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[verso-hebdo]
31-03-2022
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Le Décor impressionniste, aux sources de Nymphéas, sous la direction de Sylvie Parry & Anne Robbin, musée de l'Orangerie, 286 p., 45 euro.

L'impressionnisme a donné lieu à une bibliographie titanesque. Mais cette exposition a de remarquable de s'être construite dans une optique nouvelle et donc passionnante : l'idée du décor créé par des artistes de cette mouvance a sans doute été déjà examiné par les spécialistes, mais, à ma connaissance n'a jamais fait l'objet d'une exposition exhaustive comme cela est le cas au musée de L'Orangerie. Les Nabis, qui ont été leurs successeurs, ont réalisé beaucoup de décor et de nombreuses manifestations ont mis en valeur cette démarche, qui n'est pas nouvelle en soi, mais qui est révolutionnaire ou le sens où décor et peinture pure. De leurs aînés, nous vient en tête l'oeuvre tardive et magnifique de Claude Monet, les Nymphéas. Sylvie Parry, qui est à l'origine de ce projet d'exposition, souligne le fait que ce genre d'oeuvre est rarement séparée des tableaux proprement dit et que leur spécificité n'est pas toujours indiquée. Elle nous fournit quelques exemples : les importants décors d'Auguste Renoir, e collaboration avec l'architecte Le Coeur dans l'hôtel Bibesco, L'Automne et L'Hiver de Camille Pissarro pour la demeurer de ses cousins à Yport, les tableaux en longueur d'Edgar Degas, les pendants réalisés par Paul Cézanne pour l'hôtel particulier des Chocquet à Paris, parmi bien d'autres réalisations. Edouard Manet s'était intéressé à composer un projet pour une galerie du nouvel Hôtel-de-Ville de Paris.
En somme, ces peintres n'ont pas considéré ces travaux comme étant secondaires, mais, au contraire, comme une consécration primordiale. A l'époque, ces travaux sont encore regardés comme des ouvrages secondaires. Ce n'est qu'à partir de 1890 que la notion de « sanctions » artistiques disparaît. L'adjectif « décoratif » n'est plus méprisant ou péjoratif. Les portes peintes par Monet pour son marchand Paul Durand-Ruel sont louées par les critiques. Octave Mirbeau admire ses Peupliers. Camille Corot avait peint en 1858 les Quatre Heures du Matin, du Midi, du Soir et de Nuit, qui constituaient un précédent notable. La passion qui se découvre à partir des années 1860 pour les estampes venues du Japon renforce une tendance déjà bien ancrée pour des ensembles décoratifs.
L'esthétique impressionniste avait d'ores et déjà introduit l'idée de grand décor pour la nature dans son ensemble et non plus une reproduction fidèle de ses éléments dans leur vérité. Cette philosophie picturale est par définition l'antithèse du décor classique, mais finit par en devenir un qui possède une valeur intrinsèque. C'est une transformation majeure de l'idée de l'art pictural tel qu'il s'est développé depuis le début du XIXe siècle et aussi r qu'à l'époque paraît en 1885 un ouvrage intitulé Traité de l'administration des Beaux-arts, écrit par Paul Dupré et Gustave Ollendorff, qui valorise toute création pouvant se rapprocher de l'industrie » et avoir un rôle dans la décoration des édifices publics ou privés. Il faut aussi se souvenir que les Arts & Crafts anglais ont déjà introduit une vision de l'art qui passe par tous les domaines des arts appliqués qui ne sont plus regardés comme étant mineurs, même si peinture et sculpture demeurent prépondérantes.
Cet état d'esprit ne tarde pas à envahir le continent et en particulier la France ou, plus tard, l'Art Nouveau va connaître une incroyable floraison. L'éditeur Charpentier publie une revue, La Vie moderne, où sont présentées toutes les formes imaginables de productions qui, a priori, n'appartiennent pas au " grand art ". En fin de compte, depuis le Moyen Age et jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, les arts majeurs et les arts mineurs sont souvent de très proches parents.
C'est seulement l'optique de l'ère victorienne qui a permis ce retour à des conceptions du passés revisitées en fonction des goûts de la fin du XIXe siècle et du tout début du XXe siècle. Sully Prudhomme (qui a été le poète français recevant le prix Nobel) plaide pour un renversement des hiérarchies en art. Et Bourgoin et Bracquemond vont guerroyer alors pour une telle posture qui fait que l'ornementation peut et doit englober toutes les techniques, même les plus humbles. Les impressionnistes - c'est ce que nous découvrons ici - ont joué un rôle de premier plan dans cette affaire, alors qu'on a tout fait pour le dissimuler. Par exemple, Le Clown musicien de Renoir (1868) n'était pas à l'origine un tableau, mais un décor pour un café sans nul doute situé près du Cirque d'Hiver. Guillaumin nous montre Pissarro en train de peindre un store ; pour le Jas de Bouffan à Aix-en-Provence, Paul Cézane a peint vers 1869 le portrait de son père destiné à la maison familiale Manet, Monet, Renoir, Cézanne ont aussi exécuté de nombreuses compositions florales qui renouent avec une tradition désormais ancienne, mais l'inscrive dans une vision novatrice. Il était placé au milieu de scènes religieuses tirées du Nouveau Testament, comme La Madeleine ou Le Christ aux limbes. Quant à lui, Camille Pissarro a créé quatre dessus de portes pour la maison de Gustave Arosa à Saint-Cloud, entre 1872 et 1873.
Ce dernier tout comme Claude Monet, a réalisé de nombreuses peintures murales dans des maisons de la grande bourgeoisie. On est assez surpris du nombre de leurs entreprises en ce sens. Mais ce n'est pas très loin des scènes de jardins ou les promenades champêtres rendus avec simplicité mais, aussi, paradoxalement, avec un rien de magnificence, comme si l'existence domestique était devenue une valeur pour un monder nouveau qui s'est débarrassé des fastes et du luxe de l'aristocratie et des prétentions de la nouvelle bourgeoisie après la Révolution. Tout le luxe réside dans ce rapport entre ces personnes représentées sans emphase et la nature à laquelle ils attachent une identité glorieuse mais sans apprêt. Ce catalogue doit être lu avec beaucoup d'attention car en plus du fait de conserver la mémoire d'une exposition passionnante explique en détail tous les ouvrages imaginés par ces artistes qui ont été autre chose que de simples tableaux. Dommage que la plupart d'entre eux ont disparu ou ont été déposés et marouflés sur toile. Ce volume est très précieux pour se faire une idée plus juste de ce qu'a été l'impressionnisme et comment il s'est traduit autrement que par les moyens traditionnels. Ils n'ont pas accompli une révolution, certes, mais ont toutefois changé la manière de se figurer dans son intérieur - rien de plus conventionnel : c'est ce que faisaient rois et princes d'autrefois, mais en faisant abstraction de toute ostentation.




