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[verso-hebdo]
25-11-2021
La chronique
de Pierre Corcos
Le corps, motif et prétexte.
Rendre le familier étrange et, à l'inverse, nous familiariser avec l'étrange... Ce programme de l'art moderne et les démarches qui en découlent ont inspiré bien des artistes. Un dessinateur et graveur comme Hans Bellmer a pu aller jusqu'à écrire : « L'objet identique à lui-même reste sans réalité ». Déjà, regarder longtemps quelque chose en l'isolant de son contexte ou environnement lui confère une réalité hallucinatoire... Fragmentant par la photographie en noir et blanc son propre corps, en isolant ses morceaux et en les agrandissant, John Coplans (1920-2003) a dévoilé un objet énigmatique, d'une étrange réalité. Jusqu'au 16 janvier à la Fondation Henri Cartier-Bresson, l'exposition La vie des formes propose au regard une quarantaine d'oeuvres issues des collections françaises : les petits tirages du début et les grands formats et montages à partir de 1988. Par ailleurs, des résonances avec quelques oeuvres d'autres artistes, contemporains ou historiques, ayant soutenu son expérience, situent mieux le travail de ce photographe autodidacte, qui n'a vraiment amorcé l'oeuvre par laquelle on le (re)connaît qu'à l'âge de... soixante ans. Mais le thème du corps masculin vieillissant peut s'interposer comme texte central du propos esthétique, quand il n'en est qu'un prétexte.

En grossissant le détail, John Coplans montre un corps qui n'est plus jeune et en des aspects qu'évite soigneusement la grande majorité des photographies. Des poils, des veines, des rides, des crevasses, des flétrissures, un abdomen saillant, de gros ongles de pieds et un sexe qui pendouille exhibent autant les réalités pénibles de notre « incarnation » qu'ils en déchirent les belles images idéalisantes. La tentation d'une lecture seulement vériste (et indirectement critique) de son oeuvre reste prégnante, pouvant aller parfois jusqu'à illustrer le « soma sema » platonicien (« le corps est un tombeau »), et surtout sa perpétuation chrétienne... Les récepteurs d'une oeuvre sont culturellement conditionnés. Et pourtant, si l'on peut admettre dans cette recherche une dimension d'expressionnisme, que le photographe britannique a pu apprécier dans la peinture de Philip Guston et les photographies violentes de Weegee, une stricte lecture naturaliste nous égarerait. Le commissaire d'exposition, Jean-François Chevrier (avec la collaboration d'Élia Pijollet), spécialiste de ce photographe, la révoque, l'exclut. Et il a choisi à dessein le titre de l'exposition : « la vie des formes » attire clairement notre attention sur des homologies ou des variations formelles. Fidèle au propos de Coplans lui-même, qui commente ses oeuvres en ce sens, Jean-François Chevrier résume : « l'exposition restitue les jalons de la création de formes imaginaires, entre réalisme et fantastique ». Enrichissement de la réalité du corps par l'imagination, les affleurements de l'inconscient... Effectivement, lorsque nous nous approchons de la photographie intitulée « Torso » (juste le torse velu de Coplans), nous croyons apercevoir une figure assez monstrueuse aux yeux globuleux et au fin sourire, que l'artiste interprète ainsi : « Ici ma poitrine est un dessin de visage du 17ème siècle ». Et, à propos de cette grande main gauche, prise du dessus et dont les plis de vieillesse ont été soigneusement rassemblées de façon à « dessiner » un sourire, Coplans écrit ces mots : « J'ai fait sourire ma main ». Une autre fois il compare la photographie de ses pieds aux « fragments d'une crucifixion médiévale » (sic), mais jamais il ne verse dans une lecture misérabiliste (le corps et sa décrépitude) de son travail. Le professeur à Berkeley, le critique d'art, le commissaire d'exposition, le directeur de musée qu'il fut longtemps ne sont jamais loin ; et leur savoir, leur érudition repositionnent les expériences du photographe autodidacte. Coplans nous invite en fait à un voyage où nous abandonnons le territoire sécurisant de la perception déterminée par le langage et la mémoire, pour nous aventurer dans une rêverie interprétative. Un peu comme dans le test projectif des taches d'encre (Rorschach). Que croit entrevoir en effet le visiteur devant « Dos, bras au-dessus » ?... Une curieuse statuette primitive ? Un personnage de « cartoon » ? Et qu'imagine-t-il devant ses « Mains écartées sur les genoux » ? Que croit-il distinguer au milieu ?

John Coplans dit : « Je me parcours. Je m'intéresse à la frontalité, au format, à l'échelle, aux tensions avec les bords, au dessin - à l'idée qu'on peut dessiner avec l'appareil photo ». On ne voit jamais son visage, aucune complaisance narcissique chez lui. Alors appeler Self portraits ces fragments de corps, parfois combinés entre eux dans des montages formant une image unique mais disjointe, est à entendre comme de l'humour anglais. Si les photographies sont à l'évidence longuement réfléchies, elles disent peu de choses voire rien sur leur auteur, sauf que leur mise en forme, leurs références suggèrent le peintre qu'il fut d'abord, et son choix premier de l'abstraction géométrique. La précision extrême de la photographie jointe à sa grande taille, son noir et blanc subtil, ses découpages déréalisent-ils le corps ? Les mots enferment déjà ce que nous voyons dans une trompeuse identité.
Libérez du connu l'image de notre corps, si proche, si banale, si familière, et une autre réalité en surgira. Bien plus que le volume apparent ou la perspective, elle est son authentique troisième dimension.
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
25-11-2021
 
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Verso n°129

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Peintures 2007 - 2012
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D'une main peindre...
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Christophe Cartier

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édité aux éditions du manuscrit.com