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[verso-hebdo]
11-02-2021
La chronique
de Pierre Corcos
Paroles de femmes
« Le théâtre est une tribune. Le théâtre est une chaire. Le théâtre parle fort et parle haut », écrit Victor Hugo dans la préface de Lucrèce Borgia. La parole de celles et ceux qui s'y expriment garde ce privilège de n'être pas entravée, interrompue ou contredite. Et, même si elle paraît s'adresser aux protagonistes de la pièce, c'est bien à nous, par ricochet, qu'elle se confronte... Deux puissantes paroles féminines nous furent données à entendre : dans Jubiler de Denis Lachaud, et dans Una Madre d'après Le Testament de Marie de Colm Tóibin. Vu le contexte de l'épidémie, ces représentations étaient réservées aux professionnels et à la presse (donc public restreint et protocole sanitaire) pour préparer une diffusion, une exploitation ultérieures, après la réouverture souhaitée des théâtres et pour tous les spectateurs.

Mathieu est divorcé, Stéphanie déjà veuve. Ils se sont contactés par une applications de rencontres dans l'espoir de vivre ensemble. Les deux personnages de Jubiler ont déjà la cinquantaine. Denis Lachaud a eu cette idée judicieuse d'alourdir ainsi par l'âge le frêle esquif du couple futur : la peine, les déceptions, la charge des enfants, les plaies de la vie, le perfide sentiment d'échec, le blême horizon de la vieillesse sont déjà là, accompagnant leur premier rendez-vous. Voilà qui s'ajoute à la tragédie inhérente à la survie de tout couple, de l'usure inéluctable à la cruelle désidéalisation. Le titre de la pièce, Jubiler, témoigne donc de l'ampleur du défi. Jubiler suffisamment pour, après cinquante ans, avoir toujours l'envie de continuer à vivre à deux, jusqu'à la vieillesse, jusqu'à la mort. Mais, dans ce couple, la parole de Stéphanie (fougueuse Judith Rémy) reste la plus percutante, parole de femme vibrante qui s'imprime en nous. Ce n'est pas tant que ce beau ce personnage féminin ait pu vaincre sa culpabilité d'avoir en quelque sorte « trahi » ses parents en s'élevant socialement, ou celle d'avoir survécu quand son mari a trouvé la mort, mais plutôt que son intransigeance, en face de la médiocrisation servile des couples ou des habituelles concessions féminines, est intacte, héroïque. Si tu veux de la compagnie, assène-t-elle à Mathieu, tu n'as qu'à prendre un chat ! Elle sait ce qu'elle ne veut pas : perdre son indépendance, aliéner sa liberté. L'auteur ne nous sert pas un discours féministe de plus mais nous confronte à une fière parole féminine. Persuasive jusqu'à même une sorte de violence... Mathieu (touchant Benoit Giros) suit tant bien que mal, lui, devant affronter ses peurs, et sa hantise que ce soit là sa dernière chance (on pense au film Last chance for love de Joel Hopkins, avec l'excellent Dustin Hoffman). La pièce nous propulse d'un coup trente ans après : ils sont vieux désormais, et le radeau fragile de leur amour a tenu le cap, en dépit des tourmentes et des orages. Cette oeuvre, à la fois grave et optimiste, est bien théâtralisée par la mise en scène fluide, dépouillée, dynamique de Pierre Notte. Les comédiens s'affairent dans ce carré blanc au sol, se déshabillent (symbole du « déshabillage » psychologique ?) et se rhabillent sans cesse dans les changeantes lumières d'Eric Schoenzetter. La voix off récitative surplombe des paroles intenses, parfois excédées...

Dans Una Madre la bouleversante parole que l'on entend est celle d'une femme, d'une mère avant d'être celle de Notre Dame, de la Sainte Vierge... Dans un court roman présenté comme un monologue théâtral, Le Testament de Marie, le romancier et scénariste irlandais Colm Tóibin imagine qu'en deçà - ou à l'encontre - du récit biblique, de la sanctification, de l'embaumement dans une iconographie religieuse, la mère juive de Jésus, Marie de Nazareth, arrachant les baillons que l'hagiographie et la tradition ont pieusement collés sur sa bouche, se soit vivement exprimée dans un testament. Elle y raconte ce qu'elle a réellement enduré, l'éloignement puis la mort effroyable de son fils... On imagine facilement quel public cette humanisation populaire d'une figure religieuse pourra heurter. Mais, en s'incarnant dans le cri d'une mère, la légende biblique trouve ici une prégnance inattendue, d'autant plus que la metteure en scène et dramaturge Amahi Saraceni a eu cette initiative originale de faire dire le texte en français et en italien ou en dialecte napolitain surtitrés. Énergiquement, Vittoria Sconamiglio incarne cette mère, italienne et/ou juive, qui crie sa douleur. Mais qui repousse indirectement aussi la société des hommes ayant condamné son fils, et celle des disciples se préparant déjà à édifier la Légende, la nouvelle religion victorieuse. L'idée est d'autant plus originale qu'Amahi Saraceni a voulu faire d'Una Madre à la fois une pièce de théâtre, une installation et un concert. Elle prétend qu'ici « chaque art se côtoie, s'affirme, s'isole et met l'autre en lumière ». On peut émettre quelques réserves sur la dernière affirmation de cette phrase, tant le dispositif musical tout à fait étonnant d'Alvise Sinivia capture l'attention, de la même manière que la scénographie de Franck Jamin intrigue. Si l'on ajoute le surtitrage en français et la danse, on peut craindre par moments une dispersion des langages scéniques.
Il nous faut donc revenir sans cesse à la vigoureuse parole de cette mère éplorée. À sa dimension subversive aussi, quand elle a par exemple l'audace de dire, parlant de Jésus et de ses disciples : « (...) mon fils imposait le silence et s'adressait à eux comme on s'adresserait à une foule, avec une voix fausse et raide que je ne supportais pas... ».
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
11-02-2021
 
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Verso n°125

L'artiste du mois : Frédéric Brandon

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