L'Impressionnisme, l'essentiel, sous coffret, avec un livret, s. p., Hazan, 35 euro.

Pour qui éprouve le désir de découvrir ce qu'a pu être l'impressionnisme, ce volume peut être une excellente introduction. Cet ouvrage fait partie d'une collection qui se présente toujours sous la même forme, avec un texte de présentation très court et les légendes incluses dans un mince opuscule. Dans l'album en accordéon proprement dit ne sont présentées que les oeuvres en pleine page. Cela peut sembler une publication un peu futile et peu instructive. Il faut cependant comprendre que ce genre de collection de reproductions de tableaux a le mérite de pousser le regard à observer avec plus d'attention chaque tableau de Monet, de Pissarro, de Renoir, de Berthe Morisot ou de Cézanne. Nous voici mis en demeure de nous familiariser avec la touche de chacun de ces artistes et aussi de prendre la mesure de leur évolution. Et l'oeil est dans ce contexte d'une importance cruciale car il se trouve confronté à une manière de peindre, mais aussi de faire jouer les couleurs et les relations tonales dans un sens nouveau, bien loin de celles du passé.
C'est une expérience plus concluante qu'on ne l'aurait pensé. Bien sûr, les passionnés de l'art de cette période n'y trouveront pas leur compte, cela est l'évidence. Mais tous ceux qui ont l'envie de s'initier se trouvent avec un instrument particulièrement efficace, où rien n'est dit et où personne nous instruit d'une démarche à suivre. Il est indispensable de se laisser prendre au jeu. Petit à petit, on peut découvrir toutes les subtilités de l'écriture picturale de ces créateurs hardis, qui n'ont pas cherché à choquer par les sujets choisis, mais par leur manière de disposer les touches et de faire naître un espace spéculaire jusque-là inconnu. On peut aussi apprendre à distinguer le style de Monet de celui de Renoir, celui de Pissarro de Monet : nul n'a de familiarité avec les autres. C'est vraiment fascinant. On passe ainsi d'une oeuvre à une autre en découvrant ce qui fait la singularité de chacune, et en apprenant à voir ce qui est l'essence de la métamorphose profonde qui s'est produite pendant le dernier tiers du XIXe siècle et qui a joué un rôle dans tout le monde occidental. Ainsi, si l'on prend le livre dans la bonne direction, on est en mesure d'apprendre beaucoup de cette découverte. Bien sûr, il sera indispensable de lire ensuite un livre qui raconte leurs combats et leur histoire, comme celui de John Rewald. En fin de compte, ce que l'historien nous raconte prend véritablement un sens après avoir fait cette expérience de la peinture telle que ces hommes et ces femmes l'ont vécu. D'abord pédagogique, ce volume est aussi un moment de plaisir esthétique d'une réelle intensité.




