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[verso-hebdo]
02-03-2023
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Les Tentations de Jérôme Bosch à Salvador Dalì, Frédérick Tristan, « Studiolo », L'Atelier contemporain, 226 p., 8, 50 euro.

Frédérick Tristan (1931-20222) a été d'abord un romancier (il a reçu le prix Goncourt en 1983 pour Les Egarés) et un poète, mais aussi un essayiste de talent. Mais il a fini par s'intéresser aux arts plastiques. Cet ouvrage paru la première fois en 1981 n'a rien perdu de sa valeur et de son utilité pour comprendre l'un des grands thèmes du christianisme. Il nous propose d'abord une explication du Jardin d'Eden et de cette tentation qu'Eve communique à Adam par le truchement d'une pomme donnée par un serpent qui n'est autre que le Malin. Puis il s'attache à la littérature patristique et plus particulièrement à l'expérience bien connue de saint Antoine qui réactualise et universalise le séjour dans le désert du Christ ou il se soumet à la tentation dans la solitude la plus totale. L'auteur se réfère surtout à la Vie de saint Antoine écrite par saint-Athanase. Curieusement, il oublie de parler, même de manière brève, de la littérature patristique, d'abord celle de saint Ambroise, qui s'est penché sur la question de la virginité, ou des écrits de saint Jérôme- qui ne pouvait concevoir son destin que dans l'optique monachique, qui prend un, essor important à son époque. La valorisation absolue de la virginité a fait que l'Egypte (surtout le Sinaï) a été le lieu d'élection des moines voulant s'éloigner de toutes les perversions de la civilisation. Tristan expose avec minutie les principes défendus par Antoine et aussi ce qu'ils peuvent signifier. Sa façon d'expliquer la posture de ce saint homme est expliquer les fondements canoniques de l'Eglise.
Si l'«héroïsme» des moines du désert a été quasiment oublié, le thème de la virginité (et donc celui de la tentation) est demeuré l'alpha et l'oméga de la foi monastique jusqu'à nos jours. Saint Antoine, depuis le début de la Renaissance, a inspiré une foule d'artiste de Hieronimus Bosch à Albrecht Dürer, en passant par Cranach, Abraham Bloemaert, Antonio Tempesta, et tant d'autres encore, sans discontinuer jusqu'à Henri Fantin-Latour, Paul Cézanne Max Beckmann et Salvador Dalì. De ces premières considérations est issu le moine chevalier. Saint Georges est l'archétype de ce personnage. Son signifie « travailleur de la terre », ce qui lui a valu d'être envoyé combattre les forces du mal.
Cette imagerie remonte au IIIer siècle. Toutes ces légions démoniaques ne sont pas extérieures à l'humain, mais font partie de son essence. L'auteur étudie avec soin l'évolution de ces représentations et de leurs significations. Saint Antoine est demeuré omniprésent et la fondation de l'ordre des Antonins n'a fait que renforcer son aura. D'autres figures sont scrutées, comme la reine de Saba ou la Grande Prostituée. Il évoque également les transformations de leur iconographie et la manière dont les artistes les ont mis en scène. Il a tenu à mettre l'accent sur la mystique flamande, qui a tenu à représenter avec insistance les modes de tentation. Et il termine par remonter le cours du temps jusqu'à une période récente. C'est un libre qui a été conçu avec soin, sous-tendu par une belle érudition, mais aussi avec le souci de rendre la question aussi exhaustive que possible tout en prenant soin de faire preuve d'une grande qualité littéraire.




Soutine et son temps, Emil Szittya, Editions du Canoë, 128 p., 15 euro.

