le film Vik Muniz emmener à Londres, pour la vente chez Phillips de Pury & Company, l’un de ses modèles et co-auteurs, Sebastiao, qu’il a fait poser en Marat mort dans sa baignoire au milieu des détritus, d’après le tableau célèbre de David (Muniz utilise souvent des œuvres classiques dans ses compositions). Nous observons à cette occasion un arrêt révélateur des deux hommes devant l’une des pièces qui vont être mises aux enchères en même temps que les leurs : une petite étagère contenant des produits pharmaceutiques, signée Damien Hirst. Sebastiao est interloqué : ça, de l’art ? Vik Muniz commente en rigolant : « ça devrait dépasser le million de dollars ! » (c’est effectivement ce qui s’est passé). Apparaît alors Simon de Pury en personne, qui se réjouit de ce que Muniz a contourné les galeries, et présente directement en salle des ventes cette série Pictures of Garbage issue du séjour à Jardim Gramacho. Et pour cause : l’exemple commercial est donné en cette même année 2008 par Damien Hirst, justement, qui écoule 218 œuvres chez Sotheby’s pour un total de 120 millions de dollars (record du monde pour un artiste vivant). Sebastiao va « faire » quant à lui 28.000 livres (50.000 dollars) : somme énorme à ses yeux, qui va changer sa vie (ses camarades totalisent de leur côté 200.000 dollars). Vik Muniz a voulu que cet argent revienne aux catadores, et ce qu’ils ont vendu est vraiment de l’art, chargé d’une force morale et esthétique impressionnante. Avec sa fortune, Damien Hirst s’est notamment acheté le manoir de Toddington (Gloucestershire) pour abriter ses Jeff Koons et ses Francis Bacon. Il n’a jamais prétendu que ses pièces vendues par Sotheby’s étaient de l’art : tout au plus de « l’art contemporain », ce qui n’est pas la même chose comme on sait. Sebastiao avait donc raison de se méfier. On peut tirer de cette petite histoire pas mal de conclusions, n’est-ce-pas ?
J.-L. C.
jl.chalumeau@usa.net
14-04-2011
 
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Verso n°126

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