La Lune par les grands maîtres de l'estampe japonaise, un volume sous coffret avec un opuscule, Hazan, s. p., 29, 95 euro.

Jusqu'à présent, les éditions Hazan ont réédité surtout des illustrations faites par les artistes les plus célèbre de l'ère Meiji. Cette fois, elles ont opté pour un choix de planches exécutés par les xylographes de cette période sur un seul thème : la lune. L'auteur de la brève présentation du sujet nous indique que ce thème est privilégié depuis le livre qui est considéré comme le premier « roman » japonais - Le Conte du coupeur de bambou.
Cette histoire fantastique a connu un grand succès et a sonné lieu à plusieurs variantes au fil du temps. La petite fille que découvre le paysan est nommée Kaguya-hime (Princesse lumineuse). Elle est devenue une jeune femme magnifique. Elle est courtisée par les hommes les plus puissants du pays et même par l'empereur. Mais elle les repousse tous et va se réfugier sur la lune. Il existe au Japon plusieurs fêtes célébrant la lune, la plus important étant Tsukimi, ou fête de la contemplation de la lune, qui a lieu pendant l'automne. Un calendrier est issu de ce culte et a été en usage jusqu'en 1873.
L'année commençait au printemps et l'automne arrivait pendant le huitième mois lunaire, quand la lune était pleine. Le premier recueil de poèmes glorifiant la lune remonte au VIIIe siècle. Un autre recueil est publié en 905 sur ordre de l'empereur, le Koshinshu. Il faut attendre le XIIe siècle pour qu'un auteur, Saïgyo, décide de consacrer un livre entier à ce satellite de notre Terre. Cette tradition n'a pas cessé de siècle en siècle. La conjonction du conte de la petite fille née dans un noeud de bambou et de la dimension symbolique de la lune a inspiré de nombreux artistes et sa représentation a été aussi populaire que les fêtes qui lui sont attachées. Utagawa Hiroshige, Utagawa Kuniyoshi, Katsushika Hokusai sont parmi ceux qui ont le plus souvent traité cette thématique que bien d'autres ont exploité. Il est curieux de remarquer qu'en Occident, c'est le soleil qui est adoré alors qu'au Japon, c'est d'abord la lune. Dans ce volume, on peut se rendre compte à quel point la lune a une place de choix dès qu'il s'agit de représenter un paysage. C'est là une anthologie merveilleuse qui permet de découvrir la richesse de la mythologie accompagnant la lune et aussi celle de ces graveurs de talent qui ont si bien su nous la restituer.




Madame Straus, un amour de Proust, Lina Lachgar, Editions du Canoë, 96 p., 14 euro.

La semaine dernière je vous ai entretenu de ce livre, que j'ai trouvé admirable. J'ai omis de vous préciser que c'était aussi un excellent discours de la méthode pour lire et interpréter la littérature de Marcel Proust : on peut en effet y discerner de quelle manière s'y prenait pour dépeindre ses personnages, pour les détailler et en révéler la nature profonde. Madame Straus est un de ses modèles de prédilection et on est conscient qu'il lui vouait une grande admiration. Mais quel que soit la relation qu'il entretient avec tel ou tel de ses figures, Marcel Proust ajoutait à un réalisme souvent dissimulé des sentiments, parfois très forts, qu'ils soient négatifs ou positifs. Ce livre est par conséquent une clef pour pénétrer dans le coeur de la Recherche.




Toucher la peinture comme la peinture vous touche, Eugène Leroy, préface de Eric Darragon, photographies de Benjamin Katz, L'Atelier contemporain, 264 p., 25 euro.