Ce petit livre échappe aux genres classiques quand il s'agit de parler d'un artiste de premier plan. Emil Szittya a choisi d'en faire un « roman-reportage » où il remonte jusqu'aux années dix et vingt. Chaïm Solomonovic Soutine, né en Belarussie en 1893 au sein d'une famille juive. Il a étudié dans une académie d'art à Vilnius entre 1910 et 1913. Puis il est venu à Paris, a trouvé à se loger à La Ruche et s'est lié d'amitié avec Michel Kikoïne, Pinctus Krémègne (qu'il avait connu à Vilnius) et Amedeo Modigliani. Si les premières années de sa vie d'exilé volontaire ont été difficiles, Soutine a tout faire pour créer une légende autour de lui en se faisant passer pour un artiste maudit. Il voulait se fondre dans le moule de tous ces étrangers venus en France tenter leur chance.
La réalité est toute autre. Il s'est inscrit à l'Ecole des beaux-arts et a suivi l'enseignement de Fernand Cormon. Son inspiration est à la fois classique (Rembrandt, Chardin sont parmi les peintres qu'il aime le plus) et moderne. Il fait une série de dix tableaux en peignant des carcasses de boeuf, manifestement inspirées de Rembrandt. Ses voisins se sont plaints du sang qui coulait sous sa porte et se répandait dans les escaliers !
L'auteur met l'accent sur le fait qu'il n'avait aucune relation avec les artistes français. Et il a tenu à souligner que le fauvisme comptait plus d'étrangers que de Français. Au début, il ne fréquentait aucun artiste français, sans doute parce qu'il ne pratiquait encore que le yiddish et le russe. Ses relations avec les femmes étaient compliquées car il était timide. Et il ne dédaignait pas les maisons de tolérance. Il aurait connu par la suite une grande histoire d'amour, mais l'auteur ne nous révèle pas l'identité de l'élue de son coeur. En outre, il faut savoir que le marchand de tableaux d'origine polonaise Léopold Zborowski (qui était le marchand de Modigliani) s'est intéressé à son travail et a vendu plusieurs de ses oeuvres et l'a envoyé peindre dans le Midi, à Céret. Soutine n'en continuait pas moins à peindre sur les toiles usagées ! Et il ne faut pas oublier que Soutine a continué à s'habiller avec des loques de pauvres.
Les premiers à avoir acheté ses oeuvres sont eux-mêmes des artistes : Oscar Miestchaninoff et Indenbaum. Il eut de curieux collectionneurs comme l'énigmatique Nettter et le commissaire Zamaron, le docteur Girardin, le commissaire Zamaron, le docteur Girardin et l'antipathique commissaire Descaves. Le philanthrope américain Albert C. Barnes a racheté la collection de Leo Stein quand il s'est séparé de sa soeur Gertrude, Il a créé une fondation avec bon nombre d'impressionnistes (plus de soixante-dix toiles de Renoir !) Après la Grande Guerre, Soutine n'a plus fréquenté Montparnasse. Il était désormais un peintre arrivé. Les dernières années de sa vie ont été terribles, car il craignait toujours d'être arrêté par les Allemands. Il mourut en 1943 sans être inquiété.
Cet ouvrage d'Emil Szittya est loin d'être une monographie, mais il n'en contient pas mal d'informations erronées et, bien que publié en 1955, il a véhiculé bien des histoires imaginées pour donner naissance à la figure du « pauvre » Soutine. Mais il n''en est pas moins vrai que c'est un document précieux qui nous fait découvrir bien des aspects méconnus et curieux de son existence.




Turner, John Ruskin, présenté et traduit de l'anglais par Philippe Blanchard, « Studiolo », L'Atelier contemporain, 384 p., 10, 50 euro.

