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[verso-hebdo]
09-06-2022
La chronique
de Pierre Corcos
Complexe au carré
Depuis une dizaine d'années, régulièrement (2011, 2013, 2017, 2019), la Halle Saint- Pierre et la revue trimestrielle Hey ! modern Art & Pop Culture s'associent pour donner à voir à un public de curieux, souvent avertis, des oeuvres foisonnantes et complexes dont l'inspiration s'avère elle-même complexe et plurielle. Jusqu'au 31 décembre, cette nouvelle exposition, réunissant soixante artistes internationaux, est consacrée majoritairement au dessin, même si l'on peut trouver quelques figurines (ex : S. Isupov). Ces oeuvres tournent résolument le dos au conceptuel par leur valorisation du labeur (et non de l'« idée », dont la concrétisation pourrait être confiée à d'autres), et ce jusqu'à une forme d'ascèse, rédemptrice pour certains créateurs. Visitant l'horrible, l'obscène, l'inquiétant ou le monstrueux, elles ne s'embarrassent pas plus des critères esthétiques s'imposant peu à peu à l'art contemporain que de ceux ayant dominé l'art classique... Cependant, il serait trop simple de ne voir ici que l'expression brute, graphique et débridée d'un inconscient, d'un « Ça » - pour reprendre les catégories freudiennes - que le « Surmoi » du champ artistique dominant ne pourrait plus contrôler... Car des thèmes et des manières, voire des stéréotypes du « pop surréalisme », des comics underground, du lowbrow art, de la Gegenkultur et même des topoï (c'est inévitable) de l'art brut ont pu influencer ces artistes qui, loin d'être tous amateurs, déviants ou asilaires, sortent aguerris des meilleures écoles d'art. Mais qu'importe, dans le cocktail, les alcools du cru ou ceux importés, ce qui compte reste la saveur finale. Âcre et pimentée le plus souvent !

Les plus de quatre-cent-cinquante oeuvres d'HEY ! Le Dessin exposées sur deux niveaux rivalisent de transgressions autant que de minutieuse densité. Le tragique de certaines situations intensifie la portée de certaines créations : la commissaire d'exposition, Martine Lusardy, directrice de la Halle Saint-Pierre, a par exemple ajouté à sa sélection (réalisée avec Anne Richard, fondatrice de la revue Hey !) un peu d'« art carcéral » japonais, produit par des condamnés en attente de leur exécution... À l'évidence, beaucoup de ce qui est là doit surprendre un public ennuyé autant par une imagerie idéalisée et rassurante (publicitaire, hollywoodienne) que par l'intellectualisme aseptisé de maintes propositions d'art contemporain. En outre, la notice biographique accompagnant le travail des artistes témoigne (mais pas toujours !) de parcours heurtés, dramatiques, où le dessin va jouer un rôle crucial. « Enfermés dans un hôpital psychiatrique ou dans une prison, vivant reclus ou dans l'anonymat d'une ville, ils créent en solitaire des ouvrages qui répondent à un besoin d'expression irrépressible animé par une pulsion obsessionnelle hors du commun. Le dessin convient alors parfaitement à cette urgence », précise justement Martine Lusardy. Mais cette généralisation ne peut pas rendre compte de toutes les démarches... C'est plus compliqué. Et par exemple la souriante artiste américaine Laurie Lipton, dont les grandes oeuvres au crayon stupéfient, témoigne d'un parcours linéaire tout à fait classique d'excellente élève, consciente, maîtrisée, ambitieuse, à l'aise avec le milieu des galeries et le monde de l'art. Un film très éclairant sur elle est d'ailleurs proposé au début de l'exposition. Et si le hollandais Ron Roboxo (auteur d'agrégations multicolores de figures et lettres bédéïques), artiste autodidacte, souffrait d'autisme avec symptômes de TDAH et Asperger, un Marcos Carrasquer, observateur attentif de notre époque, exposé en galeries, né dans un milieu lettré, lui-même cultivé, est sorti diplômé de la Willem de Kooning Academy de Rotterdam. Son travail hypercomplexe comporte de multiples références historiques et artistiques... Le remplissage méticuleux, systématique du papier (caractéristique associée, dans le décodage psychiatrique, à la schizophrénie) reste l'une des constantes de cette exposition. Anaïs Eychenne ou l'américain Huston Ripley par exemple illustrent bien cette tendance, que l'on a remarquée naguère chez Stéphane Blanquet (cf. Verso Hebdo du 16-9-21). Mais on trouve aussi un imaginaire architectural/décoratif, toujours aussi dense, chez l'artiste spirite Victor Simon, qui fait vite penser à Augustin Lesage. Plus souvent qu'ailleurs, la facture de l'« art naïf » prévaut sur les cimaises, comme chez le japonais Hajime Kanekawa ou, bien plus ancien, Alfred Eugène Courson (1846-1920). En outre il est dit clairement sur les notices que, dans certains cas, l'acte même de dessiner dans un état physique et psychologique donné est au moins aussi important que l'oeuvre. Stéphanie Denaës Lucas pratique ainsi le jeûne, le spiritisme et l'ambidextrie pour vivre intensément son expérience graphique comme expérience vitale.
Au-delà des sources d'inspiration variées, plus haut dénombrées, sans doute trouvons-nous là un invariant de cet art. Par un labeur immersif, un engagement dans le dessin allant jusqu'à l'abnégation (ce que raconte par exemple Laurie Lipton de sa vie), tous ces artistes ne se satisfont pas de produire des oeuvres solvables (par et) pour le sacro-saint « marché ». Ils veulent vivre une sorte d'expérience des limites, une aventure existentielle où la transgression ultime serait le don de soi à cet hypercomplexe créé dans lequel ils se perdent.
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
09-06-2022
 
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Verso n°129

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