C'est encore la semaine dernière que j'ai fait une sottise : j'ai oublié de signaler le nom de la maison d'édition qui a eu l'heureuse idée de rassembler les écrits et les entretiens d'Eugène Leroy, un artiste qui mérite d'être mieux connu et mieux estimé par les amateurs de l'art du tournant du siècle : L'Atelier contemporain. Cette maison sise à Strasbourg publie un grand nombre de textes d'artistes anciens et modernes ou d'essais sur l'art. Vous devez prêter attention à ses publications car elles réservent parfois de surprenantes surprises... en bien !




L'Histoire splendide, Guillaume Basquin, Tinbad, 344 p., 23 euro.

Les pages que nous propose Guillaume Basquin sont assez éloignées de la quantité pléthorique de roman dont les maisons d'édition nous accablent, surtout à la rentrée d'automne. Leur nombre augmente d'année en année et leur qualité, elle, a tendance à décroître. La première chose que le lecteur va remarquer est la quasi abolition de la ponctuation. Les points ou les virgules sont remplacés par un espace blanc Cela fait songer à la littérature expérimentale qui a suivi le Nouveau Roman. Mais Guillaume Basquin n'a pas eu l'intention de pousser plus loin des recherches qui n'ont pas souvent abouti au cours des années 1970-1980. Ni même de les imiter peu ou prou. Sa principale préoccupation, à mon avis, est d'avoir voulu miser sur le tempo et sur la respiration du texte. De plus, cela le dispense d'une logique narrative conventionnelle. Le titre de cette fiction est dérivé d'un projet d'Arthur Rimbaud, qui n'a jamais vu le jour. Le poète avait envisagé de l'écrire en anglais alors qu'il allait lire à la British Library. Londres. C'était une sorte de compendium de l'histoire du monde. Bien sûr, cette idée ne sera jamais mise en oeuvre. Mais elle a inspiré Guillaume Basquin qui a voulu rédiger une oeuvre qui pouvait mêlait l'histoire universelle et l'histoire personnelle, et tous les domaines de la connaissance. Mais l'auteur n'a pas voulu dérouler une narration dans le sens ancien. Il a préféré faire interagir des éléments de toutes sortes comme une sorte de filastroca endiablée où s'enchaînent des pensées de toutes origines et au-delà de toute logique.
Toutefois, si les phrases semblent être enchaînées les unes aux autres dans un genre d'incohérence, on se rend compte au bout d'un moment qu'un fil rouge les relient et leur donnent un sens. En effet, au bout d'un moment ces allusions faites à tant de domaines différents, des arts plastiques à la rhétorique, en passant par la poésie et la grammaire, finissent par devenir un voyage d'exploration dans la connaissance que l'humanité a pu accumuler depuis des milliers d'années au point de constituer une bibliothèque pléthorique où même Jorge Luis Borges n'aurait pu circumnaviguer, où notre écrivain entend nous convier. C'est à la fois déroutant et divertissant, un peu effrayant et pourtant drolatique. C'est également la découverte de cet espace et de ce temps qui mettent en scène ce qui est en jeu dans la mémoire de Guillaume Basquin. Cette aventure livresque a quelque chose qu'on pourrait rapprocher de Laurence Sterne et du Finnegan's Wake de James Joyce. C'est aussi une autre perception de l'expérience de l'écriture, qui ne respecte plus les règles édictées depuis longtemps, mais imagine une autre conception de ce que l'homme de lettres peut transmettre à ses lecteurs. A nous par conséquent de tirer de ce roman fantasque riche de toutes ces réflexions en apparence décousues une carte narrative d'un type inédit. De l'histoire, de la philosophie, des sciences humaines, de la géographie et des sciences pures s'insinuent dans ce récit polyglotte et parfois dans l'esprit de François Rabelais. Cela se transforme au gré des pages en une méditation facétieuse de cette culture qui nous a forgé. Démonstration qu'on peut être à la fois érudit et amateur de jeux, L'Histoire splendide est une traversée d'un vieil océan digne de Lautréamont et de tous les écrivains qui n'ont pas hésité à s'éloigner non de ce qu'on noua a enseigné, mais de la manière dont on nous l'a enseigné. Il ne fait aucun doute que cette histoire-là en surprendra plus d'un. Mais elle saura aussi charmer et modifier en profondeur les codes de notre intelligence littéraire, qu'il faudra bien découvrir sous un éclairage neuf.
Gérard-Georges Lemaire
31-03-2022
 
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