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[verso-hebdo]
11-02-2021
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Raynaud sera toujours Raynaud
L'exposition de Jean-Pierre Raynaud galerie Laurent Strouk a pour titre « Raynaud », tout simplement (jusqu'au 20 février). C'est bien dans la manière de l'artiste. Je me souviens qu'il s'était un peu énervé devant moi face à un quidam qui persiflait devant ses « drapeaux ». « De deux choses l'une lui disait-il, ceci est pour vous soit un drapeau soit un Raynaud. Si vous ne pensez pas que c'est un Raynaud, vous n'avez rien à faire ici. » Cette fois-ci, ce sont des cibles en émail : du rouge du blanc, avec deux impacts différents pour chacune. Ce n'est pas tout : à l'étage on retrouve des céramiques. Ce sont des carreaux uniques, blancs naturellement, chacun étant maculé d'une tache de rouge différente. Il s'agit d'un retour aux origines particulièrement émouvant pour un témoin de ma génération : celle de Raynaud lui-même. C'est en effet il y a exactement cinquante ans que je signalais dans mon premier livre sur ce que l'on n'appelait pas encore l'art contemporain la démarche originale du jeune Raynaud. J'illustrais mon propos avec une photographie par André Morain montrant l'artiste, très grand et très mince, debout au milieu de longues rangées de ces pots qui l'avaient déjà fait connaître grâce à l'initiative décisive de Pierre Restany.

Car Raynaud ne s'était pas formé à l'art : devenu pupille de la nation à la suite de la mort de son père, tué par le bombardement de l'usine où il travaillait en 1943, il avait été orienté vers une école d'horticulture qui fut pour lui un cauchemar. « A l'école d'horticulture, a-t-il raconté, on m'avait appris à soigner les fleurs, mais pas à les empêcher de mourir. Je décidais d'éviter de nouvelles victimes en remplissant les pots avec du ciment. » Ces pots étaient peints en rouge, ils traduisaient une révolte contre le scandale de la mort végétative. Déjà à l'époque Raynaud dénonçait à sa manière le danger de la déshumanisation du monde résultant du développement unilatéral de la civilisation matérialiste. Il présentait aussi des béquilles, des appareils cliniques destinés au prolongement artificiel de « la vie ». Il montrait encore des pelles - celles des fossoyeurs - associées à une obsédante photographie d'un garçon recroquevillé au fond d'une cellule recouverte de carrelage blanc. Une image de lui-même, peut-être, qui devait régulièrement subir des séjours en clinique psychiatrique. Il appelait tout cela des psycho-objets. Le carrelage en particulier deviendrait essentiel dans l'histoire de sa création.

Raynaud n'avait appris ni à peindre, ni à dessiner, ni à sculpter, mais il était authentiquement devenu un artiste, et tout ce qu'il signerait désormais serait par conséquent de l'art. Depuis plus de cinquante ans il produit ainsi « des Raynaud » comme ceux que l'on peut voir aujourd'hui chez Laurent Strouk et dans des musées du monde entier, y compris celui de La Havane où Fidel Castro à installé le drapeau de Cuba, cadeau de l'artiste devenu « un Raynaud ». Les épisodes de sa carrière sont bien connus, à commencer par sa « maison » entièrement construite en carrelage de céramique blanc, à partir de 1970. Le carrelage aurait de multiples variantes : arrêtons-nous à l'Autoportrait réalisé entre 1980 et 1986, installé en 1987 sur une place de la ville de Québec. Il s'agit d'un monument de marbre blanc avec joints de granit noir de plus de sept mètres de hauteur (le carrelage de céramique n'étant pas possible à cette échelle) intitulé Autoportrait. Ce n'était en rien un objet décoratif minimaliste. Son sous-titre, Dialogue avec l'histoire, le signifiait assez. Ce cube carrelé était posé, légèrement en oblique par rapport à la trame du support. « Ce décalage subtil , avait dit l'artiste, c'est un peu mon corps (...) Je me suis permis l'accident et je pense que cet accident est riche de signification. C'est aussi un psycho-objet épuré. » Le décalage signifiait donc l'irruption de la vie de l'artiste dans l'oeuvre, vie d'un être animé par le désir de combler un manque éprouvé depuis l'enfance. Et les cibles aujourd'hui ? Ne cherchez pas trop : ce n'est sans doute que la même chose. En tout cas, ce sont bien « des Raynaud ». Car Raynaud sera toujours Raynaud.

www.laurentstrouk.com
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
11-02-2021
 
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Verso n°126

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du 6 au 28 Octobre 2012
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Christophe Cartier

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