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[verso-hebdo]
03-01-2019
La chronique
de Pierre Corcos
Théâtre et musique
Le choix musical peut être une décision de l'auteur et/ou du metteur en scène d'une pièce visant à installer le texte à un niveau différent que celui où sa thématique le situerait d'emblée. Mais on peut aussi concevoir une musique d'interpénétration avec le récit, qui le scande, et livre aussi d'une autre manière certaines significations que le texte ne fournit pas. Enfin la musique peut constituer un contrepoint ironique au texte théâtral... Ces trois relations entre théâtre et musique - il en existe d'autres - furent illustrées par trois spectacles très différents et de grande qualité qui ont marqué le dernier mois de l'année 2018.

Être un économiste, un sociologue et un philosophe critiquant de façon radicale le néolibéralisme, et à la fois un styliste raffiné, un brillant littérateur, caractérise bien la figure unique, étonnante et charismatique de Frédéric Lordon. Il n'y a que lui pour avoir eu l'idée surprenante, et au final subversive, de nous fabriquer une pièce en alexandrins sur... la catastrophique et récente crise des subprimes : D'un retournement l'autre. Ce spectacle éminemment drôle et pédagogique, mis en scène avec panache par Luc Clémentin, interprété avec un appréciable sens du comique par la Compagnie Ultima Chamada, s'est joué au début du mois de décembre au Théâtre de la Reine Blanche. S'il joue ailleurs, il faut s'empresser d'aller le voir ! La prosaïque brutalité, le cynisme prédateur trouvèrent ici un contrepoint presque surréaliste dans cette langue versifiée, précieuse, « grand siècle » qui les éclaire, les éblouit. Les comédiens sont en même temps chanteurs, et les ponctuations de chant lyrique (Alexandrine Monnot) convergent avec la brillance du texte pour sauvegarder, extraire cette analyse économique pertinente de... l'économie, de ce qu'elle est devenue en tous cas, et qu'à l'évidence Frédéric Lordon méprise souverainement. Le style et la musique nous ont indiqué le niveau : pour être radicale, la critique de l'ultralibéralisme se doit aussi d'être formelle !

À l'évidence, la musique est partie prenante de l'écriture et de la mise en scène d'Abdelwaheb Sefsaf. Si loin si proche (représentée jusqu'au 23 décembre à la Maison des Métallos), une vibrante saga franco-algérienne, semblait ici attendre, exiger la chanson en arabe et la darbouka, mais aussi une orchestration occidentale (live-machine, guitare, theremin impressionnants de Nestor Kea, et clavier, guitare inventifs de Georges Baux) pour témoigner d'une double appartenance culturelle... En même temps, le récit très réaliste d'une enfance algérienne pas toujours idyllique, également d'un retour mouvementé, picaresque (un périple de 3000 Km !) en terre native de celui qui a émigré en France, avait besoin d'une musique entraînante, chaleureuse, pour contrebalancer de rudes évocations. Or Sefsaf n'a pas seulement une formation de comédien : il s'est fait aussi connaître en tant que leader du groupe « Dezoriental » sur la scène musicale avec succès et prix. Les scansions musicales de Si loin si proche font que le récit, plus ou moins autobiographique, déroulé par l'acteur (encore Sefsaf !), seul en scène, ne retombe ni ne s'alanguit jamais. La musique impulse son rythme au texte, et le théâtre confère une certaine narrativité à la musique. Comme sa carrière passée le montre, Abdelwaheb Sefsaf s'avère un spécialiste de la rencontre entre théâtre et musique... L'évocation précise de la figure maternelle, du contexte culturel maghrébin (mythologie du « mauvais oeil » par exemple) et de cette interrogation identitaire place Si loin si proche au niveau de l'excellente analyse psychosociologique. En même temps, l'esthétique, les jeux de lumière et la musique du spectacle procèdent quelque peu du music-hall. La signification d'ensemble qui demeure ne serait-elle pas alors une tragédie du déracinement transcendée par la joie d'une intégration somme toute réussie ? Et la musique formule à sa manière un aveu qui ne peut sans doute pas être délivré par les seuls mots.

Dans Love love love de l'anglais Mike Bartlett et l'alerte mise en scène de Nora Granovsky (ce spectacle s'est joué jusqu'à la fin décembre au Théâtre de Belleville), le titre culte des Beatles, « All you need is love », sert de fil directeur ironique à une pièce qui renvoie, semble-t-il, une génération entière à ses dérives et ses contradictions. Qu'est devenu en effet cet amour universel prôné par le groupe de musiciens ? Dans l'histoire racontée ici on est passé de l'amour libre hippie à une éducation laxiste, une fois la famille fondée, et enfin à une sorte d'individualisme égoïste thatchérien : autrement dit du libertaire à l'ultralibéral... 1967, 1991, 2011, trois dates-clés, et trois lieux : Londres, Reading, la campagne anglaise. Le parcours en trois séquences de cette famille anglaise, saisi avec causticité par Mike Bartlett, pointe aussi bien l'involution de la société anglaise que son impact sur un couple ayant pris son médiocre égoïsme pour une émancipation, a fini par divorcer, et ne s'est même pas rendu compte des dommages collatéraux produits sur leurs enfants, et notamment leur fille. Les références musicales que rappelle Nora Granovsky - des Beatles à Adam Beyer en passant par Phil Glass - inscrivent bien la pièce dans une historicité à la fois collective et individuelle. En même temps les connotations de ces musiques jurent avec le comportement des protagonistes, et leurs fumeux idéaux passés avec leur nette médiocrité présente... Ces merveilleuses mélodies flirtent avec le céleste, et tous ces gens n'arrivent guère à s'élever ! Comme l'écrivait Shakespeare, « si notre condition est basse, la faute n'en est pas à nos étoiles ».
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
03-01-2019
 
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Verso n°114

L'artiste du mois : Sergio Birga

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