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[verso-hebdo]
27-05-2021
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Je ne vois que ce que je regarde - Proximité du tableau I, Paul Audi, Galilée, 216 p., 20 euro.

J'ai le plus souvent une certaine méfiance (pour ne pas dire plus) quand quelqu'un s'emploie à juger l'art à l'aune de la philosophie. Dans le cas de Paul Audi, que j'ai déjà lu avec intérêt, je dois reconnaître que le rapprochement entre ces deux mondes si antagonistes n'est pas inutile. Il nous renvoie aux cours d'esthétique de Hegel, qui considérait que l'artiste ne faisait pas que condenser dans son oeuvre de ce que son époque avait pu concevoir. Il va bien au-delà, étant en mesure, en se retirant dans sa tour d'ivoire, d'inventer sa propre solitude. C'est-à-dire, si je l'entends bien, son propre univers.
Il s'interroge ensuite sur la question de la modernité. Question épineuse et souvent discutée. Il s'agit de se défaire de ce qui a déjà été fait et même de la défaire le cas échéant. On recherche par là de trouver de nouvelles finalités à l'art. Comme a pi le dire As Reinhardt qu'il cite ici, l'art ne vaut que s'il se réfère exclusivement à l'art. Hegel avait déjà entrevu cette « essence originelle ». Il est vrai que l'artiste moderne s'est peu à peu débarrasser de tout autre connotations que celle inhérente à sa pratique. A moon sens, ce n'est qu'en partie vrai, car l'abstraction peut entretenir des liens avec d'autres champs de connaissance ou de création esthétique (la musique par exemple : cela est notable chez Kandinsky, pour ne citer que lui). L'art peut tenir un discours plus ou moins voilé sur le passé de l'art, ou un futur hypothétique, mais aussi sur l'histoire ou sur les rouages de la psyché humaine. Enfin, mettons cela de côté pour l'instant. Je ne crois pas comme Paul Audi que la modernité se débarrasse de toute représentation. C'est même la part congrue e cette aventure périlleuse. L'auteur a trop lu (et pris pour agent comptant) les écrits de Jean-François Lyotard, qui a été longtemps un bien mauvais analyse des phénomènes esthétique (ce n'est qu'à la fin qu'il a pris conscience de ce basculement dans une sorte de vide de la pensée). « Libérer la vue » est une toute autre question. L'artiste « moderne » a en général le souci de forcer le regard (à commencer par le sien propre) à mener une enquête sans cesse profonde et audacieuse. Sans doute. Mais ce n'est pas pour autant que l'art est « autoréférentiel ». Ce n'est pas son principe, ce n'est qu'un aspect de la démarche de quelques créateurs. D'autre, au contraire, vise des références parfois invisibles à première vie, absconde ou difficile à penser.
Le modernisme est par essence critique, avance-t-il : c'est souvent exact, mais pas de façon systématique. Dans un second chapitre, il s'interroge sur l'histoire de la peinture occidentale. Il choisit Poissons rouges de pour rendre tangible et intelligible son point de vue Les Ménines de Vélasquez. C'est une oeuvre maintes fois commentée et Michel Foucault l'avait disséqué dans Les Mots et les choses. Ce qu'il en fait est loin d'être inintéressant, bien qu'on aurait préféré un autre tableau. Mais le plus intéressant est qu'il air voulu développer la question en voyant ce que Pablo Picasso en a fait dans sa série de toiles inspirées de ce tableau. Il a aussi exploré une question qui a été avancée par Eugène Delacroix sur la disposition de certaines taches de couleur.
Dans le troisième chapitre, qui traite de la liberté, il revient sur la problématique de la modernité. Il y examine la pratique propre à Paul Cézanne où il utilise des espaces blancs pour diviser ses espaces dans la composition dans sa composition. Là encore, il s'empare d'un sujet qui a été souvent disséqué de plusieurs points de vue. Dommage. Pour parler d'Edouard Manet, il en appelle à Georges Bataille, et quand il parle de Matisse, il choisit pour sujet les Poissons rouges de 1911, ou La Desserte rouge peinte trois ans plus tôt. Il voit dans toutes ces oeuvres non quelque chose à voir, mais quelque chose qui modifie le regard. Tout cela va être développé et argumenté dans le reste du livre qui se révèle de plus en plus pertinent à mesure qu'on avance dans sa lecture. Paul Audi a une curieuse façon de faire ses démonstrations. Il pose de nombreux éléments puis finit par les rendre beaucoup plus pertinents dans une seconde phase de ses raisonnements. On est loin des schémas classique et tant mieux. Il prouve qu'il a un mode de penser original et qu'il maîtresse son sujet dans le déroulement de son histoire, qui repose sur un modèle plus littéraire que philosophique, tout du moins selon nos vieux principes.




Le Facteur Cheval et son Palais idéal, Alain Borne, « Studiolo », L'Atelier contemporain, 150 p., 7, 50 euro.

On a longtemps assimile le Palais idéal du Facteur Cheval à une oeuvre de ce qu'on appelle l'Art brut. C'est une erreur de jugement. Le facteur Ferdinand Cheval, qui vivait dans la Drôme, n'était ni un fou, ni un illettré. Etre facteur à l'époque nécessitait d'avoir le certificat d'étude. Il a été sans nul doute un original qui s'est imaginé cette architecture imposante qu'il a commencé à construire seul à l'âge de quarante-trois ans.
C'était un autodidacte et ses connaissances en architecture et en art étaient bien minces. Il a réalisé un grand rêve qui l'a habité une grande partie de sa vie s'inspirant de loin des temples d'Angkor ou des peuples amérindiens d'avant la colonisation espagnole. Mais il serait impossible de rapprocher son palais d'une quelconque civilisation du passé et son esprit barrique n'a rien à voir avec l'art baroque en dehors de l'incroyable surcharge de décorations. Il a également réalisé des sculptures et des bas-reliefs. Alain Borne (1915-1962), quand il fait ses études de droit à Grenoble, il commence à écrire de la poésie. Il ne publie qu'en 1939 son premier recueil et devient alors l'ami de Pierre Seghers.
Quand il découvre le Palais idéal, il est transporté d'enthousiasme et décide d'écrire sur ce curieux personnage et cette ouvrage si étrange et fascinant. Son livre ne paraitra que posthume, en 1969. Il faut dire que notre auteur n'a pas seulement fait une description très complète du monument (que l'on a visité déjà quand le facteur était encore vivant), mais a tenté de comprendre ses grands rouages dans l'imaginaire de cet homme obstiné qui est allé au bout de son rêve. C'est un vrai plaisir de le lire et l'ouvrage est accompagné de nombreuses photographies qui rendent son propos plus parlant. Borne a compris qu'il ne s'agissait pas d'une élucubration conduite par un insensé, mais un projet longuement élaboré avec soin. Il nous montre les dessins du facteur et aussi quelques écrits (en particulier de lettres) qui démontrent qu'il avait conscience de la grandeur de son entreprise. Le Facteur Cheval était peut-être un illuminé, mais c'était un artiste qui a appris à maîtriser la construction pour donner vie à ce qu'il avait conçu au fil des ans. Alain Borne est un excellent guide pour cette visite très détaillée d'un artiste solitaire qui a inventé un nouveau langage qui a séduit d'abord les surréalistes. Ce livre est une source de méditation sur la traduction de rêves dans la pierre et pour une création unique en son genre.
Gérard-Georges Lemaire
27-05-2021
 
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Verso n°127

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