En 1843, John Ruskin (1819-1900) un énorme ouvrage qui devait faire la somme de l'art de son temps. En réalité, il y est essentiellement question de Turner et un peu des préraphaélites bien plus tard, dans une édition séparée imprimée en 1851 - le grand écart en matière d'esthétique ! Tout a commencé onze plus tôt, quand on lui a offert en 1842 un ouvrage illustré par Joseph Mallord William Turner (1775-1851). Il n'a alors que treize ans et ne sait rien de ce peintre. Sa passion pour ce peintre qu'il avait découvert dans ces circonstances fortuites a déterminé le sens de son existence. Il a donné une suite à cette entreprise en 1846 en étudiant surtout les artistes de la Haute Renaissance et les tomes III et IV ont paru en 1856. Les appendices qui ont été publiés en 1888 n'ont fait que renforcer ses convictions.
A ses yeux, l'artiste doit en premier lieu être le serviteur zélé de la nature. Ruskin a commencé par être un collectionneur des compositions de Turner, jouissant d'une rente dont l'avait doté son père, un riche négociant en alcools. Il a acheté directement à Turner les soixante-deux dessins de The Rivers of France. En 1837, Ruskin a écrit pour défendre les oeuvres de Ruskin exposés à la Royal Academy et qui ont été vivement critiquées. Il l'a rencontré pour la première fois en 1840 et une seconde fois l'année suivante. Il lui a semblé bien différent de ce qu'on lui avait dit de lui, un ours mal léché. Lorsqu'il a appris la mort de Ruskin en 1851, il se trouvait à Venise. Il s'est alors employé à vouloir racheter ses dessins, mais ceux-ci avaient fait l'objet d'une donation pour un musée qui lui serait consacré ce projet ne s'est jamais réalisé). La décision d'écrire ce livre est intervenue au moment où Ruskin s'est interrogé sur son avenir. Il l'a aidé à faire un choix. Et ce choix a été l'histoire et de la critiquer d'art.
Il fait débuter son examen de l'oeuvre de Turner en mettant en avant la notion de vérité. Il fait valoir que le peintre a souhaité échapper aux conventions de la couleur pour se rapprocher au plus près de ce que la nature manifeste. Cela signifie pour nous une éducation de l'oeil qui s'éloigne de tout ce qui a pu être fait dans le passé. Il ne propose pas une analyse rigide de ses tableaux, mais plutôt les différentes manières qu'il a de rendre un coloris - par exemple, le blanc et le noir, dont il décrit avec la plus grande minutie les excès volontaires plus proches cependant de la réalité. Ce que désire faire Ruskin, c'est nous familiariser avec un genre inédit de peinture, qui n'a plus rien à faire avec ce que nous avons connu jusqu'au début du XIXe siècle. Il est vrai que certains artistes ont tenté de se rapprocher de la lumière telle qu'elle se matérialise, comme Claude Gelée dit Claude le Lorrain (né en 1600), qui a traité les ports de France en s'efforçant de les placer dans un contexte lumineux qui soit authentique et qui les magnifie. Turner va encore plus loin, car il n'a eu de laisse de restituer toute la complexité et toutes les variations des cieux pendant un crépuscule ou au cours d'une tempête. Il a aussi aimé restituer à la mer ses nuances les plus étranges dans son mouvement perpétuel. Ruskin s'applique donc dans ces pages merveilleuses à nous guider dans la pensée d'un peintre qui oblige le regard à contempler un univers qui n'est pas immuable. Il n'a pas fixé une situation précise (comme, par exemple, la tempête), mais a plutôt choisi de faire apparaître sur la toile tous les contrastes sur la toile tous les éléments de ces dérèglements du ciel et des eaux démontées. Il n'a pas recherché que les emportements de la nature, mais plus précisément, ce que cette nature emportée et imprévisible produit comme effets chromatiques et mouvements de toutes sortes.
La beauté qu'il a espéré capturer n'est pas figée, ni codifiée. C'est le grand tumulte des vents, des vagues, de la lumière qui s'estompe ou au contraire produit une trouée dans les nuages. Si cette étude profonde est des plus précieuses pour découvrir la technique et les finalités poursuivis par Turner, c'est également un guide pour savoir comprendre une oeuvre d'art, non selon des critères établis à l'avance, mais en fonction de ce que l'oeil du peintre est parvenu à saisir avec justesse pour contempler une humeur du climat ou, à l'inverse, ce grand calme d'une campagne à la belle saison. Il faut restituer à John Ruskin sa place qui est considérable, même s'il a pu faire des erreurs (par exemple, dans la pénible affaire qui l'a opposé à Whistler). Au début de ce petit article, j'ai parlé de l'intérêt qu'il a porté aux préraphaélites. Ces derniers (Hunt, Millais, Rossetti, entre autres) ont voulu restituer la nature avec une minutie incroyable. Chez eux, un brin d'herbe prend toute sa signification dans un paysage. C'est une autre forme de vérité qui n'a pu que le séduire. Impossible de se passer de ce vadémécum.




L'impératrice de pierre, Kristina Sabaliauskaité, traduit du lituanien par Marielle Vitureau, Quai Voltaire, 384 p., 24 euro.

