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[verso-hebdo]
14-03-2024
La chronique
de Pierre Corcos
L'anti-pitch au cinéma
Au cinéma, un pitch est le résumé bref, et en principe convaincant, d'un scénario. Il vise à séduire le producteur, et Hollywood a usé et abusé du pitch... Il repose sur trois a priori discutables : le premier est que le scénario reste plus important que tout le reste, le second est qu'un scénario peut se résumer sans dommages, le troisième est qu'il faudrait à tout prix un scénario. Quand on voit les films Il n'y a pas d'ombre dans le désert de l'Israélien Yossi Aviram ou Tandem de l'Argentin Lisandro Alonso, on serait incapable d'en faire le pitch et, si l'on souhaitait en raconter l'histoire, non seulement on pourrait vite s'embrouiller mais on éprouverait en outre la désagréable impression de rater ici l'essentiel.

Certains sentiments complexes, subtils, générés peu à peu chez les spectateurs du film israélien co-écrit par Yossi Aviram et Valeria Bruni-Tedeschi (jouant le rôle d'Anna, romancière vivant à Paris avec son père et sa fille) ne valent-ils pas mieux ici que l'histoire, hermétique, ou même l'addition des thèmes ? Sentiment de déréliction émanant de ces êtres qu'une mémoire indicible et trop lourde a inadaptés au présent... Sentiment que le réel et la fiction doivent s'entremêler pour qu'une vie implacable et aride puisse être supportée. Différentes histoires se chevauchent, brisant la linéarité du récit et déroutant une logique qui, de ce fait, s'efface devant l'imaginaire et les impressions troublantes. D'emblée l'on ne saisit pas le rapport cohérent entre ce procès, à Tel Aviv, d'un ancien bourreau nazi hongrois, procès où doivent témoigner deux anciennes victimes : la mère d'Ori (Yona Rozenkier, incarnant Ori, un homme perdu, à la limite de la folie) et le père d'Anna (Jackie Berroyer, qui ne tient pas à venir à ce procès) et puis cette histoire d'amour fou qu'Ori éprouve pour Anna, lors même que cette dernière ne le reconnaît même pas, soupçonnant cet homme bizarre de fantasmer une relation passée à partir d'éléments autobiographiques puisés dans les romans qu'elle a écrits. Et quelle place pour cette histoire de squelette trouvé, ou pour les séquences tournées avec un autre type de pellicule et consacrées à Primo Levi, à l'immeuble où il habitait à Turin et où il est mort (suicide ou accident), ou enfin pour ces films d'animation qui évoquent, en superposition, un amour rêvé entre Anna et Ori ? Et cette insistance à filmer en longs panoramiques le désert du Néguev - dans lequel Ori prend la fuite après avoir enlevé Anna - vise-t-elle à suggérer le vide, la solitude, la perte de repères, ou une vie tenace, persistante ? Yossi Aviram nous parle-t-il de l'invivable mémoire de la Shoah ou de l'anxiété des enfants de survivants ou de la rédemption par l'amour ou encore des puissances de la littérature ?... En sortant du film, maints spectateurs vont lire les critiques dans le hall du cinéma pour avoir une réponse à toutes leurs questions. Mais peut-être seraient-ils plus avisés de lire en leur for intérieur ce que le film Il n'y a pas d'ombre dans le désert a suscité en eux comme sentiments et émotions. À un scénario structuré et un sujet identifiable, Aviram a préféré la coexistence de thèmes en symbiose, génératrice d'états d'âme variés.

Par son avancée imprévisible, ses différents niveaux de réalité et ses torpides lenteurs de forêt tropicale, le film Tandem de Lisandro Alonso devrait acculer au désespoir l'amateur de pitch ! De quoi serait-il question ici ? Sans doute de la condition lamentable des Indiens, aux États-Unis ou en Amazonie... Mais c'est bien peu de le dire, car l'essentiel du film tient sans doute et plutôt dans les passages : de la fiction à la réalité, du naturel au surnaturel, de la misère au fantastique. Passages impliquant des ruptures. Et si le cinéma développe par séquences des figures de rhétorique, alors il s'agirait ici d'« anacoluthes », ces ruptures de construction syntaxique. Qu'on en juge... Un western en noir et blanc nous installe d'abord dans une classique histoire de vengeance. Le héros (Viggo Mortensen), étrangement épuisé et à la recherche de sa fille, arrive dans une petite ville où nombre d'habitants, parfois des Indiens, somnolent ou cuvent leur alcool. Un sachem efflanqué jette sa mélopée aux échos de la montagne. Le héros est venu pour flinguer celui qui a enlevé sa fille, d'abord ses gardes du corps. L'action violente ne nous empêche pas d'avoir perçu des signes récurrents de léthargie, d'hébétude... Mais avant même qu'on ait pu voir la fin du western, l'image de celui-ci se contracte soudain dans une télévision et s'interrompt par un bulletin météorologique ! Et nous voici maintenant chez la boulotte policière Debonna (Alaina Clifford) qui s'apprête à faire sa tournée de surveillance nocturne dans une grande réserve Sioux du Dakota du Sud. Elle laisse à la maison sa jeune nièce désespérée (elle va demander à son grand-père la potion qui la transformera en oiseau). Appels radio dans la nuit glaciale : la policière s'occupe d'une sordide bagarre au couteau puis d'un homme assommé par l'alcool au volant de sa voiture arrêtée. Les Indios, dans la misère, l'ébriété, l'abandon... Troisième rupture : une tribu amazonienne au Brésil, une bagarre entre rivaux puis un groupe d'orpailleurs, et cet homme en fuite perpétuelle, comme hanté par des esprits. Ces ruptures, ces passages se font sur un rythme très lent et hypnotique. Le scénario se délite, le message se brouille...
Il ne resterait plus aux cultures indiennes détruites que l'hébétude ou l'ensorcellement du rêve, dont Eureka offrirait comme la « mimesis ». On est vraiment très loin du pitch.
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
14-03-2024
 
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Verso n°136

L'artiste du mois : Marko Velk

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