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[verso-hebdo]
18-03-2021
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
La Figuration narrative à New York
Vous avez bien lu, ce n'est pas une fake new : du 13 mars au 16 mai la Figuration narrative « historique », celle des années 60-70, est présentée par Richard Taittinger dans sa belle et vaste galerie du Lower East Side. Il y a des oeuvres de Valerio Adami, Eduardo Arroyo, Erro, Gérard Fromanger, Jacques Monory, Bernard Rancillac, Peter Saul, Hervé Télémaque et Cybèle Varela. L'évènement est considérable. Cela faisait cinquante ans que le chemin de New York était interdit aux artistes de la Figuration narrative, même lorsque, dans un sympathique effort, en 1982, le chargé des arts visuels à l'Association Française d'Action Artistique du ministère des Affaires Etrangères avait consacré 100.000 dollars à une opération permettant à 22 artistes français d'exposer dans 16 galeries new yorkaises. Ce fonctionnaire un peu naïf avait confié à Daniel Templon le soin de l'aider à établir la liste des heureux élus. Or Templon était le représentant à Paris de Léo Castelli, inventeur et promoteur de Julian Schnabel ! Le résultat avait été une sélection d'artistes certes de qualité, mais surtout pas susceptibles de faire de l'ombre aux américains, en tout cas pas un seul membre de la Figuration narrative n'y figurait. Le galeriste Charles Cowles, qui devait accueillir Jean-Pierre Pincemin, avait cependant exprimé le désir de recevoir aussi Peter Klasen. Il fut immédiatement rappelé à l'ordre par Castelli et Templon, et Pincemin se fût retiré en cas de présence d'un héros historique de la Figuration narrative. Penaud, Charles Cowles écrivit une lettre à Klasen dont j'ai eu communication. Extrait : « j'ai été la cible de plusieurs pressions. Il semble malheureusement que nous n'ayons pas le choix, et qu'il faille revenir au projet-mère du gouvernement français, c'est-à-dire une exposition one man show des oeuvres de Pincemin. Je m'excuse de ces nouvelles affligeantes... » Les choses étaient claires : ce n'était apparemment pas New York qui refusait la Figuration narrative, c'était « le gouvernement français », en l'occurrence un fonctionnaire manipulé par des intérêts américains, qui s'y opposait absolument.

Aujourd'hui le jeune Richard Taittinger est libre de ses choix. Il a déjà organisé avec succès une exposition Jacques Monory en 2018. On trouvera dans sa sélection plusieurs pièces très représentatives du mouvement, par exemple d'Eduardo Arroyo Six laitues, un couteau et trois épluchures (1965) où l'artiste révolutionnaire espagnol exprimait sur le mode humoristique sa haine pour Bonaparte, le bourreau de l'Espagne. De Gérard Fromanger, La quête de l'impossible (1964) appartenant à la série des Pétrifiés (celle du Prince de Hombourg, 1965, célèbre tableau emblématique de la Figuration narrative) qui montre des joueurs figés dans une lutte ultime pour saisir un ballon insaisissable, sans doute une métaphore de la condition humaine. De Monory, on verra notamment un tableau émouvant de 1969, Jamais plus de fleurs. Fleurs symboliques ? Pour l'artiste, a commenté Jean-François Lyotard, le symbolique est un acte d'échange qui met fin au réel et, de ce fait, supprime l'opposition entre le réel et l'imaginaire. Dans ce tableau Monory dénonce la pseudo objectivité de la nature, objectivité qui vient de la séparation arbitraire de l'homme par rapport à elle. De Bernard Rancillac, Fin tragique d'un apôtre de l'Apartheid (1966) montre les deux ressorts de la démarche de l'artiste : la photographie (comme pour les pop) et la politique (à la différence essentielle des pop). De Peter Saul, américain qui vivait à Paris dans les années 60 et fut un acteur important de la Figuration narrative, Killroy (1966) apparaît comme une image féroce visant explicitement la société capitaliste américaine.

Un nom manque dans la liste de Richard Taittinger : encore Peter Klasen qui serait donc la victime d'une nouvelle exclusion ? Que l'on se rassure, le marchand new yorkais a déclaré que « l'art sert à défendre des causes ». Quant à lui, il défend la cause de la Figuration narrative et envisage une deuxième exposition, voire une troisième, avec sans doute les absents d'aujourd'hui : Klasen, Vladimir Velickovic, Aillaud et Recalcati. Plus quelques autres vraisemblablement. Attendons la suite avec confiance, et félicitons-nous que l'originalité, la diversité et la puissance de la peinture européenne qui s'est incarnée dans les années 60-70 à Paris dans la Figuration narrative soit enfin accessible au public new yorkais.

www.richardtaittinger.com
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
18-03-2021
 
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Verso n°125

L'artiste du mois : Frédéric Brandon

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