Catherine Ier de Russie a eu existence plutôt mouvementée. Née en 1684 dans une famille lituanienne catholique assez pauvre, nommée Marta Kowrnska, elle a épousé secrètement le tsar Pierre Ier puis, officiellement, en 1712 et eut plusieurs enfants dont la future impératrice Elisabeth Petrovna. Voltaire l'a surnommée la « Cendrillon du XVIIIe siècle ». Nommée impératrice en 1724, elle est montée sur le trône un an plus tard, Pierre le Grand étant mort à peine un an plus tard, mais n'a pas abusé de sa position et a laissé Menchikov gouverner.
Mais avant de devenir la première impératrice de toutes les Russies, elle a été servante chez un pasteur, ensuite elle a travaillé chez un vieil officier supérieur, puis elle est passée au service d'Alexandre Menchikov, un proche du tsar. Ce dernier est tombé amoureux d'elle et elle est devenue sa maîtresse. Elle a cependant joué un rôle dans la vie politique, en négociant avec les Ottomans avec qui la Russie était en guerre en 1711 contre eux.
Son destin a été exceptionnel et Voltaire l'avait placée sur le même plan que Pierre Ier. Mais elle n'avait jamais eu le désir du pouvoir absolu. Si l'auteur est demeuré fidèle à l'histoire de cette femme peu commune, son livre est tout de même un roman et elle a dû imaginer une partie de sa vie sentimentale. Son projet a donc été une véritable gageure. Mais elle s'en est assez bien sortie, malgré le nombre vertigineux de personnages qui montent sur scène. Bien sûr, la connivence avec l'homme qui a fondé Saint-Pétersbourg dans le but de se ménager un port puissant sur la Baltique, qui a eu l'ambition de métamorphoser son peuple en l'ouvrant à la modernité occidentale, qui a entamé des réformes profondes, nous l'a faite l'oublier au coeur de ces transformations radicales qui ne se sont pas déroulées sans heurts, loin s'en faut. Pierre a été haï par la noblesse, le clergé et le peuple ! Evidemment, l'ouvrage a été écrit dans un style assez moderne et l'écrivain a campé ses personnages plus à notre épique plus qu'à celle du Siècle des Lumières. Mais la vivacité de son ton, la tension de son écriture, son style dépouillé et néanmoins vivant font de ce roman une réussite. Pas au point d'être rangé aux côtés des grands classique, mais d'avoir eu la qualité de nous distraire et de nous emporter dans une aventure un peu à la façon d'Alexandre Dumas. Ce n'est déjà pas si mal !
Plus beaucoup d'hommes (et de femmes) de lettres ne sont aujourd'hui en mesure de créer un roman historique palpitant tout en restant respectueux de la vérité historique. Il ne fait aucun doute qu'on se passionnera pour cette Catherine que la « Grande » Catherine a éclipsé par sa soif de domination, sa cruauté, son érotisme exubérant et sa volonté de régner sans partage ont rendu légendaire, figurant parmi les grands despotes des siècles passés. Dans ces pages se révèle une femme remarquable. Cette Catherine, pas si effacée qu'on le croirait, a beaucoup fait pour le succès de son époux et a fait preuve d'une intelligence politique assez rare. Il faut donc lire cette fiction tonique de Kristina Sabaliauskaite qui rend hommage à une personnalité trop méconnue en Occident.




Les Barbus Müller, collectif, Editions in fine / musée Barbier-Müller, 124 p., 29 euro.

Les Barbus Müller et autres pièces de la statuaire provinciale, Jean Dubuffet, « L'Art brut », fascicule 1, Gallimard.


En 1939, les antiquaires parisiens se retrouvent en possession de bien étranges sculptures. Elles sont généralement taillées dans le granit, ou en tout cas façonnées dans des pierres dures. Elles n'ont pas grand-chose à voir avec l'art ancien et même moderne. Les sept premières qui sont reproduites dans ce cahier ont appartenu au collectionneur Müller. Les autres ont été la propriété du sculpteur Saint-Paul et à Henri-Pierre Roché. Müller les avait acquises comme étant des oeuvres celtiques provenant de la Vendée. Dubuffet les a découvertes en 1945.
Tout comme Josef Müller, qu'il rencontre, Dubuffet ne sait quoi dire sur leur origine. Une vive contre-verse éclate et les tribunaux sont saisis. S'agit-il d'art très ancien ou d'art brut ? Un site à Chambon-sur-Lac, en Auvergne contient un grand nombre de pièces de ce genre. A force recherches, on a fini par identifier l'auteur de ces sculptures. Ce serait le Père Rabagny, dit le Zouave. On les a fait passer pendant longtemps pour des faux.Antoine Rabany n'était pas un faussaire, mais un créateur inspiré par l'art d'une époque reculée. Ce catalogue est passionnant car cette enquête a été une aventure menée par bon nombre de personnes.
Gérard-Georges Lemaire
02-03-2023
 
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Verso n°136

L'artiste du mois : Marko Velk

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Christophe Cartier au Musée Paul Delouvrier
du 6 au 28 Octobre 2012
Peintures 2007 - 2012
Auteurs: Estelle Pagès et Jean-Luc Chalumeau


Christophe Cartier / Gisèle Didi
D'une main peindre...
Préface de Jean-Pierre Maurel


Christophe Cartier

"Rêves, ou c'est la mort qui vient"
édité aux éditions du manuscrit.com